Covid : l'artisanat en Corse à l'épreuve de la crise sanitaire

Le président de la chambre des métiers de Corse-du-Sud, François-Marie Ottaviani s'alarme du nombre de radiations d'entreprises artisanales dans le département depuis le mois de mai. Selon lui, celles-ci sont le résultat de la crise sanitaire et constituent les prémisses d'un désastre à venir.

L'artisanat, première entreprise de Corse souffre de la crise sanitaire liée au coronavirus.
L'artisanat, première entreprise de Corse souffre de la crise sanitaire liée au coronavirus.
Les prémisses d'une catastrophe annoncée : c'est ainsi que François-Marie Ottaviani, chauffeur de taxi exploitant et président de la Chambre des métiers de Corse-du-Sud, décrit les 166 radiations d'entreprises artisanales enregistrées en Corse-du-Sud depuis le mois de mai.

Un chiffre inhabituel, selon lui, et imputable à la crise sanitaire et sociale liée au coronavirus. 
François-Marie Ottaviani (gauche), et Jean-Charles Martinelli (droite) lors de l'assemblée générale de la CRMA de Corse, en 2019.
François-Marie Ottaviani (gauche), et Jean-Charles Martinelli (droite) lors de l'assemblée générale de la CRMA de Corse, en 2019. © Chambre de Métiers et de l'Artisanat de Corse du Sud
Malgré le panel de "très bonnes mesures" prises par le gouvernement au plus fort de la crise, telles que le report de charges, le chômage partiel, l'aide financière de 1.500 euros et le prêt garanti par l'Etat, dont ont bénéficié 5.700 entreprises corses, François-Marie Ottaviani estime que les artisans insulaires sont "sous oxygène".

"En l'absence de reprise de l'activité économique et avec la deuxième vague qui se profile, je crains une catastrophe", déclare-t-il ainsi.

Une baisse du taux de création d'entreprises

Le président de la Chambre régionale des métiers de Corse, Jean-Charles Martinelli, lui, tempère ce constat : "Si l'on compare à l'année 2019, sur la période du 1er mars au 21 octobre, on avait enregistré 460 radiations. Aujourd'hui, on en compte 280." Selon lui, la baisse du nombre d'inscriptions (donc de créations d'entreprise) est plus inquiétante.
Jean-Charles Martinelli, artisan boucher de profession est le président de la Chambre régionale des métiers de Corse.
Jean-Charles Martinelli, artisan boucher de profession est le président de la Chambre régionale des métiers de Corse. © FTVIASTELLA
En effet, la Région ne devrait enregistrer que 550 à 600 créations d'entreprises en 2020, contre environ 1.000 par an lors des années précédentes, soit une baisse de 30% à 40%. "Le climat est anxiogène, les gens ont peur de se lancer", reconnaît-il.

Mais les deux présidents s'accordent cependant à dire que le pire est sans doute à venir. Selon eux, la pleine mesure de la crise ne devrait apparaître qu'à partir du mois de janvier, au moment de la reprise des échéances de cotisations sociales et du remboursement des prêts garantis par l'Etat.

"Nous attendons une dégradation de la situation pour le début d'année prochaine", admet Jean-Charles Martinelli.

Estimant qu'il faut laisser le temps aux entreprises de reconstituer leur trésorerie, François-Marie Ottaviani réclame une exonération totale de charge pour les artisans sur la période de mars à décembre. "Il ne s'agit pas d'assistanat, mais de permettre à des entreprises de survivre en attendant une reprise économique."

Une demande partagée par le président de la Chambre régionale des métiers de Corse, qui souhaiterait également la mise en place d'un plan de relance adapté aux spécificités du tissu économique corse.

"Il faudrait reconnaître notre insularité et la particularité de notre territoire, qui a été durement touché par cette crise", estime Jean-Charles Martinelli.

L'artisanat, première entreprise de France, est également un moteur de l'économie insulaire, avec environ 16 600 entreprises pour 330.000 habitants.
 
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