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Mucoviscidose : vers un médicament dérivé de travaux sur des étoiles de mer ?

Un chercheur du Centre de ressources biologiques marines tient une étoile de mer dans ses mains. / © FRED TANNEAU / AFP
Un chercheur du Centre de ressources biologiques marines tient une étoile de mer dans ses mains. / © FRED TANNEAU / AFP

Une start-up du Finistère a mis au point une molécule, la roscovitine, destinée à lutter contre la mucoviscidose et testée auprès de patients atteints de cette maladie génétique.

Par Cl.M. avec AFP

"Je suis optimiste, mais prudent", dit Laurent Meijer, le co-fondateur de ManRos Therapeutics. A Roscoff (Finistère), sa start-up a mis au point une molécule destinée à lutter contre la mucoviscidose et testée aujourd'hui auprès de patients atteints de cette maladie génétique.

Laurent Meijer a découvert la roscovitine en 1995, alors qu'il travaillait au CNRS, sur des protéines (des kinases) extraites d'oeufs d'étoiles de mer. "Les kinases sont les régulateurs majeurs des cellules", explique Laurent Meijer. "Lorsqu'elles sont impliquées dans une pathologie, elles sont anormalement actives. L'idée, c'est de les réguler ou de les inhiber". 
Laurent Meijer, co-fondateur de ManRosTherapeutics à Roscoff (Finistère) / © FRED TANNEAU / AFP
Laurent Meijer, co-fondateur de ManRosTherapeutics à Roscoff (Finistère) / © FRED TANNEAU / AFP

Effets antibactériens

"C'est de façon inattendue que nous avons découvert les effets antibactériens  indirects de la roscovitine, sa propriété principale dans son application à la mucoviscidose", explique Laurent Meijer, à quelques jours de l'AFM-Téléthon.

La molécule "va stimuler les pouvoirs bactéricides de notre propre organisme, c'est-à-dire stimuler la lutte naturelle contre les bactéries". Or, précise le chercheur, ce sont "les pouvoirs bactéricides qui sont affectés chez les patients atteints de mucoviscidose", une maladie génétique qui touche plus de 6.000 personnes en France et environ 70.000 dans le monde. Cette altération explique les infections multiples dont sont victimes les malades.

La molécule découverte par le scientifique a depuis été synthétisée et a fait l'objet de multiples études précliniques mais aussi cliniques auprès de 500 personnes, notamment en cancérologie, afin d'étudier sa tolérance. 

Améliorer les capacités respiratoires

Depuis avril, son efficacité est testée auprès de 36 patients atteints de mucoviscidose, répartis par groupes de 12. La fin des tests pour le premier groupe est prévue à la fin de l'année/début 2017. Les autres groupes devraient prendre le relais en janvier 2017, avec des doses plus élevées.

L'effet escompté du candidat médicament auprès des malades est double: d'une part un effet anti-inflammatoire, alors que la mucoviscidose affecte principalement les voies respiratoires et le système digestif. Par ailleurs, un effet antibactérien, sachant que les infections des poumons par différentes populations de bactéries représentent la cause majeure de mortalité.

"Ce qu'on espère, c'est l'amélioration des capacités respiratoires et le confort des personnes", pointe Laurent Meijer.
Une femme chercheur chez ManRosTherapeutics à Roscoff (Finistère). / © FRED TANNEAU / AFP
Une femme chercheur chez ManRosTherapeutics à Roscoff (Finistère). / © FRED TANNEAU / AFP

"Garder espoir"

Par ailleurs, stimuler la lutte naturelle contre les bactéries évite aux patients de développer des résistances aux antibiotiques. "La roscovitine, par son action indirecte, ne devrait pas induire de résistance", assure Laurent Meijer. "On espère donc que la molécule aura un effet bactéricide continu, qui pourra être prolongé pendant des périodes assez longues".

Enfin, "comme elle ne s'attaque pas à une bactérie précise, c'est un spectre étendu de bactéries qui pourraient être touchées, donc ce sont des infections multiples qui pourraient être traitées", ajoute-t-il. 

A l'issue des tests sur les 36 personnes, "et selon les résultats, on envisage une deuxième étude, plus vaste, qui pourrait s'étendre sur toute l'Europe et les États-Unis, avec un plus grand nombre de patients (210 patients) et pour une durée plus grande", ajoute le cofondateur, avec Hervé Galons, de ManRos. 

On voit que depuis quelques années, ça avance très très vite, même si ça n'avance jamais aussi vite qu'on voudrait


"Je suis optimiste, mais très prudent", avoue-t-il. Et s'il estime qu'il "est trop tôt pour parler d'espoir", il assure: "Moi, de l'espoir j'en ai". 
Un chercheur de ManRosTherapeuthics à Roscoff (Finistère) où une molécule destinée à lutter contre la mucoviscidose est testée. / © FRED TANNEAU / AFP
Un chercheur de ManRosTherapeuthics à Roscoff (Finistère) où une molécule destinée à lutter contre la mucoviscidose est testée. / © FRED TANNEAU / AFP

Ces recherches "donnent de l'espoir", affirme aussi Chrystelle Maret, la déléguée de Vaincre la mucoviscidose en Ille-et-Vilaine. "Il faut continuer", ajoute-t-elle. 

L'association participe au financement de celles menées par ManRos Therapeutics, la start-up ayant aussi levé des fonds à deux reprises. 

"On voit que depuis quelques années, ça avance très très vite, même si ça n'avance jamais aussi vite qu'on voudrait", estime Mme Maret, maman d'une adolescente de 16 ans atteinte de la maladie génétique.

"Il faut garder espoir, grâce à ces recherches, un jour on va vaincre cette mucoviscidose. Il faut y croire, on n'a pas le droit de baisser les bras", conclut-elle.


Expérimentation animale : l'organisation PETA relance la polémique à l'occasion du Téléthon

L'organisation de défense des animaux PETA a relancé la polémique sur les expérimentations animales, jeudi à l'occasion du Téléthon, dénonçant les traitements subis par des chiens lors de recherches sur les myopathies. 

"L'expérimentation animale est la règle (...) quand aucune autre méthodologie efficace n'existe", souligne pour sa part l'Association française contre les myopathies (AFM)-Téléthon sur son site.

PETA a diffusé jeudi une vidéo (cliquez ici), tournée en 2013 en caméra cachée, présentant des golden retrievers visiblement affaiblis, bavant, dans des cellules du Laboratoire de neurobiologie de l'École nationale vétérinaire d'Alfort.

Sur son site, le Laboratoire, unité du ministère de l'Agriculture, explique lui-même "étudier des maladies neuromusculaires canines et félines" pour "évaluer les bénéfices" de nouvelles thérapies.

"Grâce à des subventions, et notamment au soutien permanent de l'AFM, le laboratoire dispose de ressources humaines non négligeables", ajoute le site. 

Pour PETA, "l'association AFM-Téléthon doit cesser de financer ces expériences cruelles sur les animaux, et ne soutenir que des projets de recherche modernes et sans animaux".

"Le niveau de souffrance et de détresse infligé aux chiens de l'École nationale vétérinaire d'Alfort est telle que l'on se demande pourquoi ces expériences se poursuivent, alors même qu'elles n'ont que très peu contribué au développement d'un traitement clinique", écrit Emily Trunnell, de PETA, dans une lettre à la présidente de l'AFM.

L'AFM-Téléthon n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat à la démarche de PETA.

Sur son site, elle souligne qu'une grande partie des recherches reposent déjà sur des modèles alternatifs au modèle animal (in vitro notamment).

Mais aussi "la loi exige des preuves d'innocuité avant toute administration de traitement expérimental chez l'homme, que seul le modèle animal est à même d'apporter dans certaines situations", ajoute l'association.

La législation européenne de 2010 encadre le recours aux animaux à des fins expérimentales, prévoyant notamment qu'il soit remplacé dans la mesure du possible par une méthode de substitution.

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