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Chypre se raconte en photos, dans une exposition à découvrir au centre culturel “Una Volta” de Bastia du 26 octobre au 22 novembre !

Une exposition du travail photographique de Maddalena Rodriguez-Antoniotti intitulée "Chypre au plus près de la terre", produite par le Centre Méditerranéen de la Photographie, est à découvrir à Bastia, au centre culturel "Una Volta" du 26 octobre au 22 novembre prochain. Les détails dans l'article.

Par Christophe Leuck

République de Chypre (Chypre Sud) / © Maddalena Rodriguez-Antoniotti
République de Chypre (Chypre Sud) / © Maddalena Rodriguez-Antoniotti

Au plus près de la terre… Du 26 octobre au 22 novembre au centre culturel "Una Volta" de Bastia

"Photographier, ce n’est pas seulement fabriquer des images, c’est aussi, dans le luxe de la lenteur,  les organiser, les penser.
En étant tout entière en cause. En quittant Paris, peu après Mai 68, j’ai glissé une belle épaisseur de campagne entre la ville (toute ville) et moi. Dès lors, faire bifurquer mon travail plastique vers la question du paysage s’est avéré, voici une douzaine d’années, un enjeu d’ordre esthétique mais aussi puissamment éthique. Une véritable conversion portée par « la magie » de la photographie mais également un acte de résistance à une idéologie dominante.
À même la peau d’un pays, le paysage, plus que jamais porteur des intentions et des décisions d’une société, n’est pas une préoccupation de détail. Depuis la Corse (mon port d’attache), ma démarche a dérivé vers la Crète et, en dernier lieu, Chypre. Pourquoi cette « croisière » méditerranéenne ? Le tourisme pèse désormais plus que tout autre activité humaine et le mare nostrum en demeure le premier foyer mondial. Dans ces trois territoires à forte tradition paysanne, son essor brutal (lié à un mode de développement hégémonique) a entraîné un spectaculaire déménagement du territoire : une expansion urbaine et une spéculation foncière sans précédent avec un déclin concomitant de l’agriculture. Les paysages tenus, entretenus, dessinés de main d’homme depuis la nuit des temps sont désormais, là comme ailleurs, en péril. Avec eux, le rapport au monde et au vivant. 
L’île de Chypre (grosso modo de même superficie que la Corse et la Crète) met donc un point final à une trilogie que j’ai voulu arrimer à des « paysages de peu » comme on dit « les gens de peu ». Leur déconsidération n’est pas récente. Si l’on observe les photographies de la fin du XIXème siècle rapportées (par exemple) de Chypre, force est de constater que les voyageurs (missionnés ou pas) ne photographiaient que fort peu (pour ne pas dire jamais) les paysages ordinaires, les paysages cultivés, alors même que les Chypriotes étaient des paysans et partout leur vie était celle de paysans, comme le déclare un certain W. Hepworth Dixon en 1878. Au-delà, le point de vue de la plupart des missionnés rejoint celui de « pays forts » sur une terre lointaine et exotique, ne s’intéressant qu’au pittoresque, aux ruines et aux monuments, à la valeur stratégique et commerciale du territoire et non aux « chefs-d’œuvre » du paysan.
Aux portes de l’Orient, Chypre est le pays européen à l’histoire la plus riche, la plus contrastée, la plus difficile. Un cas d’école. Depuis 1974, il est coupé en deux par une ligne de démarcation, sa capitale même, partagée par murs et barbelés. Sans mésestimer cette déchirure, loin de là, j’ai décidé de lire l’île comme un tout, en sillonnant la République du Nord aussi bien que celle du Sud et en pénétrant même dans la zone tampon contrôlée par l’ONU. Sans que jamais l’on aperçoive la mer, j’ai tenu à témoigner (tout comme en Corse et en Crète) d’une autre île, une île de terriens, vécue comme une sorte de continent en miniature.
Chypre est une île sèche, meurtrie de soleil. Or je l’ai découverte à la fin d’un hiver exceptionnellement pluvieux et d’un printemps tout aussi arrosé. Une année historique. Dans une formidable révolution printanière, partout, les intentions profondes de la terre se manifestaient. On n’entendait que l’écume des végétaux et les veloutés de vert des blés coulaient loin parfois dessous les caroubiers. Peu importait que la pastorale de bleu et de jaune tarde à prendre le dessus. Dans la baie du paysage, un souffle de lumière courant sur l’horizon, comment ne pas se sentir plus proche de la vie, pour ne pas dire en plein dedans ? "
  
Maddalena Rodriguez-Antoniotti
 
République Turque de Chypre Nord / © Maddalena Rodriguez-Antoniotti
République Turque de Chypre Nord / © Maddalena Rodriguez-Antoniotti
Note technique

Pour aller à l’encontre des images « de rêve » du marketing touristique,  l'artiste a délibérément utilisé, tout comme en Corse et en Crète, premiers volets de sa trilogie, un modeste Voigtländer (modèle Brillant) de type reflex 6 x 6, datant de 1938.

Les photographies ont été réalisées sans autre objectif qu’un 75 mm (le plus proche de la perception oculaire, soit l’équivalent d’un 50 mm en 24 x 36).
Donc sans filtres, sans grand angle, sans téléobjectif et tout le bazar. Avec vignetage à la clé. Aucune volonté d’impressionner. Aucune manipulation ultérieure en laboratoire. Un arte povera, en somme, de la photographie.

Près de 3 000 km ont été parcourus en voiture (avec conduite à gauche) par tous les temps, sans compter les milliers de pas sur les chemins de terre. Comme à l’accoutumée, la photographe a pris peu de photos (25 films de 12 poses chacun), sans jamais doubler un cliché.

Le pari était de ne pas déroger à ses partis pris : des prises de vue « à l’ancienne », frontales, minutieusement composées, fuyant les premiers plans. Mais en érigeant le ciel comme acteur même du paysage, elle a assumé le risque d’évincer les cadrages aux horizons bouchés.
Comment ne pas ajouter que, même si cet appareil ne m’obéissait pas au doigt et à l’œil, sa personnalité, sa manière de diffracter la lumière, disons son air optique « brumeux brumeuse », permettant de "nimber" les images d’une atmosphère quasi picturale ?
Le peintre venant ainsi prêter main forte à la "primitive de la photo" que Maddalena Rodriguez-Antoniotti se plaît à être à être…
 
Zone tampon / © Maddalena Rodriguez-Antoniotti
Zone tampon / © Maddalena Rodriguez-Antoniotti