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Erbalunga ou Erbalonga : la guerre des toponymes

ILLUSTRATION - L'écriture du nom de ce petit village du Cap Corse fait débat (Haute-Corse) / © André Célia Cristofari Grassi / Facebook
ILLUSTRATION - L'écriture du nom de ce petit village du Cap Corse fait débat (Haute-Corse) / © André Célia Cristofari Grassi / Facebook

Faut-il écrire Erbalunga ou Erbalonga ? Si le premier est celui communément repris dans les médias et l'administration française, il irrite de nombreux Corses.

Par Axelle Bouschon

Mais pourquoi donc Erbalonga, ce petit village sur la côte du Cap Corse, est-il communément écrit, aussi bien sur les guides d'information que sur les panneaux d'indication routiers, Erbalunga ? C'est à dire avec un U.

Des affiches publicitaires pour les divers événements organisés dans la commune, à sa page Wikipédia, en passant par Google Maps ou même le géoportail de la République française, partout, une même orthographe : Erbalunga.

Et il en est de même pour les médias : hier, France 3 Corse ViaStella a ainsi été interpellé par plusieurs internautes sur notre choix d'écrire Erbalunga plutôt qu'Erbalonga pour annoncer le concert de Jenifer, ce 12 août, à l'occasion du festival de musique éponyme.


Toscanisation, francisation


Nous avons donc décidé d'interroger le linguiste et professeur à l'université de Corse Jean Chiorboli sur le sujet.

Selon lui, cette transgression n'est pas étonnante. « Tous les noms de lieux et noms de famille corses ont été "toscanisés" dans leur forme écrite par l'administration toscane.» Et par la suite, la France a conservé ces formulations.

Résultat, plutôt que le traditionnel Erbalonga corse, on se retrouve avec Erbalunga. « De la même manière qu'Aiacciu est devenu Ajaccio ou Bonifiacio plutôt que Bunifaziu » précise Jean Chiorboli.

Des doubles toponymes (ndlr : nom de lieu) sont tous référencés par la Collectivité de Corse, et retracent une partie de l'histoire de l'île de beauté.

Sauf que si Ajaccio est aujourd'hui globalement accepté par la majorité des habitants, Erbalunga, lui, ne passe pas.
 

Festivals, Wikipédia ou encore cartes géographiques, partout Erbalunga


 

Idéologie 


Pour Jean Chiorboli, la raison est simple : « Erbalunga, ça ne correspond à rien ! ».

Étymologiquement, longa, est dérivé du latin longus. En français courant, on le traduirait par « long ». Le terme était utilisé aussi bien en corse qu'en italien.
 

Erbalunga, ça ne correspond à rien !


Au cours des siècles, la langue italienne a évolué, et transformé « longo » en « lungo ». Pour le linguiste, l'explication du pourquoi d'Erbalunga est peut-être là : « On aurait changé le nom d'ErbalOnga en l'adaptant à l'italien moderne. Ce qui donne donc ErbalUnga.»

De fait, la nouvelle toponymie, incompréhensible au vu de la langue corse, n'est pas forcément acceptée par la population. Pour certains, c'est même perçu comme un rejet de la culture corse.
 
 

Autonomie régionale


Selon le linguiste, il y aurait deux formes de méprises : ceux qui se tromperaient sur l'orthographe du village parce qu'ils l'ont vu écrit « avec un U un peu partout », et les autres, qui choisiraient volontairement la forme écrite francisée.

« C'est une forme d'idéologie politique d'anti-corsisation, d'anti-autonomie, et donc anti-indépendance de la Corse » analyse le linguiste.
 

Il serait temps que la France reconnaisse l'autonomie Corse


Jean Chiorboli, qui se dit plutôt pour « l'autogestion corse » que l'indépendance, souhaiterait aujourd'hui que le gouvernement français soit plus attentif aux demandes des citoyens de l'île : « aux dernières élections, la majorité des corses se sont quand même exprimés pour la régionalisation.»

« Il serait normal que la Corse puisse avoir ses noms de lieux dans leur forme corse, et que sa langue soit considérée au même titre que le français. Je ne dis pas qu'il faut supprimer le français, qui est devenu une seconde nature pour la Corse. Mais il serait temps que la France reconnaisse son autonomie.»

Le linguiste compare ainsi la situation de la Catalogne, où les noms de lieux et de familles sont restés catalans, à celle de la Corse, où ils ont été « en grande majorité francisés, ou adaptés à un italien moderne, avec parfois même des erreurs ».

« Si l'Espagne arrive à reconnaître l'autonomie des régions, et l'Italie également avec le cas de la Sardaigne, pourquoi la France ne peut-elle pas faire de même pour la Corse ?»





 

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