Corse : les réactions à la publication du rapport sur l'agression d'Yvan Colonna

Publié le Mis à jour le
Écrit par A.A.

Le rapport de l'inspection générale de la justice a été rendu public jeudi. Depuis les réactions sur le contenu du document s'enchaînent notamment au sein des conseillers territoriaux.

La Première ministre, Élisabeth Borne, l'avait annoncé jeudi : le rapport de l'inspection générale de la justice sur l'agression d'Yvan Colonna au sein de la maison centrale d'Arles a été rendu public. Le document de 62 pages, anonymisé, pointe notamment plusieurs manquements de la part du personnel de l'établissement.

Quelques heures après la diffusion de ce rapport, au sein de l'hémicycle de l'Assemblée de Corse, Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, en a pris acte tout en lançant un appel pour "que toute la vérité soit dite".

Dans des tweets, les avocats de la famille d'Yvan Colonna, Mes Emmanuel Mercinier-Pantalacci et Stella Canava ont respectivement écrit : "Les responsabilités individuelles des surveillants ne sauraient masquer celle, fondamentale, du pouvoir politique qui a délibérément empêché Yvan Colonna de purger sa peine près de chez lui, en violation des règles pénitentiaires, par vengeance d’Etat" ; " « Yvan Colonna est considéré comme un détenu respectueux du personnel et du règlement intérieur » selon le rapport IGJ. Parcours carcéral stable, travail de qualité au poste d’auxi, et pourtant renouvellement systématique du statut de DPS chaque année."

Un rapport "dénué de toute dimension humaine"

Le parti autonomiste, PNC, regrette quant à lui un rapport "dénué de toute dimension humaine." Dans un communiqué, il estime que le document "occulte également le volet politique, alors même qu’il est dédié à l’analyse d’un drame qui a ému puis mobilisé un peuple tout entier, il développe une approche strictement administrative voire technocratique."

Selon le parti, "les conclusions de ce rapport ne sauraient satisfaire la légitime exigence de vérité." "Il nous faut à ce titre rappeler l’ingérence politique, qui fut permanente dans le dossier d’Yvan Colonna, ces 20 dernières années. Si le droit avait été respecté, Yvan Colonna aurait pu rentrer sur sa terre et n’aurait jamais été la victime de pareille sauvagerie. Le PNC demeure donc vigilant et demande à ses élus, ainsi qu’à celles et ceux que la quête de justice mobilise, d’obtenir du gouvernement l’entière vérité mais également des réponses judiciaires et politiques à la hauteur du drame", conclut-il. 

"Cela amorce le travail de vérité et de justice"

Réunis à Ajaccio pour une session de l'Assemblée de Corse, des conseillers territoriaux ont également réagi à cette publication :

Jean-Martin Mondoloni, conseiller territorial, membre du groupe de droite "Un soffiu novu"

"J'ai le sentiment d'une promesse qui a été tenue. Ce rapport est désormais public et il s'agit de le lire, à charge et à décharge. Nous avons tous manifesté, dans un élan de compassion à l'égard de la famille Colonna, une exigence de la vérité et de la justice. Je crois que ce rapport amorce ce travail de vérité et de justice, même si on peut toujours demander davantage. Je crois qu'on est à l'amorçage d'un processus qui doit répondre à cette demande qu'ont formulé les Corses, et pas seulement dans un élan compassionnel, mais parce que dans un pacte de confiance, on doit doser certains ingrédients. Et le devoir de justice et de vérité font partie des ingrédients d'un processus réussi. […] On ne peut pas accepter de ne pas savoir comment un détenu aussi surveillé qu'Yvan Colonna ait pu être assassiné dans les conditions sur lesquelles je ne reviendrai pas, par un détenu particulièrement surveillé. On doit savoir tout. On ne se contentera pas évidemment d'une bribe de vérité, mais on doit aller au bout afin de purger ce qui pourrait apparaître, à bien des égards, comme un complot d'État. Ce n'est pas la thèse que l'on défend, on considère que pour le moment il y a, y compris la présomption d'innocence, et on veut savoir ce qu'il s'est passé."


Paul-Félix Benedetti, conseiller territorial, chef de file du parti indépendantiste Core in Fronte

"Je suis consterné et effaré de voir qu'on a mis sur le chemin de la vie d'Yvan Colonna un bourreau avec un permis de tuer. On ne peut pas se contenter aujourd'hui de la petite punition d'agents de la pénitentiaire qui auraient commis des fautes. La faute fondamentale est la mise dans le circuit classique d'un redoutable individu, catalogué comme en dérive islamiste totale, arrêté par les Américains dans des prisons adaptées, récupéré par les Français, on ne sait sous quelle forme et remis dans ce circuit public d'une détention banale. Je pense qu'aujourd'hui, on doit aller au-delà et on doit retracer le parcours de cet individu. Savoir quels sont les officiers français du renseignement général, intérieur comme extérieur, qui ont fait le débriefing de cet individu et que s'est-il passé pour qu'on le fasse côtoyer Yvan Colonna. Pour nous, cela a été fait à dessein. "

"Un rapport très insuffisant au regard de la recherche de la vérité"

Dans un communiqué la Ligue des droits de l'Homme( LDH), section Corse, regrette un "rapport utile pour la recherche de la vérité est très insuffisant au regard de cet objectif. Ce ne sont pas la mise à jour de quelques réglementations ni leur rappel qui peuvent répondre aux attentes de justice exprimées en Corse unanimement au lendemain de l’assassinat d’Yvan Colonna."

L'organisation s'étonne "que la mission minimise la responsabilité de l’antiterrorisme dans la non-affectation de Franck Elong Abe en quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) en rejetant toute la responsabilité sur « l’insuffisance du management de l’ancienne cheffe d’établissement »."

"La LDH ajoute une recommandation au rapport de l’inspection générale pénitentiaire : « Que cesse la toute-puissance de l’antiterrorisme au détriment de l’application de la loi »." conclut-elle. 

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