Bastia : Pierre-Louis Cacciaguerra condamné à six mois de prison avec sursis pour harcèlement moral sur son ex-compagne

Le tribunal de Bastia a condamné le conseiller technique de la rectrice de l'Académie de Corse à six mois de prison avec sursis et 3000 euros d'amende pour harcèlement moral sur son ex-compagne, dont il a été le supérieur hiérarchique. Il lui avait envoyé de nombreux messages injurieux.

© Axelle Bouschon / FTV

Pour la victime, c’étaient des mois de harcèlement et "d’enfer", rythmés par des messages injurieux, des chantages au suicide envoyés la nuit et sur son lieu de travail ainsi qu’à ses collègues et à la directrice de l’établissement où elle enseigne. Pierre-Louis Cacciaguerra a lui plutôt évoqué une rupture amoureuse "douloureuse".

Le tribunal judiciaire de Bastia jugeait, ce mardi 16 février, le procès pour "harcèlement moral, propos ou comportements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de travail pouvant attenter aux droits à la dignité à la santé ou à l’avenir d’autrui" intenté à l’encontre du conseiller technique auprès de la rectrice de l’académie de Corse.

Il était accusé par une ex-compagne, rencontrée dans le cadre de son travail, de l’avoir harcelée après leur rupture, survenue en septembre 2019.

Au terme de près de trois heures d’audience, le tribunal a reconnu le fonctionnaire coupable des faits qui lui étaient reprochés. Pierre-Louis Cacciaguerra écope de six mois de prison avec sursis, assortis d’une interdiction d’entrer en contact avec la plaignante pendant 2 ans, du versement d’une amende de 3000 euros pour préjudice moral pour cette dernière, et d’une inéligibilité pour 2 ans. Une condamnation inscrite au casier judiciaire.

Des messages injurieux envoyés à la victime et à des collègues

Le tribunal s’intéressait en particulier aux nombreux messages à caractère injurieux envoyés par Pierre-Louis Cacciaguerra à la victime, à des collègues, et à la directrice de l’établissement où enseigne la victime entre mi-septembre et mi-octobre 2019, à la suite de leur séparation.

Des messages qui avaient été en partie dévoilés sur les réseaux sociaux lors de la campagne des municipales. Pierre-Louis Cacciaguerra était alors le troisième colistier de Julien Morganti.

Dans ces textos en question, il insulte notamment à plusieurs reprises la jeune femme de "grosse pute alcoolique", et tient plusieurs commentaires déplacés sur son physique.

Impact profesionnel et "promotion"

Une situation qui aurait eu un impact conséquent sur la santé psychologique de la plaignante, de même que sur sa vie professionnelle. D’une part, parce qu’elle se serait à plusieurs moments "effondrée" devant ses collègues, usée par l’anxiété.

D’autre part parce qu’il s’agissait alors de son supérieur hiérarchique : jusqu’en octobre 2019, Pierre Louis Cacciaguerra occupait ainsi le poste d’inspecteur d’éducation nationale pour la circonscription dans laquelle la plaignante travaille encore. 

Le 11 octobre, Pierre-Louis Cacciaguerra est convoqué par le directeur académique de Corse d'alors, Christian Mendivé, tenu au courant de cette affaire par la plaignante.

Selon Pierre-Louis Cacciaguerra, Christian Mendivé requiert sa suspension. Il demande alors un rendez-vous avec la rectrice de l’académie de Corse, Julie Benetti. Cette dernière, toujours selon Pierre-Louis Cacciaguerra, consent à retirer cette suspension, et il est nommé dans la foulée au sein du rectorat de Corse. Une incidence "positive" sur sa carrière, pour le principal intéressé, qui parle de "promotion".

Sa nomination comme conseiller technique ASH, présentée par l’intéressé comme une promotion, lui a été de fait imposée, sans aucune hausse de sa rémunération et avec un périmètre d’actions réduit par rapport à celui qui était le sien.

Julie Benetti, rectrice de l'académie de Corse

Dans un communiqué daté du 17 février, Julie Benetti rejette cependant toute notion de promotion. En novembre 2019, dans l'attente de l'issue du de la procédure pénale engagée après le dépôt de plainte de la victime, la rectrice de l'académie de Corse explique avoir décidé de retirer toute responsabilité de pilotage et de gestion de sa circonscription à Pierre-Louis Cacciaguerra. En avril 2020, elle émet un avis défavorable "à sa demande de mutation à la rentrée scolaire sur un nouveau poste d’inspecteur de circonscription".

"Sa nomination comme conseiller technique ASH, présentée par l’intéressé comme une promotion, lui a été de fait imposée, sans aucune hausse de sa rémunération et avec un périmètre d’actions réduit par rapport à celui qui était le sien. J’ai enfin refusé que dans le cadre de ses nouvelles fonctions excluant toute responsabilité d’encadrement, il procède à la moindre inspection, ni entretien professionnel des professeurs."

Je suis meurtrie qu’on puisse me prêter la moindre complaisance à l’égard de comportements intolérables envers une femme au rebours total de mon engagement contre toute forme de violence.

Julie Benetti, rectrice de l'académie de Corse

Julie Benetti déplore enfin "le discrédit jeté par cette affaire sur [l'] institution dont les personnels sont engagés quotidiennement dans la défense des valeurs de respect et d’égalité." "À titre personnel, je suis meurtrie qu’on puisse me prêter la moindre complaisance à l’égard de comportements intolérables envers une femme au rebours total de mon engagement contre toute forme de violence."

"Ce sont des propos que je regrette"

Les insultes, Pierre-Louis Cacciaguerra l’a reconnu : il n’aurait pas dû les écrire. "Ce sont des propos que je regrette et pour lesquels je me suis excusé." Pour autant, l’homme a nié toute accusation de harcèlement de la part de la victime.

Celle-ci a expliqué avoir reçu des photos d’elle-même par message "lors de soirées détentes" auxquelles le conseiller technique au rectorat de Corse n’était pas invité, et s’être sentie "traquée", et avoir encore aujourd’hui le sentiment "d’être suivie".

"Je ne reconnais pas les faits de harcèlement, a martelé à plusieurs reprises Pierre-Louis Cacciaguerra face à la barre. Je ne l’ai jamais suivie, je n’ai pas frappé à sa porte, je ne suis pas allé sur son lieu de travail."

C’est simplement un homme qui a souffert d’une rupture, ce n’est pas un monstre.

Me Maire-Josée Bellagamba

Son avocate, Me Marie-Josée Bellagamba, a de son côté décrit son client comme un homme "amoureux en perdition qui, par moments, craque, tout simplement", bien loin du "pervers narcissique comme on a pu l’entendre" au cours de l’audience. “C’est simplement un homme qui a souffert d’une rupture, ce n’est pas un monstre”, a renchéri Me Marie-Josée Bellagamba.

La défense a demandé une peine de 500€ d’amende, similaire à la condamnation reçue par l’homme qui avait dévoilé les messages injurieux en question sur les réseaux sociaux lors de la campagne municipale 2020 de Bastia. Une demande que le tribunal n'a pas décidé de suivre.

Au sortir de l’audience, le conseil de la plaignante, Me Fransceca Seatelli, s’est dite satisfaite de ce jugement. "Les histoires de harcèlement ont toujours existé, mais il est important de mettre en avant ce genre de dossier parce que la parole s’est libérée. Et parce que ça peut libérer d’autant plus la parole d’autres femmes."

Pierre-Louis Cacciaguerra a indiqué avoir fait appel de sa condamnation.

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