Réforme des retraites : l'utilisation du 49.3 divise chez les députés de Centre-Val de Loire

Après le recours au 49.3 par le gouvernement dans le cadre de la réforme des retraites samedi 29 février, les députés de Centre-Val de Loire, Sophie Auconie, Guillaume Kasbarian et Jean-Pierre Door ne se rejoignent pas, soit sur le texte, soit sur l'utilisation de ce procédé.
Le 23 février 2020, lors des débats sur la réforme des retraites.
Le 23 février 2020, lors des débats sur la réforme des retraites. © Olivier Corsan - MaxPPP
Forcément, faire recours au 49.3 pour faire passer un texte ne peut laisser insensible. Les débats à l'Assemblée nationale sur la réforme des retraites, qui ont duré plus de 100 heures sur 13 jours depuis le 18 février, ont conduit le gouvernement d'Edouard Philippe à recourir à une adoption de la loi sans vote des députés, samedi 29 février. 
 

"Un débat stérile, lamentable"


Guillaume Kasbarian, député LREM de la 1e circonscription d'Eure-et-Loir, estime que le recours au 49.3 était "inévitable". Il dénonce les 36 000 amendements (sur 41 000) déposés par la France Insoumise, le parti dirigé par Jean-Luc Mélenchon qui joue "la vierge effarouchée", et le Groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR), où sont présents les communistes. 
 
"On s'est retrouvé face à un obstacle pendant 13 jours et 13 nuits, une obstruction assumée par Jean-Luc Mélenchon dès le début. Ils ont voulu retarder le vote du texte pour pourrir le débat, qui est devenu stérile, lamentable. On n'a pas pu débattre sur le fond et je le regrette."  
 

"Le gouvernement a été courageux"


Sophie Auconie, députée UDI de la 3e circonscription d'Indre-et-Loire, rejoint Kasbarian sur l'adoption du texte par ce biais. "Le gouvernement a été courageux. Je regrette l'attitude de l'opposition qui s'est vautrée dans une obstruction des débats. L'obstruction a pris le pas sur le débat. C'est une conséquence qui s'est imposée."
 
Elle, comme Kasbarian, pointe les "10 heures de débat sur le titre de la loi", ou des amendements ou sous-amendements déposés par La France Insoumise et le GDR jugés inutiles. "Ils demandaient à changer le terme "réduction" par "diminution", "continue" par "constante", "annuellement" par "chaque année"... L'obstruction est évidente. Il aurait fallu plus de 100 jours et 1 000 heures de débat pour étudier tous les amendements, c'était impossible." Selon elle, 7 articles sur 65 ont été étudiés avant que le gouvernement ne décide d'utiliser ce recours.
 

"Une forme de renonciation à la démocratie"


En revanche, les députés LREM et UDI ne se rejoignent pas sur l'adoption du 49.3. "Je regrette son utilisation, mais je ne la critique pas. Tout n'est pas acceptable et idéal dans ce texte et le 49.3 est une forme de renonciation à la démocratie", explique Sophie Auconie. 

Pour Guillaume Kasbarian, ce recours est logique. "C'est un outil constitutionnel utilisable lorsque l'institution est bloquée. Personne n'est fier de voir une Assemblée nationale bloquée. Mais l'utilisation du 49.3 est légitime."
 

"Une réforme pas financée et cafouilleuse"


S'il est, comme les deux autres députés, en désaccord total avec l'attitude de la France insoumise et le GDR, Jean-Pierre Door, député Les Républicains (LR) de la 4e circonscription du Loiret, pointe une réforme "irresponsable, pas financée, et cafouilleuse". Les Républicains vont d'ailleurs déposer une motion de censure et réclament de reporter les débats sur le texte après les élections municipales (15 et 22 mars).

Il considère que son groupe n'a pas bloqué les débats "en effectuant des propositions et déposant moins de 1 000 amendements. On est loin des 40 000. Ces débats, c'était comme une partie de ping-pong entre La France insoumise et LREM". 

Il enfonce le clou : "Jean-Paul Delevoye a mis deux ans et demi pour nous proposer le texte et on nous demande de débattre en 15 jours. C'est irresponsable." Le Sénat, sous la houlette de Gérard Larcher (LR) a demandé  à reporter le texte. 
 
Kasbarian rétorque que La République en marche a fait ce que Les Républicains ont toujours rêvé de faire. "Mais ils n'en ont pas eu le courage. Vouloir encore retarder les débats, c'est se moquer du monde".   

Le texte doit ensuite passer dans les mains du Sénat, dont la majorité est composée de membres Les Républicains, opposés au texte, avant un retour sur les bancs de l'Assemblée nationale d'ici juin. D'ici là, dans la rue ou sur les bancs parlementaires, débats et contestations ne devraient pas s'arrêter là.
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