Covid-19 en Corse : le masque désormais de rigueur dans les salles de cinéma

La mesure doit rassurer les spectateurs, et faire disparaître les mesures de distanciation sociale. Mais elle n'est pas sans risques. Après quelques jours, bilan dans les salles de cinéma insulaires, à Bastia et Ajaccio. 

L'obligation de port du masque suffira-t-il a faire revenir les spectateurs dans les salles ?
L'obligation de port du masque suffira-t-il a faire revenir les spectateurs dans les salles ? © Jean-François FREY / PHOTOPQR / MAXPPP
"C'est pas ça qui va nous empêcher de venir au ciné. On est fans, on y est tout le temps, alors on se plie aux règles".
Cette mère et ses deux filles, masque sur le visage, prennent la direction de la salle qui s'apprête à projeter L'infirmière, de Kôji Fukada. 

A l'Ellipse, le complexe cinéma ajaccien, cet après-midi, il n'y a pas foule. 
Mais les clientes et les clients présents ont, tous, apporté leur masque. 
Ils n'avaient pas vraiment le choix. 
Les nouvelles règles s'affichent au cinéma
Les nouvelles règles s'affichent au cinéma © Viastella

Une mesure censée ramener les spectateurs dans les salles...

L'information est tombée mercredi dernier. 
Jour traditionnel de la sortie des nouveaux films en France. 
Jean Castex, le Premier ministre, l'a annoncé dans la matinale de France Inter :
Désormais, les masques sont obligatoires à l'intérieur des salles de cinéma et de théâtre du pays.  La mesure est présentée comme un coup de pouce aux exploitants. 
En effet, si dans les régions classées rouge, elle vient s'ajouter à la distanciation d'un siège entre chaque spectateur, ce n'est pas le cas dans le reste de la France, et donc en Corse. 

Dans les régions moins touchées, le masque est sensé permettre aux salles de renoncer aux jauges réduites, et de vendre des tickets pour tous leurs sièges. 
Mais la décision a été accueillie avec prudence par les exploitants.

"2 places, et 80 euros de popcorn !"

Daniel Benedittini, directeur du Régent, à Bastia, était dubitatif. 

"Quand j'ai entendu ça, j'ai eu peur. J'ai tout de suite pensé au popcorn. Et quand j'ai su que les spectateurs avaient le droit d'enlever leur masque pour manger, j'ai été rassuré."

De prime abord, cela peut sembler futile. 
Mais c'est que l'on n'a jamais été exploitant de salle. 

"Les confiseries, c'est très, très important. C'est environ la moitié de nos bénéfices. Sur une place de ciné, on gagne environ 2,40 euros. Un seau de popcorn, c'est presque la même chose. S'ils n'avaient pas de confiserie, beaucoup de cinémas en France auraient déjà fermé", rappelle Daniel Benedittini. 
Le popcorn, le nerf économique de la guerre pour les cinémas
Le popcorn, le nerf économique de la guerre pour les cinémas © Pixabay
A Ajaccio, pendant ce temps, une dame achète son billet, l'air sensiblement contrarié. 
"Si j'avais su plus tôt qu'il fallait porter le masque durant le film, je ne serais pas venue. Maintenant c'est trop tard, j'ai pris ma place, j'y suis, j'y reste. Mais j'attendrai que tout cela se termine pour revenir au cinéma."
Devant les portes du Régent, une autre dame, arborant un masque sur lequel s'étale le dessin d'une bouche souriante, lève les yeux au ciel. 
"Pour ma part je suis tout à fait d'accord pour garder le masque partout. Plus on se protégera, et moins la Covid circulera." 

"Les réactions des spectateurs sont très contrastées. Beaucoup sont contents, ça les rassure. D'autres, en revanche, détestent l'idée de passer deux heures assis devant l'écran, avec le masque sur le nez. Alors certains ont trouvé un moyen de gruger. L'autre soir, un monsieur s'est présenté à la caisse et a demandé 2 places, et 80 euros de popcorn !" s'amuse Daniel Benedittini. 

...et rassurer les distributeurs de films

Les exploitants de salle ont craint un moment que la décision d'imposer le port du masque ait été prise la pire semaine possible. 
Celle de la sortie de Tenet, le premier blockbuster à faire son apparition sur les écrans depuis le confinement. 
Le film de Christopher Nolan cristallisait toutes les attentes et les espoirs des cinémas, en Corse et dans tout le pays. "C'est considéré comme la jauge, pour la profession. Même nos banquiers attendent avec impatience de connaître les premiers chiffres, pour avoir une idée de l'évolution de la situation ! " confie, dans un sourire, le directeur du Régent. 
Alors les salles de cinéma redoutaient que la mesure du gouvernement ne dissuade certains spectateurs de faire leur retour. 
Cela n'a pas été le cas. 
A Ajaccio, selon Michel Simongiovanni, le gérant du cinéma L'Ellipse, "ce n'est pas la folie, mais on fait de bien meilleurs chiffres depuis mercredi". 
Et au Régent, "même si on est toujourau dessous des chiffres habituels, on a fait plus d'entrées en une semaine que sur tout le mois d'août". 

James Bond sera-t-il au rendez-vous ?

De quoi mettre du baume au cœur de la profession. 
"Il y a de l'espoir. Sauf gros retour de la crise sanitaire, on est en train de voir le bout. D'autant que le fait de pouvoir vendre tous nos sièges, grâce au port du masque obligatoire, va aussi rassurer les distributeurs. Ils ne voulaient surtout pas sortir les films avec un gros potentiel dans des salles à moitié vides.
Maintenant, on attend le nouveau James Bond, la date de sortie qui sera décidée en dira plus long sur ce qui nous attend dans les mois à venir."
 

L'agent 007 a pour habitude de sauver le monde, on saura dans les semaines à venir s'il a les épaules pour sauver le cinéma....
  
 


 
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