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Un homme originaire de Corse jugé pour avoir aidé des migrants

Des centaines de personnes étaient réunies a Nice devant le palais de justice pour soutenir deux Azuréens jugés après avoir aide des migrants - Cédric Herrou et Pierre-Alain Mannoni, comparaissent devant le tribunal correctionnel de Nice. Ils sont poursuivis pour avoir facilite l’entrée sur le territoire national de personnes en situation irrégulière. / © Maxppp
Des centaines de personnes étaient réunies a Nice devant le palais de justice pour soutenir deux Azuréens jugés après avoir aide des migrants - Cédric Herrou et Pierre-Alain Mannoni, comparaissent devant le tribunal correctionnel de Nice. Ils sont poursuivis pour avoir facilite l’entrée sur le territoire national de personnes en situation irrégulière. / © Maxppp

Pierre-Alain Mannoni, Niçois originaire de Corse comparaissait devant le tribunal correctionnel de Nice pour avoir aidé le séjour irrégulier de migrants en France. Son procès a pris une dimension politique. Les associations dénoncent un "délit de solidarité".

Par France 3 Corse ViaStella

"On est Corse"

« Dans ma famille on est Corse. J’ai passé toutes mes vacances au village de Pero-Casevecchie dans la maison de mon grand-père, le médecin du canton qui faisait ses visites à cheval. Au village, presque 50 ans après sa mort, les gens en parlent encore car que ce soit en pleine nuit à l’autre bout du canton, que ce soit un bandit blessé ou un paysan qui n’ait pas de quoi payer, il soignait. Dans les récits que me racontait mon père et dans les expériences que j’ai vécu là-bas, j’ai appris et compris qu’on ne laisse pas quelqu’un en danger sur le bord de la route, d’abord parce que c’est la montagne mais aussi parce que c’est une question de dignité. ». Ainsi Pierre-Alain Mannoni, 45 ans, enseignant-chercheur à Nice, justifie le geste pour lequel il est poursuivi : « une question de dignité. Ou d’honneur comme on dit. »

Procès

Mercredi 23 novembre, il comparaissait devant le Tribunal correctionnel de Nice pour avoir facilité le séjour irrégulier de migrants dans la vallée de la Roya, à la frontière de l’Italie. Dans une longue lettre diffusée sur Mediapart, il se défend d’avoir agi en militant ou en passeur.

Il explique son geste : le 17 octobre, de retour de la vallée de la Roya, il s’arrête dans un camp de migrants. « Je sais bien que mon retour vers Nice est une opportunité d’en sortir quelques-uns de ce lieu sans eau ni électricité et ou la température en pleine nuit ne doit pas dépasser 10 degrés. »

Il emmène avec lui trois Erythréennes qui doivent recevoir des soins à Marseille, il prévoit de les déposer à la gare. Il est interpellé à la frontière. Après 36 heures de garde à vue, il est libéré sous contrôle judiciaire. Il ne sait pas ce qui advient de ses passagères : «elles auraient été renvoyées au sud de l’Italie comme ça se fait souvent ».

"Montrer l'exemple"

La veille, Pierre-Alain Mannoni avait croisé et aidé des migrants sur sa route. La situation est courante dans la région. Pourquoi les a-t-il aidés : “La première fois j’avais hésité, je n’avais pas eu le courage, mais cette fois-ci il y avait ma fille et j’ai pu lui montrer l’exemple. »

Pour avoir facilité le séjour irrégulier de trois Erythréennes en France, le parquet a requis à son encontre une peine de six mois de prison avec sursis. «On peut porter secours, c'est un devoir, mais pas aider au séjour et à la circulation» d'étrangers en situation irrégulière, a précisé le procureur général de Nice, cité par Le Figaro.  L'affaire a été mise en délibéré au 6 janvier, et son contrôle judiciaire a été levé d'ici-là.

"Délit de solidarité"

Une pétition lancée par la mère de Pierre-Alain Mannoni a recueilli plus de 65 000 signatures, d’autres circulent et bénéficient du soutien d’associations, d’artistes comme Ernest Pignon-Ernest ou de la comédienne Yolande Moreau et de politiques, comme l’ancienne ministre Cécile Duflot. Une cagnotte a permis de payer les frais d’avocat. Le jour du procès, entre 100 et 200 personnes étaient venues apporter leur soutien à Pierre-Alain Mannoni. Ce que les associations dénoncent comme un "délit de solidarité" prend une ampleur politique.

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