Jean Lassalle à Bastia, en campagne sans en avoir l'air

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L'élu Béarnais, qui se présente pour la deuxième fois à l'élection présidentielle, est en Corse jusqu'à vendredi pour mener campagne. Et glaner le soutien des maires, dans une région qui, en 2017, lui a offert un de ses plus beaux scores. Une campagne qui, sans surprise, ne ressemble à aucune autre.

"Approchez-vous, on va transformer la librairie en agora, vous allez voir ! Venez, venez !" Jean Lassalle pose le stylo avec lequel il a signé ses premiers livres, et déplie son immense silhouette. Un journaliste a interrompu la séance pour lui poser quelques questions, et le candidat à la présidentielle invite la trentaine de personnes qui patientent dans la file d'attente à se rassembler autour de la table des dédicaces. 

"Mon projet est simple : retaper la France. Toute la France, ce qui implique de retrouver nos provinces. Mais également de retrouver notre langue, de renouer avec le savoir et les traditions, dont nous avons tant besoin. Et puis redonner le goût du civisme ! "Au fil des questions, la voix enfle, et l'interview se transforme en meeting. Personne, parmi les futurs lecteurs, ne semble s'irriter de ce petit contretemps. Au contraire, on brandit les téléphones portables, histoire d'immortaliser le moment. Envolées lyriques, apartés malicieux, punchlines, le Lassale Show se met en route, et le public ronronne de plaisir.  

Un public de pop-star

Les clients qui déambulent entre les rayons ont du mal à dissimuler leur étonnement. Mais ce qui les laisse interdits, ce n'est pas l'attroupement inattendu, au beau milieu de la librairie. C'est l'âge moyen de l'assistance. Parmi les dizaines de fans qui se bousculent pour écouter un député sexagénaire pyrénéen à l'accent rocailleux, la plupart étaient à peine nés lorsque Sarkozy faisait son entrée à l'Elysée.  

Sur le trottoir, devant la librairie, un groupe de garçons examine, encore fébriles, les photos qu'ils viennent de prendre avec la star du jour. Enzo à 13 ans. Il est passionné de politique, et nous confie avec une fierté compréhensible qu'il a été élu délégué de sa classe avec 18 voix sur 23. Il n'aurait loupé la venue de Jean Lassalle pour rien au monde. Autour de lui, ses amis, cartable sur le dos, acquiescent. "Il a du charisme, c'est le seul politique que j'aime bien écouter quand il parle", affirme Victor, en réajustant ses lunettes. Remi, lui, est là parce qu'il aimerait être agriculteur, comme son grand-père, "qui a des vaches dans le Cap-Corse". Et, selon lui, observateur avisé de la chose politique du haut de ses 13 ans, c'est le seul candidat qui parle aux agriculteurs. 

Il faut incarner, et faire vivre, la politique.

Jean Lassalle

A l'intérieur, Jean-Pierre, lui tend l'affiche de son groupe de rock bastiais, Atlas, pour la faire dédicacer. Il lance à l'élu "pour notre groupe, vous êtes un peu comme Hendrix !" On pourrait soupçonner de l'ironie dans ses propos, mais pas du tout. On sent le jeune bassiste aux cheveux longs vraiment touché par la rencontre. Jean Lassalle lui demande son âge. "17 ans, répond le lycéen, l'air navré. Je vote pas encore". C'est pas grave, lance l'ancien maire de Lourdios Ichère, tu voteras plus tard !" 

Signatures dans l'île

En pleine campagne, la séance de dédicaces est un poil surréaliste. Jean Lassalle signe des affiches, des cahiers de texte, des livres d'autres personnes, et même une claquette verte. Si, si. Et parfois, malgré tout, son dernier ouvrage, Aurore ou crépuscule, résistons !. Mais régulièrement, il en offre un exemplaire à celles et ceux qui ne l'achètent pas. Apparemment, le Béarnais n'est pas là ni pour vendre des livres, ni pour aller à la pêche aux voix. 
"Dans l'état de colère, de désœuvrement mais aussi de rejet que nous ressentons dans notre société, quand on dira aux plus jeunes "inscris-toi, prépare-toi à aller voter", personne n'ira. Alors il faut commencer à leur parler, à se comporter avec eux, comme on aimerait qu'on le fasse avec nous-même. Et c'est ce que je m'efforce de faire". 

En revanche, Jean Lassalle aimerait bien repartir de l'île avec quelques signatures de maires en plus. Il ne le nie pas, pas plus que son équipe. On nous promet que le candidat a déjà plus de 350 voix, et que les choses se présentent bien. Mais il en manque encore. La Corse, en 2017, à voté à plus de 5 % pour Jean Lassalle au premier tour. Bien loin de ses 1 % au niveau national. Une terre amie qui pourrait aider à se rapprocher des 500 nécessaires. Sa directrice de campagne assure que le chiffre de 11 soutiens il y a cinq ans devraient être dépassé. 

Si les parisiens ne m'assassinaient pas, c'est moi qui gagnerait.

Jean Lassalle

Une bonne nouvelle pour Robin Cros et ses amis. Ils ont traversé le Cap Corse pour renouveler leur soutien au candidat. En 2017, ils avaient mené campagne, jusqu'à porter le Béarnais à la quatrième place, au premier tour, sur l'ensemble de la commune. Et cette année, ils comptent bien recommencer.

"C'est un élu qui soutient la ruralité, et ça change, dans le paysage politique actuel en France. Il a un discours, en Corse, qui peut parler à tout le monde. Pour nous, c'est plus qu'un vote, c'est une conviction". Robin est épicier, mais il est également adjoint à la mairie de Pino, et il a bon espoir que, cette année, le maire donne sa signature à son candidat. "On va tout faire, et je pense que c'est en bonne voie. Il y a d'autres personnes au sein du Conseil municipal qui ont les mêmes convictions que nous, qui y croient aussi". 

Lassalle Show

Jean Lassalle fait asseoir les clients à côté de lui, discute, prend des photos, se transforme en conseiller conjugal, ou conseil d'orientation, selon les générations, enfile un tee-shirt en soutien au Sporting Club de Bastia, interpelle les clients qui passent au loin. La séance de dédicaces s'éternise, et certains patientent depuis près de deux heures. 

La libraire prend sous son aile deux dames d'un certain âge, et leur fait franchir la barrière des adolescents qui filment et prennent des photos. L'une d'entre elles raconte : "c'est mon fils qui m'a dit que vous étiez là, je suis descendue en courant !" Jean Lassalle leur demande leur prénom. Santa, et Carmen. "Carmen ! Quelle merveille !" Sans surprise, il entonne de sa voix de stentor un air de l'opéra de Bizet. Avant de se lever et de les prendre dans ses bras. "Pour être président de la République, il faut de la culture ! Il connaît pas, ça, Macron !"

Après plus de trois heures de séance de dédicaces, la librairie ferme ses portes. Jean Lassalle s'attarde sur le trottoir, avec un de ses électeurs, qui déplore que les médias nationaux ne le cantonnent à un rôle d'amuseur, sans prendre le temps de l'écouter. Le candidat lui prend la main. "Socrate disait : celui qui peut faire rire peut aussi faire pleurer. Et la réciproque est rarement vraie. Il disait déjà ça à l'époque. Peu importe tout ça, le meilleur service à se rendre, c'est d'être soi-même, quoi qu'il arrive"

Ce soir, à l'université de Corte, Jean Lassalle tiendra une réunion publique. Et il l'assure, malgré l'enjeu des prochains mois, il fera tout pour être fidèle à sa devise.