Cet article date de plus de 7 ans

La création d'un statut médical à l'hôpital n'apaise pas la colère des sages-femmes

La création d'un statut médical pour les sages-femmes à l'hôpital, annoncée mardi par la ministre de la Santé Marisol Touraine, n'a pas apaisé la "colère" d'une partie de la profession. Les sages-femmes se réunissent en assemblée générale à Paris et en régions ce mercredi  5 mars.
Bastia, le 23 décembre 2013
Bastia, le 23 décembre 2013 © FTViastella
Après plusieurs semaines de concertation, trois manifestations et une grève de plus de quatre mois, la ministre a donc tranché: les sages-femmes
auront un statut médical à l'hôpital, mais elles resteront fonctionnaires, contrairement aux médecins.

Ce statut médical "s'inscrira au sein de la Fonction publique hospitalière", a affirmé Mme Touraine lors d'une conférence de presse.

Il permettra "de reconnaître pleinement le caractère médical des compétences des sages-femmes, de leur travail et de leur rôle au sein des établissements de santé".

Le collectif de sages-femmes, à l'origine d'un mouvement entamé le 16 octobre, a aussitôt exprimé sa "colère" et annoncé la poursuite de ses actions.Caroline Barthe
Sage-femme
Marisol Touraine
Ministre des Affaires sociales et de la Santé


"On ne va pas se taire"

A son appel, plusieurs milliers de sages-femmes ont défilé à trois reprises à Paris pour réclamer la création d'un statut comme celui des médecins (praticien hospitalier), et la sortie de la Fonction publique.

Elles ont également fait grève, sans entraîner de grandes perturbations, puisqu'elles peuvent être assignées pour assurer les soins aux patientes.

"Il y a une assemblée générale mercredi 5 mars sur Paris et d'autres en régions pour voir comment durcir les actions", a affirmé Caroline Raquin, membre du collectif.

"Marisol Touraine n'a rien déclenché, rien provoqué pour changer les choses. On ne va pas se taire, ça suffit", a-t-elle ajouté.

La CFTC, qui soutient le collectif, a comparé dans un communiqué la création de ce statut à un "cautère sur une jambe de bois".

La revendication du collectif ne fait pourtant pas l'unanimité, puisque l'intersyndicale de sages-femmes hospitalières (CGT, CFDT, FO, Sud, Unsa et UNSSF) s'oppose à la sortie de la Fonction publique, synonyme pour elle de précarisation.

Des syndicats de médecins ont également estimé que l'émancipation des sages-femmes risquait de désorganiser les maternités.

A l'issue de ces annonces, la CGT a exprimé sa "satisfaction": "Maintenant, nous allons entrer dans le dur et négocier : que met-on dans ce statut?", s'est interrogée Annie-Claude Ottan (CGT), en estimant avoir obtenu de "réelles avancées".

L'intersyndicale a salué une "victoire",  tout en soulignant que la question du statut ne doit pas faire "diversion" alors que la rémunération des sages-femmes est "indécente".


Des "avancées sans précédent" pour la profession 


Plus globalement, la ministre a détaillé un plan comportant cinq mesures qu'elle a qualifiées "d'avancées sans précédent" pour la profession "et au-delà pour la santé de nos concitoyennes".

Ce plan marque "une véritable rupture dans la place et le rôle donnés aux sages-femmes", selon elle.

Une concertation s'engagera en avril sur la rémunération de ces professionnelles, dont le salaire débute à 1.400 euros nets: "Je me suis engagée à ce qu'elles soient mieux rémunérées", a-t-elle rappelé.

De nouvelles responsabilités leur seront confiées: elles pourront ainsi gérer une unité physiologique (accouchements moins médicalisés) au sein des établissements ou assurer des missions d'intérêt général sur leur temps de travail, comme les médecins.

Leurs actes bénéficieront d'une cotation spécifique: jusqu'à présent, un acte - comme un accouchement - réalisé par une sage-femme était comptablisé auprès de l'assurance maladie comme s'il avait été effectué par le médecin.

Les étudiants en maïeutique de 4e et 5e année verront leur niveau de rémunération aligné sur celui des médecins.

Enfin, une campagne de communication à destination du public et des professionnels de santé sera lancée pour "rappeler le rôle des sages-femmes":

"Beaucoup de nos concitoyennes ne savent pas qu'elles peuvent consulter une sage-femme pour la contraception ou pour le suivi de prévention", a expliqué Mme Touraine.

"Ce qui compte, ce n'est pas de savoir si on est praticien hospitalier, c'est-à-dire si on a le statut de médecin des hôpitaux alors qu'on n'est pas médecin. Mais (c'est de savoir) si on a la reconnaissance pleine et entière de ses compétences: c'est chose faite, je suis certaine que les sages-femmes l'entendront", a-t-elle ajouté.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
santé mouvement social