Militaires de Saran arrêtés : la DGSE rattrapée par des histoires de barbouzes

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Écrit par Y.H avec AFP

Lundi 3 août, le Parisien révélait que deux agents de la DGSE, basés à Saran, avaient été stoppés dans une cavale meurtrière. Un incident pas complètement isolé... 

La France a adoré Les barbouzes en film, les aimera-t-elle autant en vrai ? La DGSE, temple du Renseignement extérieur français, se retrouve une nouvelle fois montrée du doigt après l'annonce de l'arrestation de deux ses agents pour tentative d'homicide.
 
Cette affaire témoigne une fois de plus des nombreuses faces cachées du renseignement. Comment des agents triés sur le volet pour leurs aptitudes mentales et leur sens de l'Etat, qu'ils soient civils ou militaires, ont-ils pu basculer dans ce genre de scénario noir ?  Retour sur trois affaires où la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a fait la une, malgré elle.


Projet d'assassinat hors fonction ?


Coup de théâtre lundi soir en pleine torpeur estivale, de quoi alimenter les séries d'été sur l'univers feutré des espions : deux militaires basés à Saran (Loiret) et rattachés à la DGSE ont été mis en examen et écroués pour "tentative d'homicide volontaire en bande organisée", annonce une source judiciaire.

Tout dans cette affaire semble hors normes, comme souvent dans ce milieu : les deux hommes, âgés de 28 et 25 ans, ont été arrêtés le 24 juillet à bord d'un véhicule volé à Créteil en possession de plusieurs armes. Ils sont soupçonnés d'avoir projeté un assassinat en dehors du cadre de leurs fonctions. Ces deux agents embarqués dans un "réglement de comptes privé" font partie du célèbre "service action", mis en scène dans la série Le bureau des légendes. 

La DGSE se refuse à tout commentaire. Le ministère des Armées - dont elle relève - reste tout aussi muet. Mais sur les réseaux, les passions se déchaînent : s'agit-il de pieds nickelés rattrapés par leur amateurisme ? De professionnels lâchés par leur direction après un projet manqué ? Pour l'heure, toutes ces questions restent sans réponse.
 

Opération Mbaou


En 2018, deux anciens espions français avaient déjà été mis en cause dans une affaire à peine moins obscure: la tentative d'assassinat en France d'un opposant congolais, le général Ferdinand Mbaou, adversaire du président Sassou Nguesso à Brazzaville. Mr Mbaou avait déjà été la cible, fin 2015, d'une tentative d'assassinat et il vit depuis avec une balle fichée dans le dos.

Seul l'un des deux, Bruno Susini, est poursuivi aujourd'hui par la justice française. Son complice présumé, Daniel Forestier, 57 ans, ancien militaire et membre comme lui du service action de la DGSE, a été assassiné en mars 2019. Son corps a été retrouvé criblé de balles sur un parking dans les Alpes françaises où il habitait. Après avoir quitté la DGSE, il avait publié à compte d'auteur plusieurs romans aux titres prémonitoires tels que "Barbouze de la République" ou "Requiem pour un Savoyard". 
 

Au service de la Chine


Autre affaire qui a défrayé la chronique : deux ex-agents de la DGSE ont été condamnés à huit et douze ans de prison le 10 juillet pour trahison au profit de la Chine lors d'un procès à huis clos à Paris. Très peu d'informations ont filtré sur les faits reprochés. C'est une affaire de "pénétration par une puissance étrangère des renseignements français", a résumé l'avocate générale.

Les anciens agents ont été mis en examen et placés en détention provisoire en décembre 2017, alors qu'ils étaient déjà à la retraite. Vingt ans plus tôt, Henri M. avait été nommé pour la DGSE à Pékin, puis rappelé en France dès début 1998, après avoir entamé une liaison avec l'interprète chinoise de l'ambassadeur. Il a pris sa retraite quelques années plus tard et est retourné en Chine en 2003, où il a épousé l'ex-interprète. 

Pierre-Marie H. s'est lui fait arrêter à l'aéroport de Zurich, en Suisse, avec de l'argent liquide après avoir rencontré un contact chinois sur une île de l'océanIndien. Il n'a jamais été en poste à l'étranger.