Bastia : les pinceaux du cœur pour enchanter les murs de l'hôpital de jour de Toga

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Écrit par Sébastien Bonifay

25 artistes se sont donné rendez-vous, à l'initiative du Rotary club, dans les couloirs du service pédopsychiatrique. Pots de peinture en main, ils sont transformé les murs austères de l'endroit en œuvres d'art. Une initiative qui ravira les enfants, mais qui a aussi un objectif thérapeutique.

"Tout à l'heure, un gamin attendait qu'on vienne le cherche devant l'hôpital, et il regardait le mur qui longe l'entrée, les yeux écarquillés. Il ne l'avait jamais vu comme ça. Alors je lui ai demandé de me rejoindre pour participer, et il l'a fait spontanément. Il n'a pas fait grand-chose, mais il a pris part à l'œuvre !" raconte Antoine Asaro, ravi. A chaque fois que l'enfant passera devant le grand arbre coloré qui trône désormais sur la façade, avant d'aller voir le docteur, il se rappellera de ce moment. 

Comme beaucoup d'autres artistes bénévoles qui ont investi l'hôpital de jour de Toga pour la journée, le plasticien s'est emparé du thème de l'arbre. D'abord parce que l'établissement devrait s'appeler bientôt U Castagnu. Mais aussi parce que, selon Antoine Asaro, "c'est un symbole important, il est bien enraciné dans la terre, c'est la vie. Mais les racines tendent vers le ciel, vers les étoiles..."

Un message d'espoir pour les enfants de 4 à 14 ans, présentant des troubles du comportement ou des troubles du développement, et pour leurs familles. "Maintenant, dans ces couloirs assez sinistres, ils auront des couleurs, des images...", sourit l'artiste. 

Embellir le quotidien

Comme Antoine Asaro, ils sont vingt-cinq artistes à illuminer les locaux du service pédopsychiatrique de Toga. A l'origine de l'initiative, la peintre Monique Yenco Fusella. "Elle est venue nous voir un jour, en nous disant qu'il fallait vraiment qu'on s'occupe de l'hôpital de jour, qui avait besoin d'un coup de neuf", raconte Verhess Godefrius, du Rotary Club de Bastia Mariana. "Et nous avons tout de suite été emballés par le projet". D'autant que le Rotary sait faire. Il avait déjà décoré les murs du service pédiatrie de l'hôpital de Bastia, il y a quelques années. 

Il n'a pas été difficile de réunir, une nouvelle fois, des artistes désireux de participer à l'aventure. De manière bénévole. Le fait que Verhess Godefrius soit lui-même sculpteur, sous le nom de Frets, a bien sûr aidé. Mais ce n'est pas tout. "On m'avait dit que je n'arriverais jamais à rassembler vingt-cinq artistes, avec leur ego, et pourtant, ils sont tous là ! Ils ont tous été emballés par l'idée d'apporter un peu de joie de vivre, d'ondes positives à l'endroit". 

Tous bénévoles

L'ambiance est bonne, dans les couloirs, ce samedi matin. Chacun donne libre et cours à son imagination, et les styles, les couleurs, les motifs se mélangent dans une joyeuse complicité. Verhess Godefrius slalome entre les échelles, les pots de peinture et les tabourets, pour s'assurer que tout va bien. Et il n'hésite pas à donner quelques conseils, d'artiste à artiste... "Pas de noir, pas de noir, on veut de la joie !"

Quelques mètres plus loin, dans les escaliers, Marielou Albertini, l'autre organisatrice du Rotary, et artiste-peintre elle aussi, s'assure que les différents animaux qui accompagneront la montée des marches seront tous d'une couleur différente. L'opération, d'un montant de 3.000 euros, est financée par le Rotary, avec le soutien de quelques sponsors. 

De tels travaux d'embellissement, en faisant appel à des artistes, se monnaient habituellement près de 150 euros le mètre carré. Quand on parcourt le chantier, on imagine sans peine à quelle hauteur astronomique aurait pu s'élever la facture...

Un bienfait thérapeutique

 Marie-Jo Contrucci, cadre de santé de l'hôpital de jour de psychiatrie infanto-juvénile, ne cache pas sa satisfaction : "On voulait améliorer les lieux, pour donner plus de joie, de gaîté aux enfants". Même s'ils vivent parfois des moments difficiles, une telle initiative est riche de promesses, pour la professionnelle de santé. "Ca reste des enfants, vous savez, et ils seront sensibles à la couleur, à un personnage, un animal qui va attirer leur attention. Cela crée un émerveillement chez eux, qui est très important"
 

"Il y a aussi un objectif thérapeutique. C'est une thérapie par l'image. Et puis, pour tout dire, c'est aussi une bonne chose pour les équipes. Elles vont travailler dans un lieu un peu plus magique...", conclut Marie-Jo Contrucci.