Festival de la BD à Ajaccio : la langue corse en force

Publié le Mis à jour le
Écrit par Julia Sereni .

Jusqu'au 13 novembre, le festival de la BD d’Ajaccio a pris ses quartiers au Palais des Congrès. L’occasion de s’intéresser à la production en langue corse, qui connait un essor nouveau depuis quelques années.

Lire un Corto Maltese en langue Corse, c’est désormais possible. Et ce, grâce à Ceccè Lanfranchi. Le chanteur, parolier, professeur et militant culturel a ajouté une nouvelle corde à son arc : la traduction de bande dessinée. Il a adapté la toute première histoire de la série d’Hugo Pratt, La balade de la mer salée, renommée U cantu di u mari salitu.

"C’est un exercice amusant mais aussi gratifiant", commente l’intéressé, présent à cette 20ème édition du festival de la bande dessinée d'Ajaccio. Et d'ajouter : "Corto Maltese est un personnage de mon enfance, que j’ai découvert dans Pif Gadget."

Au-delà, c’est aussi l’occasion de partager et diffuser le corse. "Ce serait bien si cela pouvait amener un autre public sur la langue", confie-t-il.

 

Selon lui, les traductions de bandes dessinées en langue corse sont encore trop peu nombreuses. "Un Tintin, Les bijoux de la Castafiore, un Astérix en Corse… ", dénombre-t-il. Pourtant, pour Frédéric Bertocchini, auteur et fondateur de ce festival de la BD, elles peuvent aussi recueillir un franc succès auprès du public.

"Quand nous avons publié les trois albums en langue corse de la série sur Pasquale Paoli, nous avions tiré 2 000 exemplaires de chaque, et tous ont été épuisés, raconte-t-il. Habituellement, pour un livre en corse, 400 exemplaires c’est déjà bien. Donc cela donne une idée du potentiel que recouvre la BD."

 

Pour les deux auteurs, la BD offre des possibilités de compréhension plus importantes, quand un livre ou un poème en corse peuvent être plus difficiles d'accès pour un locuteur moyen. "Il y a un support visuel qui permet de comprendre un texte, même pour les gens qui ont seulement quelques notions de corse", souligne Frédéric Bertocchini.

Loin de restreindre l’accès à l’œuvre, écrire en langue corse représente au contraire pour l'auteur un vecteur de partage des cultures. "Il y aura prochainement une version en italien et en sarde sur la BD consacrée à Paoli. Je suis fier de voir ce personnage dans une autre langue, cela veut dire que notre démarche est comprise", se félicite-t-il.

"Le dessin, un langage universel"

S’il y en bien un qui adhère à la démarche, c’est Asisko Urmeneta. Auteur de la BD en langue basque Amaur, il a fait le déplacement à Ajaccio spécialement pour le festival.

En plus de son œuvre principale, qui raconte "l’histoire du dernier château qui a résisté à l’invasion des Espagnols en 1522", Asisko Urmeneta a publié un livret de dessins sur le même sujet mais sans bulles ni mots. Avec simplement un court texte à la fin de l'œuvre, traduit en occitan ou encore en corse.

 

"Le dessin, c’est le langage universel, ensuite chacun a sa culture et sa langue, commente-t-il. Sous couvert de l’ouverture et de l’universalité, aujourd’hui on traduit seulement dans les langues "impériales" et on oublie les autres. Or, elles méritent reconnaissance."

Asisko Urmeneta veut croire que sa langue peut, elle aussi, être porteuse d’universalité. "Si on avait les sous, on ferait une série Netflix en basque", conclut-il, le sourire aux lèvres.  

Le reportage réalisé par nos équipes : 

Intervenants - Franck Margerin (dessinateur, scénariste et créateur de Lucien) - Laurent (bédéphile bastiais) - Dimat (dessinatrice) - Patrice Reglat-VIzzavona (dessinateur)

Équipe journalistes - M.-F. Giuliani - S. Lapera - A. Sebahy

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité