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Corse : le réchauffement climatique bouleverse la Méditerranée

L'herbier de posidonie, piège redoutable pour le CO2, est menacé / © FTVIASTELLA
L'herbier de posidonie, piège redoutable pour le CO2, est menacé / © FTVIASTELLA

Des scientifiques corses ont mené des recherches sur l'impact du réchauffement climatique sur la biodiversité sous-marine de la Méditerranée. Des espèces tropicales sont apparues, et l'herbier de posidonie, cette espèce indispensable à la capture du dioxyde de carbone, est menacée. 

Par France 3 Via Stella

La Méditerranée est la région la plus sensible au changement climatique, selon les scientifiques. En Corse, la température à la surface de l'eau a fait un bond de deux degrés en hiver. Ce n'est pas sans conséquences pour les espèces sous-marines. 

L’herbier de posidonie est une espèce endémique de Méditerranée, loin d’être anodine, car elle joue un rôle majeur dans l’histoire de notre climat. Cette plante capte et emprisonne le dioxyde de carbone.
 
La posidonie, le miracle de la Méditerranée / © FTVIASTELLA
La posidonie, le miracle de la Méditerranée / © FTVIASTELLA

Pour comprendre ce phénomène, les scientifiques de l’université de Corte ont effectué une cinquantaine de carottage, un forage permettant de prélever un échantillon du sous-sol marin. Ils ont prélevé le système racinaire des posidonies, appelée la "matte".

L’étude de cette matière organique permet de faire un saut en arrière de 8000 ans dans l’histoire des températures, explique Gérard Pergent, professeur et chercheur à l'Université de Corte.

Nous étudions des restes de posidonies qui ont plusieurs milliers d’années, qui sont conservées de manière relativement correcte parce que c’est un milieu peu putrescible. Le carbone est bien conservé dans la "matte" des posidonies, et il ne repart pas dans l’atmosphère, mais au contraire, il est piégé.


Les résultats de cette expérience unique vont permettre de mieux comprendre climat, et répondre à certaines questions. Comment les posidonies font pour piéger le carbone ? Ne risquent-elles pas de le relâcher dans la nature ? C’est la crainte de Nicolas Tomasi, chargé de mission pour le parc naturel marin du Cap Corse.

Le problème que l’on a, c’est un stock de carbone qui a été accumulé depuis 6000 à 8000 ans dans ces herbiers de posidonie. Mais si l’on dégrade ces espèces, notamment par des ancrages, je pense à la grande plaisance qui fait des dégâts relativement importants dans ces "mattes", on va avoir un dégagement de carbone. Et l'emprisonnement de ce carbone qui permet de limiter l’impact du changement climatique, va être largué dans la nature, ce qui peut représenter un danger dans le contexte actuel.

Les posidonies captent plus de CO2 qu'une forêt

Les posidonies captent 6,6 tonnes de CO2 par hectares et par an, soit 5 fois plus qu’une forêt. En Corse, cette végétation représente 53 000 hectares, un patrimoine inestimable qu’il faut surveiller, car les eaux se réchauffent.

En effet, avec le réchauffement des températures, les plongeurs remarquent depuis une trentaine d’années l’apparition d’espèces tropicales dans la Méditerranée, comme le barracuda ou le crabe bleu. Ce dernier est habituellement locataire de l'océan Pacifique et de la mer rouge. Mangeur de loup et de daurade, il colonise le littoral corse, et a été vu notamment à Bastia.

► Reportage de Solange Graziani, Guillaume Leonetti, et Anne-Laure Louche :


Tempêtes hivernales

L’impact du réchauffement climatique sur le milieu marin s’exprime aussi par la fréquence et l’ampleur, toujours plus grandes, des tempêtes hivernales. Ce phénomène conjugué à l’élévation du niveau de la mer, cause de nombreux dégâts. Selon le GIEC, groupe d’experts intergouvernemental, le niveau de l’eau pourrait monter de 90cm à 1 mètre en 2050.

Les mers et océans absorbent 50% du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Cette captation du CO2 rend l’eau plus acide, et met en péril les coquillages et les larves de certaines espèces.
 

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