Rétrospective 2018 : une année de conflits sociaux en Corse 

© Pierre Nicolas / FTVIASTELLA
© Pierre Nicolas / FTVIASTELLA

L’année 2018 a été marquée par de nombreux conflits sociaux en Corse. Comme partout en France, les gilets jaunes ont été au cœur de l’actualité à partir du mois de novembre. Mais d’autres mouvements ont aussi marqué le quotidien insulaire. 

Par France 3 Corse ViaStella

Après plus d'un mois de conflit, gilets jaunes et représentants de la République en marche sont réunis autour d'une même table. L'image est rare. C'est la première réunion entre les deux parties.

Elle se tient dans le cadre de la concertation dans les régions voulue par Emmanuel Macron.

Mais la réunion tourne court, les gilets jaunes quittent la table au bout de 30 minutes. « On a accepté l’entretien, mais on voit que ça n’apporte rien donc on s’en va. Ils sont impuissants, ils ne peuvent rien faire, ils le disent eux-mêmes », indique alors Pierre Casabianca, gilet jaune. 

 


Dès le 17 novembre, la Corse se mobilise et ne fait pas figure d'exception. Plusieurs centaines de personnes se rassemblent devant la préfecture d'Ajaccio.

La mobilisation touche toute l'île. Dans la région bastiaise, en Balagne ou encore à Porto-Vecchio, des barrages filtrants sont mis en place. Conséquence : des files de voitures à l'arrêt. 
 

Dépôt pétrolier de Lucciana bloqué


Mais très vite, le mouvement s'amplifie et se durcit. Les protestataires visent le dépôt pétrolier de Lucciana. Une trentaine de gilets jaunes bloque l'entrée pendant deux jours avant d'être délogés par les gendarmes mobiles. « À 5 heures, la gendarmerie mobile est arrivée. Il y a eu des petits affrontements, mais il n’y a rien eu d’énorme », explique Frédérique Federici, gilet jaune. 

Rapidement, des fractures et divergences apparaissent quant aux modes d'actions. Le mouvement tâtonne et une partie des manifestants prend de nouveau pour cible le dépôt pétrolier de Lucciana.

 


Au fil des semaines, la mobilisation se propage et touche les lycéens qui entrent eux aussi dans la danse, inquiets pour leur avenir. Loin des affrontements violents qui se succèdent à Paris, un rassemblement devant la préfecture à Bastia dégénère.

Des dizaines de manifestants, visages masqués ou cagoulés, font face aux forces de l'ordre. Des distributeurs sont incendiés et des horodateurs détruits. Huit jeunes hommes sont interpellés, trois seront condamnés dont un à deux ans de prison ferme pour avoir blessé un policier en civil.

 
 

Gronde des surveillants pénitentiaires 


La gronde des surveillants pénitentiaires de Borgo suite à la tentative d'assassinat sur deux de leurs collègues au mois de janvier.

Sur place, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, reçoit un accueil tendu. À la prison de Borgo, les surveillants pénitentiaires déposeront les clés pendant huit jours.

Excédés par leurs conditions de travail et inquiets, les surveillants pénitentiaires exigeront et obtiendront cinq postes supplémentaires et la création d'un quartier spécialisé pour détenus radicalisés.

 


Le conflit social prendra fin avec la signature d'un accord au niveau national. Amertume pour les syndicats locaux. « Tout le monde est déçu. On a repris le travail, mais ce n’est pas pour autant que l’on va laisser tomber nos collègues qui ont été victimes de cet acte terroriste islamiste », soutient, Raphael Barallini, secrétaire régional force ouvrière. 
 

Le STC remporte les élections à la collectivité de Corse 


L'attente a parfois été longue pour glisser le bulletin dans l'urne. Les 4 500 agents de la collectivité de Corse étaient appelés à renouveler leurs représentants syndicaux le 6 décembre dernier.

C'est le STC [syndicat des travailleurs corses] qui arrive en tête des suffrages. Le syndicat nationaliste, bien que battu à Ajaccio, occupe près de la moitié des sièges du comité technique. « On pourra se trouver en porte-à-faux avec les décideurs politiques. Pour autant, je crois qu’aujourd’hui le bon sens veut que ces décideurs politiques écoutent la voix des agents, donc la voix qui a placé le STC en tête », souligne Jean Brignole, secrétaire national STC.

 
Rétrospective 2018 : une année de conflits sociaux en Corse
Intervenants - Pierre Casabianca, Gilet Jaune ; Frédérique Federici, Gilet Jaune ; Raphaël Barallini, Secrétaire régional Force Ouvrière (FO) ; Jean Brignole, Secrétaire national STC. Equipe - Pierrick Nannini ; Jean-Jérôme Delsol ; Marie-Thérèse Griscelli ; Corinne Merciadri.


Les nationalistes font carton plein dans la fonction publique. Ils sortent majoritaires à la mairie de Bastia, d'Ajaccio, à la Cab [communauté d’agglomération de Bastia] ou encore à la Capa [communauté d’agglomération du pays ajaccien]. Vainqueur aussi dans la fonction publique hospitalière.
 

Agences bancaires LCL, finances publiques 


Le STC, toujours, s'est mobilisé et a fait entendre sa voix dans les agences bancaires LCL de Corse. En cause, une possible baisse de la prime d'insularité des salariés.

Après 10 jours de grève, les agences ont rouvert. L'accord de fin de conflit prévoit le maintien dans les mêmes modalités de la prime d'insularité.

Pas le même succès, en revanche, pour le conflit social aux finances publiques. À partir du premier janvier, la grille des perceptions du rural restera fermée au public.

Ces perceptions ne s'occuperont plus des questions fiscales. Seuls les centres de Bastia et Corte accueilleront du public en Haute-Corse. Mais les syndicats ne veulent pas renoncer, la mobilisation pourrait reprendre début 2019.




 

Sur le même sujet

Municipales 2020 : Entretien avec Paul-Félix Benedetti, chef de file de Core in Fronte

Les + Lus