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DOSSIER - Udaf de Corse-du-Sud: un conflit et… une enquête financière

A l’Union Départementale des Associations Familiales de Corse-du-Sud (Udaf), la protestation sociale se fait sur fond de crise de l'institution et d'enquête financière. En quelques mois, l'Udaf s’est vu retirer près de la moitié de ses dossiers de tutelles pour mauvaise gestion.
ILLUSTRATION- L'UDAF de Corse-du-Sud
ILLUSTRATION- L'UDAF de Corse-du-Sud © FTVIASTELLA
Démarré lundi 17 novembre, le conflit de l'Udaf de Corse-du-Sud s'est prolongé toute cette semaine. Sur quatorze salariés, quatre, soutenus par le STC, exercent toujours un "droit de retrait".  Ils s'estiment en "danger" et dénoncent une situation de "harcèlement". Le management de la directrice est mis en cause, mais aussi le conseil d'administration (CA) qui refuserait "d’entendre les salariés". Ils demandent le départ de la directrice, la démission du CA et une audience au Préfet de région.

De son côté, dès lundi, le CA a fait savoir qu'un protocole d'accord venait d'être signé pour la rupture conventionnelle du contrat de la directrice. Malgré cela, toute la semaine, le conflit demeure. De son côté, la CGT, syndicat majoritaire partage l’analyse de la situation, mais ne comprend pas l’usage du droit de retrait. Elle ne participe pas au conflit.

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Udaf 2A, un conflit et une enquête financière

Une crise sociale latente ​

Le conflit couvait depuis plusieurs mois. En avril dernier, une grève de 24h l’avait dévoilé. Une intersyndicale CGT-STC aboutissait alors à la mise à pied de la directrice qui avait fait l’objet d’un licenciement pour faute grave. Mais le dossier, mal ficelé, a été invalidé par l’inspecteur du travail... Du coup,  en octobre, la directrice est revenue et le malaise a redémarré ! On compte, à partir de cette date, quatre arrêts maladie et une démission. Sur quinze salariés, cela fait beaucoup !

Une institution sociale importante

De fait, le fonctionnement de cette structure est bloqué. A quoi sert-elle ? L'Udaf de Corse du Sud réunit plusieurs associations familiales. Ensemble, elles représentent 1700 personnes. Elle est rattachée à  une union nationale - l’Unaf, que l'on entend dans tous les débats sur les réformes qui touchent à la famille. Au niveau départemental, ces Udaf sont impliquées dans le suivi concret de familles en difficultés. Cela en concerne environ 400 en Corse-du-Sud.

Une des missions les plus délicates et importantes de l'Udaf de Corse-du-Sud, ce sont les tutelles. Ses mandataires judiciaires s'occupaient, début  2014, de 150 adultes protégés. Pour eux, ils gèrent les revenus mensuels – jusqu'à 2.000 euros- et leur patrimoine - le plus important est constitué de deux appartements. La gestion des tutelles est encadrée par un magistrat, le juge des tutelles.

En cours, une enquête de la brigade financière 

Derrière, ce conflit, ce sont de ces dossiers que vient la vraie crise. En 2012, une nouvelle directrice est arrivée - l’organisation du travail et son management sont mis en cause par les salariés. Mais à la même période, arrive aussi, au tribunal d'instance cette fois, un nouveau juge qui prend la charge des tutelles. Il découvre une situation de grand désordre : "L'udaf, explique-t-il, n'a jamais rendu ses documents obligatoires : pas plus de comptes de gestion que d'inventaires du patrimoine. Cela rend le contrôle des tutelles impossible !".

Le juge tire la sonnette d'alarme pendant plusieurs mois, mais rien ne vient...  jusqu’au printemps 2014. Et là, les comptes sont mauvais... Le juge estime que "les intérêts des adultes protégés ne sont pas défendus, et les rémunérations que s’octroie l'Udaf sont trop élevées". Bilan : en six mois, il retire 60 mesures de tutelle à l'Udaf, c'est-à-dire 40% de son activité, et alerte le procureur.

Depuis le mois de juin,  l'Udaf fait l'objet d'une enquête préliminaire menée par la brigade financière. Selon nos informations, elle pourrait prendre du temps. En l’état, le parquet parle de "possibles malversations" et envisage maintenant de remonter sur des dossiers de plusieurs années en arrière.

Lundi 24 novembre, les trois salariés en conflit continuent de se prévaloir du droit de retrait. Le STC attend toujours de rencontrer le Préfet de Corse.
Mais aussi… une nouvelle audience est prévue entre le juge des tutelles et les mandataires judiciaires de l’Udaf. Une quinzaine de dossiers pourrait encore être retirée à l'Udaf par le juge.

Une situation qui met en crise toute la structure. Et en lumière la difficile gestion, par des associations de bénévoles, d'institutions sociales très importantes et aux missions délicates.

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