Dérive mafieuse en Corse : entretien avec le journaliste Jacques Follorou

Jacques Follorou, journaliste au quotidien Le Monde, étaient l'invité du Corsica Sera mercredi 6 novembre. / © FTVIASTELLA
Jacques Follorou, journaliste au quotidien Le Monde, étaient l'invité du Corsica Sera mercredi 6 novembre. / © FTVIASTELLA

Le journaliste Jacques Follorou a fait du grand banditisme corse un de ses sujets de prédilection. Il est notamment l'auteur de « Parrains corses ». Il a accordé un entretien à France 3 Corse ViaStella mercredi 6 novembre. 

Par France 3 Corse ViaStella

En Corse, la parole citoyenne se libère contre la grande criminalité et la dérive mafieuse. 

L’assassinat de Maxime Susini, en septembre dernier à Cargèse, en a été l’élément déclencheur. Depuis deux collectifs anti-mafia ont vu le jour. 


Voir ou revoir l'émission Inchiesta consacrée à la dérive mafieuse en Corse


Jacques Follorou, journaliste au quotidien Le Monde, a fait du grand banditisme insulaire l’un de ses sujets de prédilection. Il est notamment l’auteur de « Parrains corses ». Entretien. 
 
Dérive mafieuse en Corse : entretien avec le journaliste Jacques Follorou


Pour quelles raisons, le taux d’élucidation des enquêtes liées au grand banditisme est aussi faible, alors que souvent, sur le papier, ces enquêtes sont résolues par les enquêteurs ? 

Elles sont résolues au niveau du renseignement, de l’information. Mais le renseignement ne fait pas la justice. Ca soulève deux points : d’une part les capacités importantes dont dispose le système criminel insulaire pour tenir à distance la justice et la police […] ; ça soulève aussi le problème de la mobilisation des services de l’État. Est-ce que l’État, la police, la justice se donnent réellement les moyens ? Mettent-ils l’ardeur nécessaire pour combattre ce mal ? 


Face à ce constat, faut-il faire évoluer le code pénal ? Aller vers une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise mafieuse ? Mais également faire juger ces affaires par des magistrats professionnels comme pour les affaires de terrorisme, la fameuse cour d’assises spécialement composée ? 

C’est un point qui a été soulevé par les magistrats eux-mêmes. Ils considèrent aujourd’hui que le maillon faible de la lutte contre le crime organisé, c’est la juridiction de jugement, que ce soit le tribunal correctionnel ou la cour d’assises où se trouvent des jurés populaires, et qui représenteraient une forme de faiblesse dans la chaîne pénale. 

Il y a un point important qui existe déjà dans notre droit, c’est le statut de repenti. Ce statut a été voté selon des considérations un peu étranges. Le législateur a considéré pour des raisons essentiellement morales que la personne qui était trop au cœur d’un système criminel ne pouvait intégrer un système de protection de témoin. C’est un système qui n’est pas fondé sur l’efficacité, ça doit évoluer et je crois savoir que le gouvernement réfléchit à une évolution du texte en ce sens. 

La création de deux collectifs après l’assassinat de Maxime Susini est de nature à faire bouger les choses au plan judiciaire ? 

Au plan judiciaire, je pense que ça n’a pas de lien direct. Je pense que ça peut sensibiliser les magistrats, s’ils ne l’étaient déjà. 

En revanche, la naissance d’une parole anti-mafia n’est pas un fait anodin au niveau de la société corse. Le patron politique de l’île, Gilles Simeoni, a fédéré ces paroles aujourd’hui encore dispersées, limitées. C’est un point important. 

Mais une nouvelle fois, la mafia s’enracine dans une société et le premier coup de boutoir contre cette mafia viendra de la société elle-même. 



 

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