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Corse : des familles dans la précarité témoignent de leur quotidien 

© Thierry Guespin / FTVIASTELLA
© Thierry Guespin / FTVIASTELLA

En Corse, le salaire médian est d'environ 1 400 euros net par mois, ce qui ne permet pas de toucher des aides sociales. Pourtant, il est souvent difficile de joindre les deux bouts avec la cherté de la vie. Certaines familles ont accepté de livrer leur quotidien. 

Par France 3 Corse ViaStella

Catherine, une cinquantaine d'années, s'occupe de personnes âgées sur la rive sud d'Ajaccio. Son compagnon et elle gagnent un peu plus que le SMIC chacun. 

Avec un loyer de 900 euros et deux enfants à charge, la famille boucle difficilement les fins de mois. « On ne peut même pas aider nos enfants quand ils ont besoin de faire des études. Là, elle a été sur le continent, un loyer à 500 euros… Ils sont aussi laissés sur le carreau », livre-t-elle. 

Conséquences : la fille de Catherine a dû interrompre ses études à Nice, et elle n'est pas prête de les reprendre. « Je prends un peu la vie comme elle vient. J’aimerais finir mes études, mais financièrement ça bloque. Je me dis qu’un an ça va coûter 12 000 euros, si je dois rester encore trois ans… Je dois faire un crédit de 50 000 euros et je ne m’en sors pas après », témoigne la jeune fille. 

« Avant il y avait les riches, la classe moyenne et les pauvres. Maintenant, il y a les riches, les pauvres et les très pauvres. La classe moyenne, dont on faisait partie, n’y est plus. La classe moyenne pour moi, c’est ceux qui arrivaient à mettre de l’argent de côté, à faire des choses », complète sa mère.
 

La paupérisation s’accélère


La paupérisation des classes moyennes, un phénomène qui s'accélère selon les organisations œuvrant pour les plus pauvres en Corse.

« Il y a de nombreux facteurs aggravants. Ce sont des facteurs d’augmentation des charges, d’augmentation du coût de la vie, l’augmentation de prélèvements pas seulement sur les travailleurs pauvres, sur les retraités aussi », indique Hyacinthe Choury, président du Secours populaire de la Corse-du-Sud. « En dessous de 1 000 euros, vous êtes pauvre et vous avez le droit à certains droits. Au-dessus de 1 000 euros, pour un euro, près, vous n’avez plus le droit aux allocations. C’est stupide. Et aucune étude n’a été menée pour savoir si l’on pouvait réellement vivre décemment avec 1 000 euros par mois », estime le docteur François Pernin, président de la CLE. 
 
Corse : des familles dans la précarité témoignent de leur quotidien 
Intervenants - Hyacinthe Choury, Président du Secours Populaire de la Corse-du-Sud ; Dr François Pernin, Président de la CLE ; Josée Giacometti ; Eric Giorgi ; Sylviane Herbaux Volpelière, Présidente de la Croix rouge de Corse-du-Sud. Equipe - Caroline Ferrer ; Thierry Guespin ; Stéphane Agostini ; André Girardin.

 

Cohabiter pour joindre les deux bouts


Même génération et même profession que Catherine, Josée, célibataire, partage son deux pièces avec son fils. Tous deux sont au Smic.

Cette cohabitation est, pour eux, la seule façon de joindre les deux bouts. « Une fois qu’on a fini de payer les factures, tout ce qu’on à payer, les courses il n’en reste pas des masses. Ou on n’en a pas du tout, ou il nous reste 100 euros. Mais avec 100 euros vous ne pouvez pas manger dans tous le mois. On se débrouille, on fait comme on peut », témoigne-t-elle. 

« J’avais réussi à mettre des sous de côté, il m’est arrivé des bricoles avec la voiture, il faut changer les pièces, ça fait tout tomber. Et on repart à zéro. Et on recommence, on retravaille », explique Éric son fils. 

Car il considère que l'État providence a fait place à une jungle hostile, Éric soutient la cause des gilets jaunes, sa mère a même rejoint le mouvement. 
 

Femmes seules 


Avec un ascenseur social en panne, la situation devient parfois étouffante, surtout pour les femmes seules. « Ces femmes qui se retrouvent seules à élever des enfants, qui reçoivent de temps en temps, et souvent pas du tout, la pension alimentaire, qui arrivent à se débrouiller comme elles le peuvent… et puis la machine à laver tombe en panne. Là, on fait un petit crédit, on arrive, et puis crédit après crédit, on n’arrive non pas à une situation de surendettement, mais à une situation où on ne peut plus rien faire », déplore Sylviane Herbaux-Volpelière, présidente de la Croix rouge de Corse-du-Sud. 

Beaucoup de travailleurs pauvres se résignent à faire appel au Secours populaire. Ce jour-là, une bénévole livre Noella, malade depuis trois ans. 

Elle ne perçoit plus qu'un demi-traitement soit 700 euros. Elle exerçait la même profession que Catherine et Josée. « J’ai parfois eu deux emplois. Je travaillais la semaine, je travaillais le week-end. Il m’est arrivé parfois de faire des petits jobs le soir pour pouvoir clôturer tout. Je m’en suis toujours bien sortie », raconte Noëlla. 

La jeune femme a récemment fini par accepter l'aide des associations. Car entre la maladie et les privations, elle ne pesait plus que 32 kilos. « À chaque moment, on se demande : ‘Est-ce que je vais réussir à me rattraper cette fois-ci encore ? Ou est-ce que cette fois-ci, je vais tomber dans le trou ?’ En plus de la maladie, c’est le combat au quotidien de la précarité. Ce sont deux combats qui se juxtaposent et c’est d’une violence inouïe », continue-t-elle. 

En Corse, le salaire moyen est d'environ 1 400 euros net, soit 200 euros de moins que sur le Continent. Plus d'un tiers de la population gagne moins de 1 350 euros par mois.



 

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