Le PDG de Veolia renouvelle l'exorcisme

Antoine Frérot, Paris, le 27 février 2014 / © AFP PHOTO ERIC PIERMONT
Antoine Frérot, Paris, le 27 février 2014 / © AFP PHOTO ERIC PIERMONT

Le PDG de Veolia Environnement, Antoine Frérot, a de nouveau défendu lundi 3 mars le recours à "la protection du tribunal" de commerce de Marseille pour la compagnie maritime en difficulté SNCM, soulignant ne pas avoir défendu "le dépôt de bilan" la semaine dernière. 

Par Jean Crozier avec AFP

A l'approche du Conseil de Surveillance de la SNCM, interrompu le 25 Février dernier, qui doit reprendre le 7 Mars,  Antoine Frérot  a renouvelé, ce 3 mars, en la précisant, la solution qui, selon lui, est la seule susceptible d'exorciser la SNCM.

Pour la deuxième fois en cinq jours, le PDG de Veolia souffle le "bon conseil" à ses partenaires et au gouvernement.

"Les propos d'Antoine Frérot semblent forcer la main du gouvernement.  Cela ressemble à un rapport de force. Mais pour certains observateurs du dossier, cela pourrait être au contraire une espèce d'entente". remarquait à ce propos Alain Verdi le 27 février.





M. Frérot a assuré, sur l'antenne de BFM Business, ne vouloir "absolument pas" le dépôt de bilan, "je veux que la SNCM se mette sous la protection du tribunal de Commerce".

"Pour que la SNCM puisse vivre, il faut lui trouver un plan viable et pérenne.

Aujourd'hui, l'entreprise n'est pas viable à cause des amendes de Bruxelles, de 440 millions d'euros, qui un jour ou l'autre seront exécutoires", a-t-il dit.

"Pour que l'entreprise soit viable, il faut trouver une voie pour la mettre à l'abri de ces amendes de Bruxelles. Pour cela il n'y a pas 36 solutions, en tous les cas celle que nous avons trouvé, c'est de la mettre sous la protection du tribunal de commerce", a défendu M. Frérot.







Le 27 février dernier,  le patron de Véolia avait déjà demandé la mise sous "protection" au tribunal de la SNCM, précisant rapidement qu'il ne s'agissait pas d'une cessation des paiements et donc d'un "dépôt de bilan" comme certains l'avaient initialement compris.

"Le tribunal de commerce, cela ne veut pas dire le dépôt de bilan", a répété M. Frérot lundi.


"D'ailleurs généralement c'est l'inverse, quand on va au tribunal de commerce c'est pour éviter le dépôt de bilan, pour se mettre sous la protection
du tribunal afin de trouver une solution et utiliser le temps nécessaire", a-t-il plaidé.

Mais même la simple évocation d'un recours au Tribunal de Commerce --une décision qui n'appartient pas à M. Frérot-- avait suscité la critique de l'état-major de la compagnie maritime Corse-Continent, détenue à 66% par Transdev, la filiale commune de Veolia et de la Caisse des Dépôts (CDC).

L'Etat, malgré la pression de Bruxelles, "a en effet déclaré qu'il n'entendait pas notifier ces demandes de remboursement à la SNCM et qu'il recherchait d'autres solutions juridiques", avait fait valoir la direction.

"Il n'existe donc, à ce jour, aucune raison ni économique, ni juridique, qui pourrait contraindre la direction de l'entreprise --seule compétente-- à solliciter la protection du tribunal de commerce de Marseille pour déposer le bilan ou mettre en oeuvre quelques procédures collectives que ce soient", selon la direction.

Une piste évoquée par M. Frérot lundi est que le tribunal "trouve des solutions pour isoler la partie viable de l'entreprise, la mettre sous une autre raison sociale".

"Tant qu'il n'y aura pas de solution pérenne, nous ne remettrons pas d'argent dans la SNCM", a-t-il rappelé.



Le PDG de VEOLIA contredit par les textes

Antoine Frérot ne  peut pas ignorer que « la protection du Tribunal de Commerce » (de Marseille NDLR) débouche soit sur un redressement judiciaire, soit sur une liquidation judiciaire.

La « protection du Tribunal de commerce » bloque, de fait, les marges financières et économiques (emprunts, investissement…) de la SNCM. C’est donc toute perspective d’avenir qui est bloquée par une telle procédure.

Il est surprenant que le Pdg de VEOLIA estime qu’il « n’existe par 36 solutions ». En effet d’autres  solutions existent et elles sont examinées.

En cas de mise « sous protection du Tribunal de commerce », le prix social dépassera (largement) les 500 suppressions d’emplois prévues par le plan actuel.

Tout comptes faits,  on peut estimer que cette « protection » n’en est pas une, bien au contraire.

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