En Corse, des ateliers d'éducation à l'empathie pour éviter les dérives liées aux réseaux sociaux

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Écrit par Céline Serrano .

Tik Tok, Instagram, Facebook, Snapchat, les réseaux sociaux ont envahi nos vies, pour le meilleur et pour le pire. L'union européenne a adopté un cadre juridique pour les réguler, et le Conseil d’État vient de publier son étude annuelle sur le sujet où il formule 17 propositions destinées à protéger les utilisateurs. En Corse, les services d'information jeunesse sont déjà au travail.

"L'empathie, se mettre à la place des autres, toujours avoir en tête quand on diffuse quelque chose l'impact que cela peut avoir sur moi-même, sur les autres, sur les personnes qui sont concernées par le contenu." Coordinateur territorial de l'information jeunesse, Didier Ramelet-Stuart connaît bien les travers et dérives liés à la fréquentation des réseaux sociaux.

En aucune façon une relation numérique ne peut remplacer une relation humaine, c'est important de le rappeler.

Didier Ramelet-Stuart, coordinateur territorial de l'information jeunesse

France 3 Corse ViaStella

Isolement, décrochage scolaire, les conséquences d'une fréquentation excessive des réseaux sociaux et des outils numériques peuvent être multiples, et ne se mesurent pas nécessairement au temps qu'on y consacre. "Nous on parle d'abus parce qu'on ne peut pas quantifier les usages problématiques uniquement en terme de temps passé, mais plutôt en terme d'impact sur la vie quotidienne, que ce soit au niveau scolaire ou relationnel. Pour un jeune qui commence à s'isoler à cause d'une surconsommation, ce sont des signaux d'alerte." explique Didier Ramelet-Stuart."En aucune façon une relation numérique ne peut remplacer une relation humaine. C'est important de le rappeler."

Modes toxiques et pratiques insidieuses

Des jeunes gens malmenés ou en grande souffrance en raison de ces pratiques numériques, il en croise fréquemment. "Il y a des phénomènes qui sont médiatisés parce qu'ils sont spectaculaires et massifs comme le #2010. Les modes toxiques sur les réseaux sociaux malheureusement elles existent, et elles peuvent avoir des conséquences très graves." constate-t-il."Mais il y a des choses plus insidieuses qui sont tout aussi destructrices pour notre jeunesse. Par exemple un jeune qui créé un groupe WhatsAppou Snap pour sa classe, et qui du jour au lendemain pour une raison ou une autre décide d'exclure un ou une élève, ça parait anodin mais la violence psychologique et les répercussions sont réelles. Vraiment il y a un problème d'usage et de compréhension de l'impact de certains comportements sur autrui."

Un escape game pour prévenir le harcèlement

Le principe de base des structures du service d'information jeunesse, c'est la co-construction. Des ateliers d'intelligence collective, pour réfléchir et trouver ensemble des solutions efficaces. "Il faut promouvoir une citoyenneté numérique responsable, mais ça ne se décrète pas. Il faut interroger les jeunes et co-construire avec eux, ça passe par la pédagogie." explique Didier Ramelet-Stuart.

L'équipe a même imaginé un escape game autour du harcèlement, un atelier proposé aux collégiens de sixième et cinquième. D'autres outils sont à la disposition des animateurs sur ce thème, à destination des jeunes, mais aussi des adultes qui les encadrent.

Prendre de la distance et continuer à penser par soi-même

Les différents ateliers autour du numérique permettent aussi aux jeunes gens d'apprendre à prendre de la distance par rapport à tout ce qui est publié sur les réseaux sociaux, à ne pas oublier de continuer à réfléchir par eux-mêmes. "Dès qu'il y a une affaire qui monte en flêche sur un réseau, elle influe sur la gestion sereine et l'analyse sereine des faits, c'est une évidence. Par définition un réseau social ça agit comme une caisse de résonnance donc quel que soit le sujet qu'on aborde, il prend des proportions ingérable. On doit apprendre la distanciation critique par rapport à ce qui est diffusé." précise Didier Ramelet-Stuart.

Victime

Si les équipes de Didier Ramelet-Stuart sont là pour travailler sur des comportements numériques responsables, elles sont aussi amenées à recueillir la parole de victimes malmenées par ces réseaux. "Ce qui est important c'est de déposer la parole quelque part pour la victime, parce que le premier sentiment d'une victime c'est la culpabilité : si ça m'arrive à moi plutôt qu'à mon voisin ou ma voisine, c'est que c'est moi le problème. Là où la parole peut être déposée, peu importe, ça peut être un enseignant, une infirmière scolaire, un éducateur, ou même un élève. Aujourd'hui il existe de plus en plus d'espace où la parole peut circuler. Il y a des élèves qui sont ambassadeurs sur le harcèlement. Il ne faut surtout pas que la victime reste isolée. Et la victime, surtout, il faut bien la conforter dans le fait que c'est elle la victime, et que ce sont les autres, les agresseurs."

Reprendre la main

Trouver un équilibre entre liberté d'expression et protection des utilisateurs, a fortiori quand il sont mineurs, savoir garder la tête froide et les idées claires face à la pression de la masse, les défis liés à la pratique des réseaux sociaux sont de taille.

Et face aux mastodontes qui les dirigent, éducateurs et législations nationale et européenne ne seront pas de trop pour aider les utilisateurs à relever ces défis.

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