Corse : la sécheresse impacte également les oliviers

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Écrit par A.Stromboni

La sécheresse que connaît l’île n’épargne pas non plus l'olivier, un arbre implanté depuis des siècles dans des régions chaudes et arides. L'absence de pluie et les fortes chaleurs auront certainement des répercussions sur les futures récoltes des oléiculteurs insulaires.

Après la xylella fastidiosa, l’olivier corse doit affronter le manque d’eau. Une situation qui devrait avoir un impact sur les premières récoltes des exploitants insulaires. "S’il ne pleut pas d’ici fin août, on va vers la catastrophe, même pour les vergers qui tenaient le coup jusqu’ici", alerte Sandrine Marfisi.

Présidente du Syndicat Interprofessionnel des Oléiculteurs de Corse - qui regroupe 440 producteurs- et du Syndicat AOP Oliu di Corsica, l’exploitante installée à Patrimonio fait le point sur la situation et sur les solutions à envisager pour les professionnels du secteur.

France 3 Corse : L’oliveraie insulaire doit également faire face à la sécheresse. Une situation que l’on imagine de plus en plus préoccupante pour les exploitants que vous représentez…

Sandrine Marfisi : Cela nous inquiète sur le moment présent. Néanmoins, c’est l’année entière, marquée par une très faible pluviométrie, qui est à l’origine des soucis que l’on connaît aujourd’hui. L’olivier est une plante méditerranéenne. Elle est donc habituée à souffrir de la chaleur ou du moins à passer l’été au sec et sans eau. En revanche, il lui faut quand même un minimum de pluie hivernale, voire printanière. Et c’est cela qui a fait défaut cette année. L’an passé, nous étions déjà en calamité agricole pour sensiblement les mêmes raisons. Cette année, les fortes chaleurs qui ont commencé au mois de mai ont accentué le phénomène.

Sur l’arbre et ses fruits, quels sont les impacts de la sécheresse ? 

Cette année, on a eu une très belle floraison, très prometteuse. Pour l’olivier, c’est sa période la plus sensible. Malheureusement, pour les variétés un peu tardives et celles qu’on a surtout en Corse, il a fait très chaud en mai, en pleine ouverture des fleurs. Dans un premier temps, certains oliviers ont perdu leurs fleurs qui ont été brûlées.

Pour ceux qui sont passés au travers, avec une floraison un peu en amont, ils n’ont pas perdu les fleurs à ce moment-là car ils avaient déjà de toutes petites olives. Néanmoins, un autre phénomène est apparu fin juin et durant la première quinzaine de juillet : les olives ont commencé à sortir mais il y a eu une très forte chute physiologique. Quand l’olivier est en souffrance, et il l’était déjà à cette période-là, il décharge et perd ses fruits. C’est ce qui s’est passé. On a eu environ 30% de chute physiologique sur des olives déjà existantes. Les microrégions ont été touchées en décalé. Le Sud fin juin, puis la Plaine orientale et la Balagne lors de la deuxième quinzaine de juillet.

Tous les vergers de l’île ont été touchés ?

Grosso modo, on connaît tous le même genre de problèmes. Certains vergers, dont le mien, s’en sortent pour l’instant. Mais là, à l’approche du 15 août, la partie des coteaux non irrigués commence à flétrir. Dans mon cas particulier, je suis sur du calcaire. Il y a deux poches en Corse : Bonifacio et Patrimonio. Les dalles de calcaire fonctionnent comme des éponges et permettent à l’olivier d’avoir un peu d’humidité, même à cette période-là. Mais en ce moment, on perd aussi progressivement cet avantage-là. S’il ne pleut pas d’ici fin août, on va vers la catastrophe, même pour les vergers qui tenaient le coup jusqu’ici.

Quels seront les effets sur les récoltes à venir ?

Soit on a des fleurs qui ont brûlé, et il n’y a pas d’olives ; soit on a des olives mais qui ont chuté physiologiquement dès la mi-juillet ; soit on a des terrains et des microclimats qui font que ça dure un peu plus longtemps. Néanmoins, quoi qu’il en soit, la chute des olives va s’opérer au fur et à mesure. Le résultat se manifeste par des olives qui noircissent et l’arbre qui se décharge. Concernant la récolte, elle ne sera donc pas pleine. Et s’il reste quelque chose, ce sera un tiers de la production. Déjà l’an passé, on a eu des exploitants qui ont eu 100% de pertes, certains 60% et d’autres 40%. Cette année, ça risque d’être la majorité des gens. Le problème vient vraiment du fait que l’on n’a pas eu la recharge hivernale de pluie nécessaire.

Concernant l’irrigation, est-elle beaucoup pratiquée par les oléiculteurs insulaires ? 

En Corse, il y a deux types de vergers : 2 tiers du verger est composé d’oliviers multi-centenaires. Ils sont tellement énormes et implantés qu’il n’y a quasiment pas d’irrigation de l’homme. De plus, ce sont de arbres difficiles à irriguer car ils sont implantés depuis tellement longtemps que leurs racines sont très profondes.

Le dernier tiers du verger corse est composé de plantations qui sont en général irriguées. Cela concerne surtout les petits plants. Pour leur survie, on commence l’irrigation et on la maintient en général toute leur vie. Mais son pilotage a toujours été difficile en oléiculture. Nous ne sommes pas des agrumiculteurs. Nous sommes disséminés sur toute la Corse, de 0 à 700 mètres d’altitude. Par conséquent, majoritairement, les zones oléicoles ne sont pas approvisionnées en eau agricole. On gère donc une irrigation à l’origine déjà limitée et déficiente. L’olivier n’est pas gourmand en eau, mais s’il n’a pas été suffisamment abreuvé en avant saison et qu’il subit des températures caniculaires sans une goutte d’eau, il va survivre mais ne conservera pas ses fruits. Il lui faut donc un minimum d’eau. Aucune plante, même robuste comme l’olivier, ne peut résister sans eau.

De nouvelles technologies pourraient-elles permettre une meilleure irrigation ?

Nous ne sommes pas de gros consommateurs d’eau et nous ne sommes pas habitués à avoir du matériel technologique très développé. En revanche, depuis quelques années, on fait des formations au changement des pratiques d’irrigation. On est dans la génération transitoire. Il faut qu’on apprenne différemment et donc que l’on fasse autrement. Par exemple, il faut s’adapter au climat et déclencher l’irrigation beaucoup plus tôt car les périodes changent. Après, tout ce qui relève de la haute technologie ne concerne pas trop l’olivier. C’est un arbre que l’on arrose très peu, deux fois par semaine, avec du goutte-à-goutte très localisé.

Les restrictions d’eau imposées par le préfet ne vous posent donc pas trop de problème au quotidien ?

Non. Bien évidemment, nous les respectons mais elles ne nous gênent pas trop. Comme c’est un arbre que l’on irrigue très peu, on s’adapte plus facilement aux jours d’irrigation imposés par l'arrêté préfectoral.

Sur RCFM, le vice-président du Syndicat AOP Oliu di Corsica s’interrogeait sur l’attitude à adopter face à la sécheresse.  « Doit-on être plus ou moins interventionnistes ? Faire de l'intensif ou de l'extensif ? On n'a pas de modèle ni de solution qui s'impose », a-t-il déclaré. La filière est-elle dans une impasse ?

Nous ne sommes pas dans une impasse mais plutôt dans un moment de transition. Les pratiques que nous avions jusqu’à présent ne fonctionnent plus. Il faut les changer. Cela passe par une remise en question de nos modèles habituels. Nous sommes la génération de transition qui doit abandonner les modèles des grands-pères et qui n’a pas encore trouvé ceux pour les petits-enfants. Là, on essaie aussi de comprendre nos variétés. On a un verger expérimental à San Giuliano qui est encore jeune mais sur lequel on aimerait bien acquérir de la connaissance. Sur l’olivier, on a de plus en plus de connaissances grâce aux autres pays méditerranéens. Il faut qu’on les intègre toutes pour aller vers des solutions. Mais aujourd’hui, on ne les a pas. Néanmoins, la nature étant résiliente et l’olivier encore plus, il y a  une solution au bout du tunnel. Elle n’est peut-être pas pour notre génération mais pour celle à venir.

Quelles seraient les différentes solutions ?

Il y a la connaissance des variétés, l’adaptation des pratiques en changeant de périodes et en raccourcissant les moments. Ce n’est pas juste l’irrigation qu’il faut changer. Il faut aussi tailler et fertiliser différemment. Avec les pathogènes nouveaux et l’épée de Damoclès de la Xylella fastidiosa, les oliviers sont fatigués. Ils sont comme les humains, leurs défenses baissent et ils attrapent plus facilement des bactéries. Après, ce n’est pas la peine de "s’acharner" sur l’olivier. On sait qu’il y a une résilience de la plante. Il faut donc s’adapter au fur et à mesure et ne pas faire du super intensif, notamment sur les jeunes arbres si on veut leur donner une chance de survivre et de faire leurs centaines voire leurs milliers d’années comme ils savent le faire. Sur l’olivier, on ne connaît pas encore tout. Mais on sait qu’il est capable de franchir des caps, en témoigne la récolte mirobolante de 300 tonnes il y a deux ans, alors qu’il y avait déjà la sécheresse. En moyenne, on récolte 170 tonnes par an.

La Corse a toujours été considérée comme une terre idéale pour l'olivier et ses fruits. Avec tous ces aléas climatiques, pourrait-elle ne plus l’être ?

Non, elle le restera toujours. Notre force, ce sont ces arbres qui ont tout connu, peut-être même des situations pires que celle que nous traversons actuellement. Dans les pays du Maghreb, il fait 50 degrés et ils n’ont pas forcément plus d’eau que nous. Pourtant, ces pays restent des gros producteurs. On va aussi essayer de développer des liens avec d’autres îles méditerranéennes, dont Chypre, qui ont su s’adapter il y a déjà plusieurs années aux aléas climatiques. C’est à l’oléiculteur de davantage s’adapter plutôt qu’à la plante qui est là depuis des siècles.

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