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Le label AOC de l'huile d'olive corse fête ses 10 ans

Olives de Corse / © DR FTViastella
Olives de Corse / © DR FTViastella

C'est un petit anniversaire qui en dit bien plus long que son âge: en fêtant cette année les 10 ans de son AOC Huile d'olive, la Corse célèbre en réalité la renaissance d'une production insulaire grâce aux labels de qualité.

Par POC avec AFP

 L'AOP, ou Appellation d'origine protégée pour sa dénomination européenne, a succédé en 2007 à l'Appellation d'origine contrôlée (AOC, bien plus ancienne) mais les deux acronymes garantissent de la même façon l'origine et la qualité de produits traditionnels, issus d'un terroir et d'un savoir-faire particuliers.

"On partait de loin", raconte sur le Salon de l'Agriculture Sandrine Marfisi, oléicultrice sur l'ile, à Patrimonio, et représentante de la filière. L'huile d'olive
en Corse est aussi emblématique que le miel ou le vin, or à la fin des années 70 elle avait pratiquement disparu, emporté par le déclin généralisé de l'agriculture d'après-guerre sur l'île.

Au départ, le sursaut vient d'une poignée d'amoureux du terroir déterminés à replanter et "démaquiser" contre les incendies pour préserver le paysage. De petites parcelles sont remises en production et en dix ans la filière est peu à peu relancée. La Balagne fut la première à s'y mettre et reste aujourd'hui le premier bassin de production. 

Parti de zéro dans les années 80, le syndicat interprofessionnel de l'oléiculture compte aujourd'hui 500 adhérents (producteurs et moulins). Mais hors de l'île, la réglementation européenne n'admet qu'une seule étiquette sur les flacons: celle de l'Etat-membre.
Demande-t-on à des Corses de vendre sous le label "Huile de France" ? "C'est ce qui nous a décidé à demander l'AOC", convient Sandrine Marfisi. "Ce qui nous permettait du même coup une montée en gamme". 


L'AOC obtenu en 2004

En 2004, l'huile d'olive décroche le précieux sceau après sept ans d'efforts. La méthode a fait ses preuves: les vins de Corse, les premiers,
ont décroché l'AOC en 1975, puis les miels et le Brocciu - fameux fromage frais de brebis (actuellement en pleine saison) - en 1998.
La procédure est longue, exigeante: il faut prouver le caractère local et même endémique de la production, sa tradition et son ancrage patrimonial. La Corse cultive quatre variétés endémiques (Sabina, Zinzala, Capanace et Curtinese) puis les Gênois en ont apporté d'autres. "On a fouillé les archives, apporté des photos, des outils, des écrits pour permettant d'inscrire l'huile d'olive dans 300 ans d'histoire".


Protéger un savoir faire

En plus des vergers séculaires, 400 ha supplémentaires sont plantés pour régulariser les volumes. Aujourd'hui, 60% des volumes et 710 ha de vergers sont en AOP et 188 producteurs  - les autres produisant pour eux-mêmes ou pour le marché local. La production atteint 124.000 litres en moyenne décennale, mais cette année elle est déjà divisée de moitié, à 60.000 litres, après une campagne exceptionnelle l'an dernier.

Sur l'île, la première surface végétale reste la vigne, passée devant la clémentine, note Marie-Dominique Linale, représentante de la Chambre d'Agriculture de Haute-Corse. Le vin de Patrimonio fut le premier à déposer un dossier de demande d'AOC en 1968, puis ce fut le Vin de Corse qui compte neuf déclinaisons.
Après l'olive, la farine de châtaigne a décroché l'AOC en 2006 et depuis, en 2012, les charcuteries - Prisuttu-jambon sec, Coppa de Corse et Lonzo de Corse - ont été labellisées à leur tour. AOP, AOC, IGP (indication géographique protégée), la Corse se flatte d'être "la région française qui bénéficie du plus grand nombre" de labels de qualité.

"On a eu la volonté de protéger notre savoir faire. Aujourd'hui, on a cinq fromages qui demandent à rentrer en AOP" poursuit Marie-Dominique Linale. "Ce travail permet de lutter contre une standardisation du goût, de préserver la typicité de nos produits: par exemple la charcuterie ne peut provenir que des porcs noirs coureurs nourris aux châtaignes". 

Surtout, insiste celle qui gère les dossiers d'installation, "ça ne se discute même plus: ceux qui s'installent vont droit sur la qualité". En 2013, 66 projets
ont été validés et les deux femmes n'en doutent pas: cette démarche qui motive aujourd'hui les jeunes a sauvé l'agriculture en Corse.

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