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Avec ses pâtes, Franck Dumoutier, agriculteur dans le Loiret, s'est réinventé

Franck Dumoutier produit ses propres pâtes depuis 2018. / © Victor Lengronne
Franck Dumoutier produit ses propres pâtes depuis 2018. / © Victor Lengronne

L’agriculteur beauceron a repris l’exploitation familiale avant d'innover. Son objectif désormais : transformer une partie de sa production en produit fini. Ses pâtes lui permettent d’être finaliste du concours Graines d’agriculteurs. 

Par Victor Lengronne

A Ruan, il est dans son élément. Sept ans après avoir repris l’exploitation familiale à son père dans le hameau d’Assas, Franck Dumoutier s’y sent bien. L’agriculteur de 38 ans continue de cultiver blé dur et tendre, betterave, et autres colza et avoine sur ses 200 hectares répartis sur quatre sites en plein coeur de la Beauce.

Ce lundi 5 août, le Ruannais, vêtu d’un sobre ensemble polo noir-jean, est serein. Il ne l’était pas un an plus tôt, lorsque, seul sur son exploitation, sa production de pâtes empiétait déjà sur le reste. “J’étais paniqué pour septembre. Je ne savais pas comment j’allais m’organiser. On a réagi”, explique Franck Dumoutier, qui a embauché un agriculteur en octobre 2018. Ce dernier était sur un tracteur ce lundi en plein déchaumage - une préparation du sol qui consiste à arracher et enfouir les plantes levées et graines tombées au sol. L’an dernier, à la même époque, Franck était sur ce même tracteur. Les moissons terminées et avec un employé, il passe un été beaucoup plus tranquille. 
 

“Mon but n’était pas de reprendre la ferme”

Le voir reprendre la ferme familiale de Ruan n’est pas une surprise, mais ce n’était pas dans ses plans lorsqu’il était étudiant en école d’ingénieur à Rouen, où il a démarré sa carrière. A la différence de son père, “véritable passionné de la vie de sol et de la terre” selon son fils, ce dernier ne l’est pas. “Lorsque je rentrais de cours et que je déposais mon sac, ce n’était pas mon genre de me jeter dans le tracteur de mon père”, mais plutôt de regarder la télévision. “Mon but n’était pas de reprendre la ferme.”

Malgré tout, il reste attaché à ce monde qui lui est familier. Il revient au bercail en 2009, comme professeur de gestion dans un lycée agricole à Bellegarde mais surtout comme salarié de son père. “Quitte à être dans le milieu agricole…” A Ruan, il veut voir s’il se plaît. C’est le cas, même s’il peine à se démarquer de son père et patron. “On peut être enfermé et ne pas se rendre compte qu’on peut faire autre chose… Et quand quelqu’un maîtrise aussi bien un domaine, c’est difficile de dire et modifier quoi que ce soit.” Il finit, en 2012, par reprendre l’exploitation de son père qu’il “pousse à la retraite”. Son choix est définitif. “Vu le montant de l’investissement…” 

2016 marque un tournant dans son activité, “une année catastrophique à cause des inondations”. C’est lors de cette année, où son chiffre d’affaires a été divisé par quatre, que l’idée de diversifier son activité germe. Le but : partir de productions de sa ferme pour arriver à un produit fini. “J’ai pensé à de l’huile de colza, de la bière ou des pâtes.” Il retient les pâtes : “C’est un produit fun, qui peut se garder dans le temps et avec lequel on peut réaliser plein de recettes.” Le labo est aménagé, avec de petits équipements, dans ce qui ressemble à un garage, qui jouxte la maison de son enfance. Celui qui est également professeur de gestion dans le lycée agricole de La Saussaye, à Chartres, récolte environ 2 de ses 50 ha de blé dur pour ses pâtes complètes.
 

Vrac par défaut

D’emblée, il se tourne vers les épiceries fines. “Mais lors des premières ventes, en février 2018, il y a eu un couac, j’attendais les foutus emballages”, se rappelle-t-il, alors impatient au milieu d’une semaine enneigée. Il se rabat sur le vrac, avec succès. “Je vends aujourd’hui plus dans des magasins en vrac que dans des épiceries fines.” Parmi ses 80 clients, figurent également une poignée de restaurateurs du coin, à Pithiviers ou à Chilleurs-aux-Bois, dans le Loiret.
 


Parti pour produire en petit volume, “uniquement les week-ends”, il s’y consacre finalement deux fois par semaine, à sa grande surprise. “On a plus travaillé que prévu, ça se vend, tant mieux.” Il a même appris à allonger les délais de livraison. “Au début, je ne voulais pas qu’on voie que c'est tout petit.” 
 
Franck Dumoutier vend une quantité plus importante dans des épiceries en vrac que dans des épiceries fines. / © Victor Lengronne
Franck Dumoutier vend une quantité plus importante dans des épiceries en vrac que dans des épiceries fines. / © Victor Lengronne

 

6 tonnes de pâtes, entre 4 et 6 euros le paquet

Six tonnes de pâtes ont été vendues lors de la première année - le paquet de 400 à 500 grammes coûte entre 4 et 6 euros, 5€50 le kilo en vrac. De là à le voir s’y engager pleinement ? Pas tout de suite, même s’il “ne se refuse rien”. “Qui sait ? Ca se trouve, dans dix ans, je me serai spécialisé dans les flocons d’avoine ?” explique celui qui avoue avoir du mal à refuser des commandes. Hormis peut-être les grandes surfaces, qu’il n’est pour l’instant “pas en mesure de fournir en grande quantité”.

Fabriquer des flocons d’avoine fait justement partie des projets qu’il mène avec son épouse. Cette dernière compte élaborer d’ici la fin de l’année des granola à partir de l’avoine de leurs cultures et de produits locaux.

Granola et flocons d’avoine devraient prochainement rejoindre ses quatre variétés de pâtes (fusili, conchiglie, coquillettes et macaroni) sur les étagères de la boutique, que le couple Dumoutier va ouvrir le 7 septembre sur les lieux de sa ferme. Un lieu qu’il aime et qu’il a envie de faire vivre. “Elle sera ouverte le vendredi soir et le samedi”, précise Franck, à la fois impatient et stressé, alors que les travaux ne font que commencer. “On a annoncé cette date, on s’y tiendra.” Toujours avec le sourire et une certaine insouciance, il semble se laisser porter par son instinct. Pour l’instant, ça lui réussit bien.
 
Les quatre variétés de pâtes complètes de Franck Dumoutier. / © Victor Lengronne
Les quatre variétés de pâtes complètes de Franck Dumoutier. / © Victor Lengronne


 

Franck Dumoutier en finale du concours Graîne d'agriculteurs

En avril, Franck Dumoutier trie ses mails lorsqu’il tombe sur celui du concours Graîne d’agriculteurs, organisé par un fonds de dotation du syndicat jeunes agriculteurs et qui récompense des nouveaux talents autour du thème de la gastronomie cette année. 

Après avoir rempli un court formulaire, il a été retenu parmi les dix finalistes pour son projet de pâtes complètes, réalisées à partir du blé de son exploitation. “C’est allé très vite, je ne m’y attendais pas trop.” Ce concours, d’ampleur nationale, peut permettre de le faire connaître encore plus. “Une épicerie dans les Hautes-Alpes m’a récemment contacté pour mes pâtes.”

Pour voter pour Franck Dumoutier et “La bonne pâte”, il suffit de se rendre sur le site du concours et de le plébisciter - il est possible de le faire une fois par jour - jusqu’au 25 août. Les résultats seront connus début septembre avec une dotation de 3 000 euros attribuée au lauréat.

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