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Back to Corsica : une série engagée qui décoiffe et bouscule les clichés insulaires !

back to Corsica, la série qui décoiffe / © France Télévisions
back to Corsica, la série qui décoiffe / © France Télévisions

Témoignage face caméra, répliques cinglantes, la série "Back to Corsica" est audacieuse et salutaire. Homosexualité, différence, retour au pays, queer, machos poilus, ça décoiffe. Disponible en intégralité sur France.tv. Nous avons rencontré sa réalisatrice.  

Par Juliette Lambot

Quand le frère d'Andréa lui donne un conseil "tu n'as qu'à lui dire simplement que tu as un copain" la réponse de la jeune fille ne tarde pas "je suis pas obligée de lui dire que je bouffe des chattes le dimanche, c'est ça que tu veux dire ?" Les premières séquences donnent le ton. Répliques cinglantes, témoignages face caméra version " faux documentaire ,  la série Back to Corsica bouscule les clichés sans complexe et faux-semblants. Audace, Humour et Différence sont les maîtres-mots de ce scénario explosif.

Le pitch

 Andréa, une jeune Corse homosexuelle qui vit à Paris, est de retour chez elle pour l’été, un petit village corse perdu dans la montagne, où vivre une vie sentimentale quand on est lesbienne relève du défi. Elle retrouve sa bande d’amis, comme elle l’a laissée. L’été d’Andréa ne s’annonce  pas vraiment différent de tous les autres, quand elle tombe par hasard sur Alice, une ancienne conquête parisienne qui lui fait l ‘effet vertigineux d’une Kim Novak estivale, la propulsant dans le vide d’un fantasme amoureux. 
Andréa, l'héroïne de la série jouée par Océane Court-Mallaroni / © France Télévisions
Andréa, l'héroïne de la série jouée par Océane Court-Mallaroni / © France Télévisions
Déjà diffusée cet automne sur France 3 Corse ViaStella, l'intégrale de la série est sur france.tv Slash à partir de ce dimanche 21 juillet 18h. Puis 2 épisodes seront disponibles chaque semaine sur la chaîne Youtube de Slash .
 
Première écriture de série et première réalisation pour Félicia Viti à l'origine de Back to Corsica ,  Philippe Raffali en est le co-réalisateur. 
Nous avons posé 5 questions à cette trentenaire, vivant entre Capitale et île,  engagée pour la diversité et la visibilité.  Une corse résolue à casser l'image de son île natale avec amour. Elle vient de finir le montage de la série pour le Web. 

Pourquoi cette série ?

J’avais envie de raconter une histoire proche de ma vie, de mon expérience avec la Corse. J’avais envie de parler de mon île et de mettre en scène une bande de jeunes un peu paumés. Je voulais montrer une Corse différente. J’ai essayé de transmettre une image jeunes. C’est une bande d’amis, ils sont tous, à leur manière, drôles et différents.  J’avais aussi envie d’en faire une comédie. Je suis fan de comédie.

J’aime beaucoup l’humour américain, l'humour anglais. J'y ai ajouté l'humour Corse  C’est un peu grinçant, il y a beaucoup d’auto-dérision. C'est un humour que l'on retrouve surtout dans ma région, la Corse du Sud.

C’était un challenge de réussir avec cet humour différent, ces personnalités un peu espiègles les unes avec les autres . Et ça fonctionne. 


Quel visage de la corse souhaitez vous montrer ?

J’avais l’impression que ce qui était véhiculé sur la Corse, c’était toujours des histoires de bandits, des histoires de mafieux, des histoires liées à tout ce qui est nationaliste. C’est un univers très viril, et très masculin. Toujours avec des armes et des bagarres.

J’avais aussi envie de montrer qu'il y avait en Corse d'autres profils. Des gens ordinaires, comme vous et moi, avec des histoires d’amour, avec des ennuis mortels parfois, comme il peut y avoir en province ou sur une île isolée.

J'ai essayé de mettre en valeur des jeunes différents et la fraîcheur qui existe aussi chez nous. Je voulais sortir  des clichés de la Corse un peu sombre avec une série colorée.  Tous les personnages sont inspirés de personnages réels.  Ils sont dans la vie.  Ils prennent du plaisir  à vivre quand l'été arrive. On est toujours un peu en vacances quand on est en Corse. Il y a une sorte de latence... on sait jamais où on va, et ce qu’on va faire... c’est un peu ça que je voulais montrer. Les jeunes de ma série manquent un peu d’objectifs. Ils se laissent porter par les événements. 
 

Votre héroïne est homosexuelle, est-ce qu’il y a aussi des clichés corses à combattre sur l’homosexualité ?

Avec cette série, je mets la première pierre à l'édifice. C'est une représentation de l'homosexualité loin des clichés. C'est un peu à contre-courant de ce qu’on a l’habitude de voir. Elle est différente des personnages de lesbiennes qui sont souvent un peu plus dramatiques. Là, c’est pas la lesbienne qui est séductrice, c’est l'hétéro qui séduit. Mon héroïne est un peu looseuse sur les bords. J’avais envie de montrer ça.  J’avais envie aussi de traiter l’homosexualité en Corse à égalité avec les autres histoires de mes personnages. Évidemment, c’est le personnage principal mais son histoire n’est pas plus importante que celle des autres. Ils ont tous les mêmes difficultés.

Je voulais aussi quand même critiquer cette espèce d’homophobie ordinaire sans viser personne, juste pour la souligner . Par exemple dans un épisode, son frère lui demande d’être plus discrète, ça c’est de l’homophobie ordinaire.

C’est pas méchant mais j’avais envie de montrer l’absurdité de la situation quand Andréa a besoin de se cacher pour vivre ses histoires. Elle est toujours en train de vivre sa vie à l’abri des regards. Et ce mec qui lui propose de faire un plan à trois... Ce sont des choses qui arrivent vraiment quand on est lesbienne et c’est vraiment très lourd. j’avais envie de montrer ça mais sans être non plus très dramatique, j’essaie d’être dans la justesse.
 


Y-a-t-il plus d'homophobie ordinaire en Corse qu’ailleurs?

Je ne connais que deux endroits Paris et la Corse. J’imagine que Paris est un endroit assez particulier encore plus ouvert qu’ailleurs. Je ne sais pas si il y a plus d'homophobie ordinaire dans des petits villages en France qu’en Corse. Je n'en n'ai aucune idée. On ne peut pas comparer avec Paris, c’est la Capitale. Les gens s’y rendent parce que c'est un espace de liberté qui leur ai donné et qui ne leur serait pas forcément donné ailleurs. Donc, ça change la donne. Je ne pense pas qu’il y ait plus d'homophobie ordinaire en Corse,  mais je pense qu’il y a plus de machisme ordinaire.

 C’est peut-être plus difficile pour ma génération que pour celle qui suit et qui ose plus.  Je n'ai pas eu de remarques particulières mais le plus dur, c’est de s’afficher.  C’est le fait d’être vu dans un endroit où tout le monde se connaît. Il faut s’assumer vraiment aux yeux des autres et là, c’est plus dur qu’à Paris. A  Paris, on s’assume sans avoir besoin d'affronter le regard de gens qui nous connaissent. 

 C'est aussi une série sur le retour au pays ? 

Revenir alors que les autres n’ont pas bougé, ça aussi c’est difficile. J’essaie de traiter cela dans la série. Mon héroïne est toujours un peu en décalage avec ses potes. Ils ne se comprennent pas toujours.

Quand on quitte la Corse ou un endroit comme la Corse, c’est comme si on laissait une empreinte à cet endroit. Un empreinte indélébile dans laquelle on pourra se glisser à nouveau à notre retour.

Quand on revient, on a grossi, on a grandi, on est fait d’autre chose mais on a toujours la même empreinte pour se poser. Pour eux vous êtes toujours la même personne. C’est beau mais c’est quand même handicapant. On pourrait faire les pires erreurs, on nous laisserait la même place. On pourrait faire les plus grandes choses on nous laisserait encore la même place. Et on ne nous aimera pas plus. La place est toujours la même.
Mais en même temps c’est plein d’amour. C’est rassurant et immuable. C’est ce qui est beau en Corse. On est tous à la même échelle, il n' y a pas de courbettes,  c’est un rapport très simple et très humain.

Bonne nouvelle, la saison 2 est en cours d'écriture. Félicie rêve d'une comédie plus dramatique et avec, pourquoi pas, une bonne dose de critique sociale...


 

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