Ajaccio : un conseil municipal marqué par quelques tensions entre majorité et nationalistes

Le dernier conseil municipal d'Ajaccio, ce jeudi 29 avril, a vu quelques tensions apparaître entre la majorité et l'opposition. L'objet du jour, le vote du compte administratif pour l'année 2020, a quelque peu été éludé.

ILLUSTRATION - Hôtel de ville d'Ajaccio
ILLUSTRATION - Hôtel de ville d'Ajaccio © France 3 Corse ViaStella

Jouxte verbale en visio-conférence. Le conseil municipal d'Ajaccio, de ce jeudi 29 avril, consacré au vote du compte administratif pour l'année 2020 a été marqué par quelques vifs échanges entre la majorité et l'opposition nationaliste.

Pourtant aucune animosité n'a marqué le début d'audience, une fois de plus organisée à distance. L'adjoint au maire en charge des finances, Pierre Pugliesi, a dressé le bilan 2020 de l'action municipale. Un bilan jugé positif, selon la majorité.

Premier motif de satisfaction : un résultat global de clôture pour le budget principal de la ville de plus de 7,7 millions d'euros pour l'année 2020 (125,9 millions d'euros de dépenses pour 133,63 millions de recettes).

Les recettes réelles de fonctionnement pour l'année 2020 s'établissent à 93,7 millions d'euros (en baisse de 3,03 % par rapport à 2019). Le montant des dépenses de fonctionnement a, lui, enregistré une hausse de 0,56 % par rapport à l'année dernière (94,8 millions d'euros).

Les effets du Covid

Dans son exposé, Pierre Pugliesi a rappelé à plusieurs reprises le contexte particulier de cette année, marquée par le Covid-19.

Certains fonctionnements de la mairie ont directement été touchés. Notamment les "produits des services" (crèche, restauration scolaire, sport, culture), dont les recettes ont baissé de 24,82 % cette année.

Conséquence de la crise sanitaire toujours : l'épargne de la ville a été réduite de 1,38 millions d'euros, en 2020.

Malgré ces quelques points noirs au tableau, l'adjoint au maire s'est réjoui de l'action municipale : "Le travail sur la dette a porté ses fruits et continuera de porter ses fruits", a-t-il expliqué lors de son discours sur la baisse des charges financières : "Notre capacité de désendettement s'améliore."

"L'ensemble des actions mises en œuvre, à savoir la sortie des emprunts toxiques, renégociation des taux d'emprunt, engagement pris par la Ville auprès de la Caisse des Dépôts pour une qualification d'investissement maîtrisé, nous a permis de sortir le nez du sac", a-t-il ajouté.

"Vous n'avez pas de projet"

Pour Jean-Michel Simon, membre du groupe Pà Aiacciu, ce vote du budget administratif a aussi été l'occasion de rappeler son désaccord à la majorité. Il a notamment reproché une "feuille de route difficile à comprendre".

Êtes-vous une majorité constructive ? Non.

Jean-Michel Simon, élu d'opposition Pà Aiacciu

"Si nous sommes d'accord pour une police municipale de proximité au contact de la population, avec des missions différentes de la police nationale, nous ne sommes pas pour qu'elle soit armée. Si nous sommes pour un musée napoléonien, nous ne sommes pas pour qu'il soit remisé dans une pièce à la Maison Carrée, mais pour qu'il soit situé dans un lieu historique qui compte pour les Ajacciens", a-t-il ensuite étayé.

Avant de poursuivre : "Tenez-vous compte de cette réalité, de nos propositions, êtes-vous une majorité constructive ? Non". Pour Jean-Michel Simon, un constat s'impose : "Faire un bilan de l'action municipale est impossible. Parce que vous n'avez pas de projet."

J'imagine que pendant six ans vous avez certainement fait un tour du monde.

Stéphane Sbraggia, premier adjoint au maire d'Ajaccio

Commerce, emploi, transports, immobilier, téléphérique, propreté des espaces publics, sécurité... La liste des critiques exposée par l'élu Pà Aiacciu est fournie. Puis, il finit son intervention en redoutant une "crise sociale", si le cap de l'action municipale était maintenu.

Une réponse en plusieurs temps

La riposte est venue de la part du premier adjoint au maire, Stéphane Sbraggia : "Votre analyse est pauvre d'un point de vue technique. Vous avez éludez l'exercice de l'analyse du compte administratif, comme celle du budget."

Avant d'enchaîner : "Selon vous, on n'avait absolument rien fait. J'imagine que pendant six ans vous avez certainement fait un tour du monde et vous avez omis de vous arrêter sur Ajaccio. Parce qu'il y a un certain nombre de choses qui ont été réalisées. Visiblement vous êtes passés à côté du programme 'action coeur de ville', de la récupération de la citadelle, de la création de la place Campinchi, de la halle gourmande, de la rénovation du pont Napoléon, du baptistère..."

Ce débat sur l'épargne nette est insipide.

Pierre Pugliesi, adjoint au maire chargé des finances.

Le maire d'Ajaccio, Laurent Marcangeli, a clôturé cette riposte par une citation de Talleyrand, ministre sous Napoléon : "Tout ce qui est excessif est insignifiant."

"Pas digne d'un analyste financier"

L'analyse du compte administratif a fait l'objet de critiques de la part d'un autre membre de l'opposition, en la personne de Jean-André Miniconi (Aiacciu pà tutti) : "L'épargne nette est à 105 %. La moyenne nationale est à 94,5 %. Il y a dix points d'écart, c'est 9 millions d'euros. Il manque 5 millions d'euros pour être à l'équilibre. C'est beaucoup."

"Ce débat sur l'épargne nette est insipide. Il n'est pas digne d'un analyste financier. Contrairement à l'épargne brute, l'épargne nette peut être truandée, comme d'autres l'ont fait par le passé, tout simplement en renégociant l'allongement de la dette. C'est facile mais tout ça n'est que fictif. C'est ce qui s'est passé en 2005. La ville d'Ajaccio avait renégocié des emprunts toxiques en les allongeant. On s'est toujours refusé à faire ça", a répondu Pierre Pugliesi, piqué au vif.

L'adjoint en charge des finances rappelle se baser sur l'épargne brute, "un indicateur sur lequel se base les financeurs". Malgré une baisse cette année, il a tenu à rappeler que cette épargne brute a augmenté depuis 2017.

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