Transports en commun : des déplacements plus longs en zone rurale

© F3CVDL
© F3CVDL

Une récente étude révèle que se déplacer en zone rurale en France prend beaucoup de temps, contrairement à nos voisins allemands ou espagnols. En région Centre-Val de Loire, la situation est très différente selon les départements. Les maires de communes rurales réfléchissent à des solutions.

Par Julie Postollec

La France est bonne dernière derrière l’Allemagne et l’Espagne, c’est une des conclusions de l’étude de l’Autorité de la qualité de service dans les transports (AQST).

Cet organisme qui dépend du ministère du développement durable a en effet réalisé une comparaison de la desserte en transports collectifs en zone rurale, entre la France, l’Allemagne et l’Espagne.

Analysant 120 itinéraires tirés au sort et classés sur des distances allant de moins de 50 km à plus de 400 km, les auteurs de l’étude relèvent les grandes difficultés pour les Français de parcourir des courts trajets en transports en commun.

 

Plus de 3 heures pour faire moins de 50 km

Il en ressort en effet que sur une distance de 0 à 50 km, il faut en moyenne 188 minutes à un Français pour se déplacer en transports en commun (3h08), contre 126 minutes (2h06) pour un Allemand et 158 minutes (2h38) pour un Espagnol.

Cette durée importante s’expliquerait notamment par :
• Le temps de correspondances (en moyenne 112 minutes en France contre 95 minutes en Espagne et 79 minutes en Allemagne)
• La faible fréquence par jour des trajets (3 en moyenne en France contre 5 en Espagne et 10 en Allemagne), ainsi que la plus faible amplitude en France
• La rareté de l’offre en train pour les tranches les plus courtes (moins de 100 km) par rapport à l’Allemagne

Le Figaro qui a eu accès à l’étude révèle que sur ces circuits courts, "les temps de trajet sont 5,3 fois plus longs en transport en commun qu’en voiture" en France.
 

De 8 minutes à 3h10 !

Qu’en est-il des temps de trajet dans la région ? Pour le savoir, nous avons choisi au hasard six trajets au départ d'une ville moyenne et comparé les temps de déplacement en transport en commun et en voiture.

Issoudun – Châteauroux (27 km)
  • Voiture : 26 minutes
  • Train : 13 minutes

Issoudun – Valençay (45 km)
  • Voiture : 43 minutes
  • Bus + train : 1h18

Châteaudun – Illiers-Combray (29 km)
  • Voiture : 28 minutes
  • Bus + train : 1h44

Châteaudun – Bonneval (14 km)
  • Voiture : 12 minutes
  • Train : 8 minutes

Montargis – Gien (36 km)
  • Voiture : 32 minutes
  • Train : 21 minutes

Montargis – Châteauneuf-sur-Loire (46 km)
  • Voiture : 41 minutes
  • Bus : 3h10
On constate donc que le trajet se fait plus rapidement dès qu'un train assure la liaison. Mais la desserte ferroviaire est loin d'être tout le temps assurée. 
 

Une taxe transports aux communes rurales

Pour John Billard, vice-président de l’association des maires ruraux de France et président de l’association en Eure-et-Loir, le problème vient du fait que la France a fortement investi "pour relier les grandes agglomérations et métropoles", et "les transports en commun ruraux ou des petites villes ont été délaissés".

Pour rééquilibrer les dessertes, l’association des maires ruraux demande par exemple "qu’il y ait une juste répartition de la taxe transports, assène-t-il, pour que, quelque soit l’endroit où vous vivez, vous puissiez choisir le lieu où souhaitez résider" sans être lésé.

Or aujourd’hui "les grandes agglomérations ont autorité de transport donc elles perçoivent la taxe transports ce qui n’est pas le cas des communes rurales, regrette-t-il, alors que de plus en plus de personnes viennent s’installer en zone rurale" et continuent de se déplacer vers les agglomérations pour travailler.
 

9 navetteurs sur 10 prennent la voiture

La crise des gilets jaunes a d’ailleurs montré que la voiture est cruciale en zone rurale. En région Centre Val de Loire, elle est le mode de transport privilégié, d’après l’Insee qui note que près de neuf navetteurs sur dix utilisent leur voiture pour se rendre sur leur lieu de travail.

Le constat est similaire du côté de l'Observatoire régional des transports. Les habitants de la région sont 7,3% à utiliser les transports en commun.

Mais les disparités existent selon les départements : les Euréliens et les Loirétains sont les moins rétifs à l’usage des transports avec 10,2%  et 9% de navetteurs, alors que les habitants de l’Indre et du Cher sont seulement 2,8% et 3,6% à privilégier le train ou le car.
 

"L'Eure-et-Loir exclue de la région"

Il faut dire que les transports en Centre-Val de Loire se sont surtout organisés autour de deux grandes agglomérations que sont Orléans et Tours, d’une part, et vers Paris d’autre part, le Nord de la région faisant partie de la frange francilienne.

Pour John Billard, l'Eure-et-Loir est ainsi proche de Paris car "on est sur l'axe TER Paris-Nogent-Le Mans", et en même temps le département "est un peu exclu de la région Centre, on n’a pas d’axe ferroviaire Orléans - Chartres alors que ce trajet pourrait être intéressant", souligne-t-il.

La région a certes mis en place des lignes de car pour combler ce manque, visibles sur cette carte en vert foncé.
 
Carte régionale des transports en commun Rémi / © Région Centre Val de Loire
Carte régionale des transports en commun Rémi / © Région Centre Val de Loire


"Impulser un nouveau dispositif"

Pour compléter le réseau, elle a également lancé Rémi + à la demande pour se déplacer plus facilement.

Toutefois, la région reconnaît qu'"’il est parfois difficile de se déplacer […] La Région souhaite donc impulser un nouveau dispositif centré sur les mobilités rurales pour accompagner les initiatives expérimentales, publiques comme privées, afin d’améliorer le transport dans les milieux ruraux."

Elle avait lancé à cet effet une série de réunions en juin dernier. 

 

"Organiser du covoiturage à l'échelle locale"

Parmi les initiatives : le covoiturage. "Le site Blablacar fait les grandes distances mais pas les petites", souligne John Billard. "Or il y a des petites start-ups comme Atchoum qui essayent de développer cela."

Au point que lui-même en tant que maire du Favril (commune rurale d'Eure-et-Loir) réfléchit à y faire appel : "je me pose la question pour pouvoir organiser du covoiturage à l’échelle locale, parce que beaucoup de mes habitants travaillent soit à Chartres soit à Paris."

Mais ce mode de transport n’a pas encore vraiment de statut car il n'existe pas de loi qui le reglémente. Comme l’explique le fondateur de cette entreprise dans une interview au JDD, "si la loi n’évolue pas, on ne pourra pas répondre aux problèmes de mobilité en milieu rural".
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus