Avec BBdM, le mensuel Corsica attaque Marseille et Aix en Provence

La couverture du premier numéro du mensuel Bons baisers de Marseille publié en janvier 2014 / © FTViastella
La couverture du premier numéro du mensuel Bons baisers de Marseille publié en janvier 2014 / © FTViastella

Le deuxième numéro du mensuel Bons Baisers de Marseille est dans les kiosques depuis le week end du 15 février. Le lancement  de ce nouveau mensuel est assuré par le magazine Corsica qui l'édite en offrant aux lecteurs aixois et marseillais deux magazines pour le prix d'un. 

Par Jean Crozier

Après un premier numéro sorti le 9 janvier, à trois mois des élections municipales, la rédaction de Bons Baisers de Marseille (BBdM) a  livré sa deuxième édition le 14 février, tirée a 12 000 exemplaires.
Pour son éditeur, le mensuel Corsica, qui assure vendre entre 8000 et 10 000 exemplaires en moyenne dans l'île depuis 15 ans (sur ces chiffres voir encadré ci-dessous), cet "export de savoir faire" est un pari risqué dans un contexte particulièrement difficile pour la presse papier.
Depuis son lancement, BBdM   dispose de 300 points de vente dans les Bouches du Rhône dont une bonne vingtaine à Aix-en-Provence.
La couverture du numéro 2 / © BBdm - FTViastella
La couverture du numéro 2 / © BBdm - FTViastella

Lancé comme une "opération commando" pour reprendre l'expression de Frédéric Poletti, son directeur de publication, qui est également le gérant de la société Corsica, éditrice,  « le magazine qui va faire parler la kalach »  se veut "un aiguillon".

Avec sa rédaction, constituée de journalistes marseillais qui suivent depuis des années l’actualité de la région, Olivier-Jourdan Roulot, ancien rédacteur en chef du quotidien 24 Ore lancé en Corse par la société Corsica 2 en mars 2010, défend  l’idée d’un journal participatif, frondeur, turbulent, révélateur et agitateur de pensée(s), de propositions, de provocations aussi.


Comme une carte postale au ton punchy, chaque mois

Sur le fond -soulignent  dès le départ de l'aventure les responsables du nouveau mensuel- Bons Baisers de Marseille donne la première place à l’enquête et l’investigation, à l’analyse, au débat et au décryptage. Sur la forme, le titre joue la carte du long format, du ton et du décadrage.

Si BBdM revendique son indépendance à l’égard des pouvoirs quels qu’ils soient, de toute idéologie, de tout parti politique ou tout groupe financier, la rédaction assume pleinement sa subjectivité et ses partis-pris journalistiques, pour répondre aux attentes d’un lectorat exigeant, citadin et actif. Un lectorat qui attend une information qualifiée et qu’on s’adresse à lui sans arrière-pensées, de façon directe et incisive.

Bons Baisers de Marseille c’est chaque mois -
assure l'équipe de BBdM- la promesse d’un ton punchy, d’angles saillants et inédits, d’enquêtes et d’infos exclusives, de reportages percutants et décalés, d’articles fouillés, d’interviews où la langue de bois est proscrite.


Face à la crise de la presse papier, quelle place pour les électrons libres ?

Au surf sur la vague d'élections municipales où les batailles de Marseille et d'Aix ne manquent certes pas d'attirer l'attention, la navigation tentée par Corsica et BBdM est audacieuse, voire périlleuse, dans une période où la crise de la presse écrite est un tendance lourde qui n'épargne pas les plus gros , tels le groupe "Nice-Matin" pour lequel le groupe Hersant Media vient à peine de trouver un repreneur

Evidemment - préviennent les responsables de BBdM- se lancer dans une pareille aventure, dans un secteur (la presse papier) que certains qualifient « d’industrie de la liquidation », n’a rien d’une sinécure. Face à ces vents mauvais, il serait sans doute plus raisonnable de baisser les armes, en actant d’ores et déjà ce qui ressemble chez beaucoup à de la résignation.
De notre côté, nous pensons que la presse écrite peut encore trouver sa place, à condition qu’elle joue pleinement son rôle. Qu’elle hisse son niveau d’exigence et, disons-le, qu’elle change radicalement ses vieux logiciels devenus inadaptés.


En Corse où,  avec  la société Corsica 2,  Frédéric Poletti et son père le journaliste Joseph-Guy Poletti avaient réussi un tour de table rassemblant la compagnie maritime Corsica Ferries France, la société de capital risque Femu Qui et d'influents entrepreneurs tels Charles Cappia et François Ollandini, l'aventure du quotidien 24 Ore
s'est achevée en avril 2012, deux ans après son lancement,  par une liquidation judiciaire, un passif de 1,6 millions d'Euros et une quinzaine de salariés au chômage.

A Marseille, les électrons libres de la presse papier indépendante n'ont guère plus de chance de survie.
Lancé en mai 2009, le quotidien la Tribune du Sud  a fermé après un mois d’existence, accusant 200 000 euros de pertes. Le mensuel "V Marseille" a fermé ses portes fin 2013 après un an d'aventure. "Le Ravi", mensuel provençal et satirique, se bat pour vivre depuis des années.


Deux pour le prix d'un pour lancer l'aventure

Couplé au magazine Corsica, BBdM invente ainsi, entre Marseille et la Corse, le 2 en 1 et offre aux lecteurs aixois et marseillais deux mensuel pour le prix d'un.

Dans l'hypothése basse, ce sont, au moins jusqu'aux municipales, les lecteurs de la première ville corse de France qui sont privilégiés.

Dans l'hypothése haute, une fois le nouveau média identifié par d'éventuels annonceurs, c'est peut être la possibilité d'un tour de table qui se profile.

Frédéric Poletti veut y croire : la rentabilité d’un média de presse écrite tourne -explique-t-il- autour d’une équation à deux inconnus : les ventes et la publicité. L’un peut compenser l’autre. Mais, au-delà de l’équilibre, nous devons assurer une forme d’indépendance éditoriale. Pour cela, nous avons besoin d’un niveau de vente qui doit se situer au dessus de 6 000 exemplaires. Dans le cas contraire, nous serions trop dépendants des annonceurs.

Nous sommes dans un marché méditerranéen -souligne Frédéric Poletti- cela veut dire qu’en plus des critères économiques traditionnels, il y un besoin d’identification.

En clair, il faut un peu de patience pour savoir si l'aventure va séduire ou non des fées marseillaises ou des investisseurs aixois.

Pour l'heure, à sa naissance, il n'y a que deux annonceurs insulaires qui se sont penchés sur le berceau de BBdM : un brasseur nustrale qui étanche la soif de Corse et un confiturier conserveur en Corse.
Au sommaire du deuxième numéro de BBdM / © BBdM - FTViastella
Au sommaire du deuxième numéro de BBdM / © BBdM - FTViastella


La santé de Corsica, mensuel depuis 1999

Contrôlé depuis sa création en 1999 par la SARL Mediacorse de Madame Anne-Marie de Zerbi, le magazine Corsica a, depuis 2011, nettement réduit sa voilure en raison de ses difficultés financières. 

Autorisée au printemps 2013 par l'inspection du travail de Corse du sud à mettre à temps partiel l'ensemble de ses salariés, journalistes compris, en raison de ses difficultés comptables,  la SRL Corsica  compte quelques inscriptions de créances au registre du commerce au 30 janvier 2014: une quinzaine pour une somme de 40 464 euros au privilège de la Sécurité sociale et des régimes complémentaires et une de 90 814 euros au privilège du Trésor public.

Comment se porte Corsica dont les principaux annonceurs restent, dans le numéro de janvier 2014, la Collectivité Territoriale de Corse, les deux conseils généraux de l'île et l'Agence de Développement Economique de la Corse, est une question récurrente à laquelle son gérant Frédéric Poletti-de Zerbi ne se dérobe pas: Corsica est une forme d’anomalie économique -explique Frédéric Poletti. Il s’agit d’une entreprise dans un secteur en crise (la presse) et dans une région qui est la moins peuplée de France et la moins riche économiquement parlant. Bien entendu, la crise nous impacte. Mais nous sommes rodés au combat. Sur notre page Facebook,  nous jouons la transparence vis-à-vis de nos lecteurs.
Sur le réseau social, le responsable de Corsica est en effet plus explicite et laisse comprendre que l'aventure marseillaise tentée avec BBdM fait partie des espoirs pour lesquels il croise les doigts: Nous sommes en pleine crise, notre confrère, Nice Matin, (pourtant inamovible) est dans une situation économique très compliquée.
Nous nous battons, animés par cette volonté d’animer l’espace de débat démocratique. Nous essayons d’avancer malgré un contexte difficile. Par exemple, nous participons à la sortie d’un magazine équivalent de Corsica à Marseille. Le premier numéro est paru en janvier. En d’autres termes, nous exportons notre savoir faire.

En attendant les bons retours de Marseille, en Corse, pour faire face aux difficultés financières, le mensuel Corsica a choisi de faire appel à ses lecteurs : depuis décembre 2013, il a lancé une souscription pour la création d'une société des lecteurs, slcorsica.com, essentiellement relayée par la page Facebook de Corsica Magazine.
Cette initiative -assure Frédéric Poletti, gérant de la SRL Corsica- a pour but de permettre à nos lecteurs de devenir copropriétaires du magazine.
Pour l’instant, cette société des lecteurs est dotée d’un bureau provisoire constitué de proches du journal, en attendant de passer le relais, le plus vite possible, à des instances élues.

Quant à la diffusion du mensuel Corsica dont le gérant assure qu'elle varie de 8000 à 10 000 exemplaires en moyenne sur les 15 dernières années, la réalité de ces chiffres optimistes est difficile à vérifier: le dernier procès verbal de contrôle  établi par l'OJD concernant Corsica porte sur l'année 2007.  Le mensuel Corsica a démissionné de l'Office de Justification de la Diffusion (OJD) en 2010.

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