Réchauffement climatique : un jeune corse organise le tour de son île pour éveiller les consciences

Protéger les océans car ils nous aident à réguler le climat. / © cc
Protéger les océans car ils nous aident à réguler le climat. / © cc

Pierre-Ange Giudicelli, jeune Corse de 26 ans, a décidé de lutter contre l’invasion plastique qui submerge la Méditerranée. Conscient du rôle des océans face à la menace climatique, Il veut à tout prix faire changer les comportements dans son île natale en réalisant le tour de Corse en kayak.

 

Par Anne-Corinne Moraine

Pierre-Ange se souvient de son enfance avec nostalgie. Souvenir de ces escapades gamin quand il crapahutait entre les rochers pour aller à la pêche. Aujourd'hui, il porte sur le littoral corse un regard inquiet. 

 Il y a des petits coins de paradis où enfant, j’allais pêcher quelques poissons. Maintenant quand j’y vais, je ne regarde même plus les poissons, je regarde les plastiques. 

Corse, le petit coin de paradis de Pierre-Antoine / © Jean-Baptiste Andréani
Corse, le petit coin de paradis de Pierre-Antoine / © Jean-Baptiste Andréani


Sa famille est originaire de  Pino , un petit village du cap corse. Depuis sa naissance, il y a passé toutes ses vacances à  escalader les rochers, plonger dans les eaux cristallines, et explorer un littoral sauvage.

 J’avais une sensation de communion avec la nature. C’était des instants de grâce


Après des études d’archéologie sous-marine à la Sorbonne, Pierre-Ange prend conscience que  la Corse est menacée par une pollution planétaire : l’invasion du plastique.
 
Plastique sur le littoral corse / © Jean-Baptiste Andréani
Plastique sur le littoral corse / © Jean-Baptiste Andréani
 

Je voulais agir à mon échelle, pour faire bouger les mentalités. Nous on a encore une chance de sauver notre île. Je ne voulais pas qu’on la manque. Et ici les populations n’ont pas encore pris conscience de ce problème et ne changent pas leurs comportements… 

En 2016, Pierre-Ange passe à l’action !

Il fonde Mare Vivu avec son cousin Antoni Louis ( mer vivante en corse). Une association de défense de l’environnement marin.
Et chaque été, depuis 3 ans, il organise un périple en kayak à voiles et à pédales,  autour du littoral corse. Une mission baptisée Corseacare. Avec lui des jeunes engagés. Etudiants pour la plupart, en biologie marine pour certains. Beaucoup sont Corses. D’autres viennent  du continent. Tous ont décidé de sensibiliser la population et les vacanciers,  pour  libérer  le littoral de la pollution.
 
Leur défi : parcourir 1000 km le long des côtes corses à bord de kayaks à voile et à pédales, entre Porto Vecchio à  Pino, au pied du Cap Corse.
 
Expédition en trimaran-kayak autour de la Corse / © Jean-Baptiste Andréani
Expédition en trimaran-kayak autour de la Corse / © Jean-Baptiste Andréani
 Chaque escale est un enjeu : sur les plages bondées, le jeune équipage s’efforce de convaincre le plus grand nombre,  d’agir d’urgence. La sensibilisation passe par l’action. Pierre-Ange et son équipe interpellent les estivants, et les invitent à la pêche aux  plastiques. 
Ramassage de plastique sur les plages corses avec CorSeaCare / © Jean-Baptiste Andréani
Ramassage de plastique sur les plages corses avec CorSeaCare / © Jean-Baptiste Andréani

Voici des sacs. L’objectif est de ramasser le plus de déchets possible. En quelques heures, le bilan est affolant : Des mégots, beaucoup de mégots.
Des plastiques, beaucoup de plastiques, des gobelets, et du polystyrène… 
La plupart  jouent le jeu : beaucoup de jeunes, et même des enfants. Tous sont stupéfaits, et donc sensibilisés. L’opération de sensibilisation gagne du terrain, escale après escale.

Plastique, mégots et autres déchets sur les plages corses / © Jean-Baptiste Andréani
Plastique, mégots et autres déchets sur les plages corses / © Jean-Baptiste Andréani

Les équipiers de la mission « Corseacare »  jouent aussi les sentinelles d’un littoral en danger.

Leur expédition est une mission de science participative.
Ils mesurent les concentrations de plastiques, prélèvent des échantillons d’eau de mer.
Ils nourrissent  la plate-forme collaborative « Obsenmer »  grâce à des photographies de mammifères marins, tortues, et poissons.
Des étudiants en biologie marine enregistrent le vacarme qui envahit les fonds marins. ​​​​​​Marion, étudiante en bio-accoustique, nous explique :

Le bruit  éloigne de plus en plus  les cétacés de la côte. Cela modifie leurs comportements de chasse. Cela les stresse et modifie leurs comportements de chasse

 

Ecoute des fonds sous-marins et observations de l'équipe de CorSeaCare / © Jean-Baptiste Andréani
Ecoute des fonds sous-marins et observations de l'équipe de CorSeaCare / © Jean-Baptiste Andréani

Pollutions sonores, chimique ou plastiques, l’équipe de « Corseacare » envoie toutes ces observations et ces prélèvements à des scientifiques spécialisés dans l’environnement marin, en Corse et sur le Continent.

A terre le travail continue

Chaque soir, après une journée chargée d’observations, prélèvements de déchets et tournages, l’équipe en mer rejoint l’équipe à terre (chargée de la logistique). La nuit, tous s’installent souvent dans des campings.
Les étudiants en profitent pour  sensibiliser les enfants à la pollution plastique, et organiser des projections des vidéos tournées en mer pour les estivants.
 

Cinéma le soir pour éveille les consciences avec CorSeaCare / © Jean-Baptiste Andréani
Cinéma le soir pour éveille les consciences avec CorSeaCare / © Jean-Baptiste Andréani


Un « ciné mare » qui a du succès : entre splendeurs du littoral et des fonds marins, et invasion de déchets plastiques.
Pour  Pierre- Ange Giudicelli c’est un enjeu :

Ces projections leur permettent de visualiser ce que nous  voyons, et de les sensibiliser aux menaces qui pèsent sur le littoral.« Le déchet est un sujet majeur… et les gens n’ont pas conscience de ce qui se passe en mer, juste devant leurs plages. Ils ne réalisent pas que ce que l’on laisse partir dans les océans finira par revenir dans nos assiettes. 

 

Grâce à cette 3e mission « Corseacare », Pierre-Ange est convaincu avoir « éveillé des consciences écologiques sur l’île ». Notre association est de plus en plus sollicitée par de nouveaux éco-citoyens. Les gens se  mobilisent pour sauvegarder le littoral corse

Un engagement récompensé

Fort du succès de sa mission Corseacare, Pierre-Ange et son équipe ont été récompensés. Ils sont  parmi les 44 lauréats  d’un « projet pour la planète » décerné par Nicolas Hulot. Un prix décerné aux associations citoyennes engagées dans la lutte contre le changement climatique.

Pierre –Ange  est convaincu que pour sauver son île, il faut sensibiliser les plus jeunes.
C’est chose faite. Il vient d’être recruté par le tout nouveau Parc Naturel marin du Cap Corse et de l’Agriate.
Sa mission : l’éducation et la sensibilisation à l’environnement. Il a la responsabilité de 4 aires marines éducatives. De petites zones du littoral dont la gestion est confiée à des classes d’écoles primaires.
 

Sensibilisation de jeunes à l'environnement CorSeaCare / © Jean-Baptiste Andréani
Sensibilisation de jeunes à l'environnement CorSeaCare / © Jean-Baptiste Andréani

 

 On leur montre les enjeux de la nature, et les activités humaines et on leur explique pourquoi ces activités doivent aller dans le sens de la nature. Et quels sont les enjeux de développement durable. On leur donne envie de trouver des solutions.


Le jeune défenseur de l’environnement corse espère ainsi, à long terme, sauver son petit paradis.
 

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