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Les trésors oubliés de la bibliothèque d'Ajaccio

Dans la réserve de la bibliothèque d'Ajaccio, l'un des sept exemplaires du Thesaurum Hyeroglyphicorum (1610) a été découvert. / © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
Dans la réserve de la bibliothèque d'Ajaccio, l'un des sept exemplaires du Thesaurum Hyeroglyphicorum (1610) a été découvert. / © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Un ouvrage rarissime sur l'égyptologie, des lettres inédites signées de Napoléon, un livre dédicacé par Gustave Eiffel sur la "tour de 300 mètres" : c'est dans la modeste bibliothèque Fesch d'Ajaccio que ces trésors oubliés ont été découverts par hasard ces derniers mois.

Par France 3 Corse ViaStella avec AFP

C'est "entre le bottin de Corse et un Marc Levy", au milieu de "vieux dentiers et de blattes", que Vannina Schirinsky-Schikhmatoff, conservatrice missionnée par la mairie d'Ajaccio pour remettre de l'ordre dans la réserve de la bibliothèque, a découvert le "Thesaurum Hyeroglyphicorum" qui date de 1610.

"Il s'agit du premier livre d'égyptologie. Le Musée de l'Homme en a un exemplaire complet et la BNF (Bibliothèque nationale de France) en a un incomplet, au total il y en a sept recensés dans le monde dont trois complets", précise-t-elle, regrettant qu'il manque deux pages dans l'exemplaire retrouvé à Ajaccio.

Au fil des pages recouvertes de gravures, on découvre la finesse et l'extraordinaire précision des hiéroglyphes de l'ouvrage issu de la prestigieuse collection de Jean-Baptiste Colbert, l'un des principaux ministres de Louis XIV.

L'une des pages du Thesaurum Hyeroglyphicorum (1610) découvert dans la réserve de la bibliothèque d'Ajaccio. / © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
L'une des pages du Thesaurum Hyeroglyphicorum (1610) découvert dans la réserve de la bibliothèque d'Ajaccio. / © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Pour l'égyptologue italien, Francesco Tiradritti, directeur de la mission d'archéologie italienne à Louxor, c'est "une découverte importante".

"Nous sommes en train de monter un projet international autour de ce livre", confie l'expert, attendu à Ajaccio en septembre. Selon Mme Schirinsky-Schikhmatoff, celui-ci travaille à "une publication scientifique et à une exposition d'envergure".

Des lettres inédites de Napoléon​

Vannina Schirinsky-Schikhmatoff évoque également les éditions originales et complètes de la campagne d'Egypte de Napoléon, "une quinzaine de volumes retrouvés aux quatre coins de la bibliothèque", ou "La tour de 300 mètres", "un double volume de Gustave Eiffel, signé de sa main" qui réunit les plans de la dame de fer de Paris.

"Je fais du sauvetage patrimonial, c'est comme une chasse aux trésors", résume-t-elle, insatiable, en présentant sa dernière trouvaille : des lettres écrites par plusieurs membres de la famille impériale dont neuf signées de Napoléon, qui ont échappé de peu à la poubelle.

Des lettres écrites par plusieurs membres de la famille impériale ont été retrouvées dans la réserve de la bibliothèque d'Ajaccio. / © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
Des lettres écrites par plusieurs membres de la famille impériale ont été retrouvées dans la réserve de la bibliothèque d'Ajaccio. / © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

"Des lettres non répertoriées dans la correspondance de Napoléon que nous sommes les seuls à détenir" et qui datent de la campagne d'Allemagne de l'empereur en 1813, dit-elle, fulminant qu'une inédite soit manquante, "probablement volée".

La responsable des bibliothèques d'Ajaccio, Elisabeth Perié, regrette d'ailleurs "qu'il manque beaucoup de livres, des prêts qui n'ont pas été rendus" mais souligne que la sécurité de la bibliothèque a désormais été renforcée.

C'est dans la modeste bibliothèque Fesch d'Ajaccio que des trésors oubliés ont été découverts par hasard ces derniers mois. / © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
C'est dans la modeste bibliothèque Fesch d'Ajaccio que des trésors oubliés ont été découverts par hasard ces derniers mois. / © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Elle conduit aujourd'hui des travaux pour offrir à cette "mine d'or" des conditions d'humidité et de température adéquates, en la protégeant notamment d'un tuyau d'eaux usées qui traverse la réserve de la bibliothèque.

Complices, Vannina Shirinsky-Schikhmatoff et Elisabeth Perié ne doutent pas que d'autres trésors dorment encore dans la salle patrimoniale de la bibliothèque dont l'inventaire reste à faire. "Il faudra plusieurs vies, je n'ai exploré que 5 % de la bibliothèque", note, amusée, la conservatrice qui rêve d'exposer ses trouvailles au public.

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