Les professionnels de la coiffure et de l’esthétique en colère : "Les gens ont besoin de nous, surtout en ce moment"

Jusque là épargnés par le reconfinement, contrairement à leurs collègues en salons et en instituts, les coiffeurs et esthéticiens à domicile sont eux aussi contraints d’arrêter leur activité depuis ce lundi 2 novembre. Une injustice pour les professionnels du secteur.
 
Considérés comme des commerces "non essentiels" par le gouvernement, les professionnels de la coiffure et de l'esthétique en salon et à domicile sont à l'arrêt. Une injustice selon eux.
Considérés comme des commerces "non essentiels" par le gouvernement, les professionnels de la coiffure et de l'esthétique en salon et à domicile sont à l'arrêt. Une injustice selon eux. © Richard BRUNEL/ MaxPPP
Le ministre chargé des Petites et Moyennes Entreprises (PME) Alain Griset l’a annoncé ce lundi 2 novembre sur franceinfo : "La coiffure à domicile et l’esthétique à domicile ne pourront pas être exercés", considérés comme des services "non essentiels" par le gouvernement. Une décision prise par souci d’équité avec les salons et instituts, déjà fermés depuis vendredi 30 octobre, jour 1 du nouveau confinement.  

Un protocole sanitaire pourtant strict et efficace

Esthéticienne à domicile dans le secteur d'Orléans depuis le mois de septembre, Camille Villain est révoltée : "Je ne comprends pas la décision du gouvernement. Nous avons renforcé notre protocole sanitaire, qui est de base, déjà très strict dans notre métier. Je suis traitée comme une "paria" alors que j’utilise un matériel différent pour chaque client et que je stérilise tout."

De son côté, Emeline Pinto devait ouvrir son nouvel institut d’esthétique à Saint-Denis-en-Val (Loiret) le 10 novembre prochain. Un coup dur pour la propriétaire qui dénonce des incohérences : "On nous contraint de fermer alors que nous n’avons observé aucune contamination dans nos salons. Nous portons des masques, des visières, nous désinfectons tout, nous ne prenons les clients que sur rendez-vous. On me demande de fermer alors que je suis seule dans mon salon. En revanche on laisse ouvert les supermarchés, où des centaines de personnes se croisent et touchent les mêmes choses. C’est injuste ! "

Même son de cloche du côté des coiffeurs. Co-gérante du salon Padi Paris au centre commercial de La Bolière à Orléans, Stéphanie Lelait est épuisée. "Depuis le déconfinement, je travaille chaque jour de 9h à 20h. Je n’ai pas pris de vacances depuis un an et demi. Avec mon associé, nous ne nous versons plus de salaire pour pouvoir remonter notre trésorerie. Si ça continue nous aurons des dettes jusqu’en 2024 ! Nous sommes à bout."

"Un luxe nécessaire"

Coiffeuse depuis 10 ans, Stéphanie Lelait refuse de considérer que son commerce soit "non essentiel" : "Quand les clients viennent dans nos salons, ils nous racontent leur vie, nous parlent de leurs problèmes. Les gens viennent pour se faire couper les cheveux, mais aussi pour garder le moral, pour se sentir bien dans leur corps. Ils ont besoin de nous, surtout en ce moment ! "

Propriétaire d’un salon à la Ferté-Imbault (Loir-et-Cher), Sonia Lefrère soutient sa consœur : "Pendant le premier confinement, tout le monde attendait la réouverture des coiffeurs. Jeudi dernier, j’ai fini à 22h, j’ai même dû refuser du monde. C’est un luxe certes, mais nécessaire."

10 000 à 20 000 enseignes pourraient disparaître  

Si au printemps dernier, la coiffeuse avait bénéficié d’une aide financière de la part de l’Etat, elle ne sait pas encore ce qu’il en sera cette fois-ci : "On nous vend du rêve en parlant d’une aide de 10 000 € pour les PME, mais pour le moment c’est encore flou. J’ai réussi à survivre au premier confinement, mais je ne sais pas si je me relèverai avec le deuxième."     

Un reconfinement qui pourrait entraîner la disparition de "10 000 à 20 000 enseignes sur les 76 000 que compte la France" (dont plus de 3 200 en Centre-Val de Loire), alerte l’Union nationale des entreprises de coiffure (UNEC) dans un communiqué.  

Pour l’heure, coiffeurs et esthéticiens espèrent pouvoir rouvrir leurs portes le 1er décembre. Un mois qui, pour nombre d’entre eux, peut représenter 25 % du chiffre d’affaires annuel.  
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
region centre-val de loire covid-19 santé société