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Aide aux migrants : un enseignant corse relaxé, le parquet fait appel

Plusieurs personnes s'étaient rassemblées devant le tribunal correctionnel de Nice lors du procès de Piere-Alain Mannoni, poursuivi pour aide au séjour et aide à la circulation d'étrangers en situation irrégulière. Elles dénoncent un "délit de solidarité". / © Yann COATSALIOU / AFP
Plusieurs personnes s'étaient rassemblées devant le tribunal correctionnel de Nice lors du procès de Piere-Alain Mannoni, poursuivi pour aide au séjour et aide à la circulation d'étrangers en situation irrégulière. Elles dénoncent un "délit de solidarité". / © Yann COATSALIOU / AFP

Pierre-Alain Mannoni, enseignant-chercheur était poursuivi pour avoir transporté des migrantes Erythréennes dans la vallée de la Roya, à la frontière avec l’Italie. Dans un texte  où il expliquait son geste, il déclarait avoir appris dans sa famille en Corse la notion de dignité humaine.

Par France 3 Corse ViaStella


Appel

"Aujourd'hui en France, on a le droit de sauver des gens qui sont dans la détresse", s'est réjoui Pierre-Alain Mannoni vendredi, à l'issue de son procès. Poursuivi pour avoir convoyé des Érythréennes venues d'Italie, cet enseignant-chercheur du CNRS a été relaxé par le tribunal correctionnel de Nice.

Le tribunal correctionnel a jugé que le chercheur à l'université de Nice Sophia Antipolis, en convoyant trois jeunes Érythréennes, avait agi "pour préserver leur dignité", a déclaré la présidente. Les juges, tout en rappelant que cette immunité donnée à titre humanitaire ne s'appliquait qu'à l'aide au séjour, l'ont étendue aux faits d'aide à la circulation, considérant que le transport lui-même de ces personnes était "le préalable indispensable à leur séjour couvert par l'immunité". La loi prévoit, depuis 2012, l'immunité pour les passeurs qui ne sont pas rétribués et qui agissent si la vie des personnes recueillies est jugée en péril.

Mais ce samedi, le procureur de la République à Nice a interjeté appel.

Il risque 5 ans de prison

Pour aide au séjour et aide à la circulation d'étrangers en situation irrégulière, Pierre-Alain Mannoni risque cinq ans de prison et 30.000 euros d'amende.

Lors de son procès le 23 novembre, le procureur de la République avait requis à son encontre une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis.

Dans une longue note de blog diffusée sur Mediapart, Pierre-Alain Mannoni se défendait d’avoir agi en militant ou en passeur. Il expliquait ainsi son geste : le 17 octobre, de retour de la vallée de la Roya, il s’arrête dans un camp de migrants un centre de vacances SNCF occupé illégalement par des militants associatifs à Saint-Dalmas-de-Tende (France). « Je sais bien que mon retour vers Nice est une opportunité d’en sortir quelques-uns de ce lieu sans eau ni électricité et ou la température en pleine nuit ne doit pas dépasser 10 degrés. »

Il emmène avec lui trois Erythréennes, dont une mineure, qui doivent recevoir des soins à Marseille, il prévoit de les déposer à la gare. Il est interpellé à la frontière. Après 36 heures de garde à vue, il est libéré sous contrôle judiciaire. A son procès, il apprend que la mineure avait été prise en charge par les services de l'enfance et les deux autres ont été transférés aux services compétents en Italie.

"Une question de dignité"

Dans un message diffusé sur Mediapart, il déclare avoir appris en Corse cette notion de dignité : « Dans ma famille on est Corse. J’ai passé toutes mes vacances au village de Pero-Casevecchie dans la maison de mon grand-père, le médecin du canton qui faisait ses visites à cheval. Au village, presque 50 ans après sa mort, les gens en parlent encore car que ce soit en pleine nuit à l’autre bout du canton, que ce soit un bandit blessé ou un paysan qui n’ait pas de quoi payer, il soignait. Dans les récits que me racontait mon père et dans les expériences que j’ai vécu là-bas, j’ai appris et compris qu’on ne laisse pas quelqu’un en danger sur le bord de la route, d’abord parce que c’est la montagne mais aussi parce que c’est une question de dignité. Ou d’honneur comme on dit. »

Dans un autre message, il déclare que de nombreuse personnes lui ont accordé leur soutien : "J'ai recu entre autres des messages de policiers, d’évêques, de personnalités politiques, de légionnaires, d'organisations Corses, une pétition lancée par ma mère a recueilli près de 60.000 signatures en quelques jours et une lettre ouverte des universitaires de PACA a été signée par 700 chercheurs et enseignants-chercheurs. Ca fait très chaud au cœur et ça rassure."

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