• FAITS DIVERS
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • CULTURE
  • SPORT

Sans-abris : en été, la misère ne prend pas de congés

Au centre du Secours catholique d'Ajaccio, les sans-abris peuvent trouver un café, un accès internet, de quoi se doucher et faire une lessive... Mais surtout, de la compagnie. / © FTViaStella / Martin Cauwel
Au centre du Secours catholique d'Ajaccio, les sans-abris peuvent trouver un café, un accès internet, de quoi se doucher et faire une lessive... Mais surtout, de la compagnie. / © FTViaStella / Martin Cauwel

Toute l'année, un peu plus de 200 personnes sans domicile fixe sont présents à Ajaccio. Et pour eux, l'été n'est pas moins rude que l'hiver. Le Secours catholique et Médecins du monde maintiennent une permanence durant tout le mois d'août. Une aide primordiale pour les sans-abris. 

Par Axelle Bouschon

"L'hiver, les gens sont plus avenants, ils nous offrent des pulls, des couettes, un café chaud... L'été, c'est comme si on avait plus le droit de se plaindre. Comme si la chaleur était plus facile à gérer que le froid."

Julien est sans-abri depuis presque deux ans. Et quand il entend dire que les mois de fin d'année seraient plus rudes pour "les gens comme lui" que l'été, il rit jaune.
 

Ce n'est pas parce qu'il fait chaud que c'est plus agréable de vivre dehors


"Les SDF que je connais qui sont décédés, c'était toujours en été. Ce n'est pas parce qu'il fait chaud que c'est plus agréable de vivre dehors."

Dans un rapport datant de 2017, le collectif les morts de la rue soulignait même une hausse du nombre de décès de sans-abris au cours du mois de juillet. La piste de justification privilégiée par le comité ? Les "ruptures d'accompagnement l'été, quand beaucoup de structures ferment pour les congés".
 

Permanences plus rares


Car pendant les mois de juillet et août, si les Français sont nombreux à partir en vacances, la misère, elle, ne prend pas de congés.

Au Secours catholique d'Ajaccio, justement, on s'est organisé pour maintenir une ouverture hebdomadaire pour les personnes en difficulté, pendant tout l'été. 
 

Mais si durant l'année, la permanence est ouverte quatre matins par semaine, ce mois d'août, l'accueil parvient tout juste à se maintenir le jeudi, de 8h30 à 11h.

"Nous avons réussi à avoir 5 ou 6 personnes, qui viennent une fois par semaine, pour que les gens puissent prendre leurs douches" explique Michel Kemel, président du Secours catholique pour le Corse. 
 

Soins


Un créneau restreint, mais durant lequel toute personne sans domicile fixe est invitée à venir profiter d'une douche, rasage, ou lessive à bas prix ; ainsi que d'un café, un petit déjeuner, et même un accès à Internet gratuit.

 Le vendredi après-midi, des consultations sont également organisées par l'association Médecins du monde.
 

Il y a beaucoup de pathologies dermatologiques


Une continuité des soins nécessaire, quand on sait que l'été, en plus des troubles articulaires, musculaires et des coups de soleil, les risques hygiéniques sont multipliés. 
 
"Il y a beaucoup de pathologies dermatologiques, surtout du pied, précise François Natali, médecin retraité et délégué Médecins du monde pour la Corse. [Les personnes sans-abri] travaillent dans des chaussures qui ne sont pas adaptées, et de fait, ils transpirent et macèrent."

Après quoi, sans accès régulier à une douche, cette macération peut entraîner des "infections entre les orteils".


Bénévoles

 

Ici, ils s'occupent bien de nous


Toute l'année, onze praticiens bénévoles se relaient dans ce dispensaire, et assurent près de 500 consultations.

Pour le plus grand soulagement des personnes sans domicile fixe qu'ils traitent, qui préfèrent souvent s'adresser à eux.

"Un autre médecin, il va nous donner du Lexomil [ndlr : un anxiolytique] et nous dire que ça va aller. Tandis qu'ici, ils s'occupent bien de nous" estime ainsi Daniel, sans-abri.

 
Sans-abris : en été, la misère ne prend pas de congés
Intervenants : Jean Noël -Déborah - Michel Kemel, Président du Secours catholique pour la Corse - François Natali , médecin retraité et délégué Médecins du Monde pour la Corse - Daniel. Equipe : PERROUX Ophélie - LUCIANI Lionel - CAUWEL Martin- LAMETA Dominique


 

L'invisibilité des sans-abris

Ne pas savoir où il va dormir, s'il va pouvoir manger à sa faim, s'accomoder d'une météo parfois peu clémente... 

Tout cela, après presque deux années passées à la rue, Julien l'assure, il "s'y est fait".

Ce à quoi il n'a jamais réussi à s'habituer, cependant, c'est le regard qui peut être porté sur lui. Ou son absence, plutôt. "Quand tu es à la rue, tu n'existes plus pour les gens, c'est fini. On fait tout pour ne pas te voir. Ca en serait presque drôle, si ça ne me rendait pas aussi triste."

Certains jours, il arrive au trentenaire de mendier. Mais plus autant qu'à "ses débuts" : "voir les gens passer devant moi et baisser la tête quand je leur demande de m'aider, à force, ça m'a déprimé".

Alors depuis quelques années, il a cessé d'interpeller les passants, et se contente de poser son gobelet devant lui sans bruit, en espérant que quelqu'un finisse par y déposer une pièce. "On gagne moins d'argent comme ça, c'est sûr". Mais il reste plus facile pour Julien de se dire "qu'ils ne [l'ont] simplement pas vu", plutôt que d'êtrer forcé de constater qu'il a été délibérément ignoré.

"C'est assez fou quand on y réfléchit. Toutes ces personnes, je les vois passer tous les jours, à la même heure, depuis des mois. C'est comme si on était voisins. Et il n'y en a  quasiment pas un seul pour venir me parler. Je ne demande pas forcément de l'argent, même si ça aide. Je voudrais surtout pouvoir un peu discuter."

Sur le même sujet

Ajaccio : le succès des glaces artisanales et locales

Les + Lus