"Je ne veux plus jamais entendre parler de politique", "un grand soulagement" : les Corses partagés au lendemain des élections législatives

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Le second tour des élections législatives s'est tenu ce dimanche. Si la gauche est arrivée en tête, aucune majorité absolue ne se dégage dans la composition de la nouvelle Assemblée nationale. En Corse, trois des députés sortants ont été reconduits. Et au sein de la population, les avis divergent sur les résultats.

Un verre d'Orezza à sa gauche, le journal grand ouvert à sa droite, Emmanuelle soupire en analysant les votes dans les différentes communes insulaires. Après un premier tour "prometteur" selon ses propres dires, c'est "déçue" et désillusionnée que s'est réveillée cette Bastiaise, ce lundi matin.

"On pensait que c'était le moment, qu'on pourrait enfin avoir des représentants du Rassemblement national", souffle-t-elle.

Emmanuelle soutient le parti à la flamme "depuis au moins 20 ans". Un vote auquel elle assure être toujours restée fidèle même dans les périodes de vache maigre... Et cette fois, l'espoir était permis : "On avait quatre chances, trois après que celle de la deuxième circonscription de Haute-Corse se soit désistée. Ça semblait normal qu'on réussisse à avoir au moins un député qui passe."

Normal pour cette quinquagénaire, peut-être, mais le sort en a décidé autrement : si François Filoni, Ariane Quarena et Jean-Michel Marchal, les trois candidats RN en Corse, ont obtenu un total de 42.350 voix sur l'île, augmentant de 7.498 voix leur score combiné du premier tour, aucun n'a réussi à ravir la députation tant convoitée aux députés sortants, ce dimanche 7 juillet.

Certes, note Emmanuelle, c'est bien François-Xavier Ceccoli, le candidat divers droite au profit duquel la candidate du Rassemblement national s'est désistée au second tour, qui l'emporte dans la deuxième circonscription de Haute-Corse face au sortant Femu a Corsica Jean-Félix Acquaviva.

"C'est mieux qu'un nationaliste de plus, mais bon... On aurait quand même préféré pouvoir voter pour le RN", ne serait-ce que pour pouvoir avoir les chiffres précis du nombre d'électeurs du parti de Jordan Bardella sur l'île, tranche-t-elle. "Il y en a beaucoup plus qu'on ne le croit, et tous n'ont pas voté. On le verra bien aux prochaines élections."

La Corse a besoin d'un gros changement, et avoir de nouveaux députés en dehors de cet entre-soi nationaliste, qui n'a aucune conscience de nos vraies priorités, nous aurait fait du bien.

Assise à côté d'elle en terrasse d'un café du quartier de Toga, son amie acquiesce. "Moi je n'ai pas voté, parce que je savais par avance que c'était fini, avec tous les autres qui ont fait alliance pour empêcher le RN d'être élu. Mais je trouve tout cela bien dommage. La Corse a besoin d'un gros changement, et avoir de nouveaux députés en dehors de cet entre-soi nationaliste, qui n'a aucune conscience de nos vraies priorités, nous aurait fait du bien."

Cette dernière continue : "Les vrais gens, ce qui les inquiète, c'est de savoir ce qu'ils vont pouvoir donner à manger à leurs enfants quand ils n'ont plus rien sur leur compte à partir du 15 du mois. C'est comment ils vont régler la facture d'eau et d'électricité. Et eux nous parlent de langue corse, de prisonniers politiques, d'autonomie. Ils sont sur une autre planète."

Vote démocratique ou représentatif

Même déception pour cet habitant des quartiers Sud de Bastia. Au-delà des suffrages exprimés en Corse, il se désole des résultats nationaux. "Je n'arrive pas à croire qu'on ait pu faire passer Mélenchon [chef de file du mouvement La France insoumise, qui fait partie de la coalition de gauche Nouveau front populaire], peste-t-il. Mélenchon ! J'ai le cœur brisé. Je ne veux plus jamais entendre parler de politique."

Avec 178 sièges remportés, le Nouveau front populaire (NFP) ressort ainsi en tête de ses élections, devant notamment la majorité présidentielle Ensemble (150 sièges), le Rassemblement national et ses alliés (143 sièges), et Les Républicains/divers droite (67 sièges). "Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les gens ont voté ça, se lamente cet autre homme. Je pense que le pays est devenu fou. Nous sommes foutus, voilà, on a plus qu'à attendre de voir à quelle sauce on va être mangés."

Les Français ont voté massivement pour donner la majorité absolue au RN, et on se retrouve avec pas de majorité du tout. Si ça vous semble normal, pour moi ça ne l'est pas.

Ce troisième homme déplore enfin une Assemblée nationale à son sens finalement peu représentative du "vrai" vote des citoyens. Preuve en est, détaille-t-il, avec leurs 10,1 millions de voix, [à raison de 8,7 millions pour le parti à la flamme et 1,4 million pour ses candidats alliés chez les Républicains avec Eric Ciotti], le Rassemblement national et ses alliés sont arrivés en tête du nombre de suffrages par groupe, devant le NFP et ses 7 millions de voix, et le camp présidentiel Ensemble (6,3 millions).

Premiers en nombre de voix, mais seulement troisième force politique de l'Assemblée : une dissemblance qui s'explique par le mode de scrutin des élections législatives. "Peut-être qu'il serait temps de le faire évoluer dans ce cas, je ne sais pas. Les Français ont voté massivement pour donner la majorité absolue au RN, et on se retrouve avec pas de majorité du tout. Si ça vous semble normal, pour moi ça ne l'est pas."

Quelle coalition pour le gouvernement ?

Si ce lendemain de second tour est donc synonyme de soupe à la grimace pour certains, d'autres ne cachent pas leur satisfaction. Après trois semaines de campagne électorale passées "la boule au ventre, je me sens légère et heureuse ce matin, sourit cette femme, attablée sur la place Saint-Nicolas. La France et les Français se sont réveillés, ont compris que les extrêmes allaient nous mener droit dans le mur et à la catastrophe."

Cette dernière appelle désormais "nos dirigeants à être suffisamment intelligents pour trouver une coalition cohérente, équilibrée, pour gouverner la France, et tant que faire se peut, aller chercher des gens républicains, compétents, qui aiment notre pays et qui l'amènent vers le haut et non pas vers le gouffre." 

"C'est une excellente nouvelle, acquiesce Paul, la vingtaine, assis deux tables plus loin. La population a dit non aux fascistes, et on ne peut que s'en féliciter." À échelle locale, il se réjouit de la réélection de Michel Castellani - dans la première circonscription de Haute-Corse - et de Paul-André Colombani - dans la deuxième de Corse-du-Sud -, qui sont des députés "qui ont à cœur le social et d'améliorer les conditions de vie des gens", estime-t-il.

La population a dit non aux fascistes, et on ne peut que s'en féliciter.

En ce qui concerne Laurent Marcangeli - réélu dans la première circonscription de Corse-du-Sud - et François-Xavier Ceccoli, le jeune homme préfère en l'état "ne pas se prononcer". "La droite, par principe, ce n'est pas ma tasse de thé, plaisante-t-il. Mais j'ai le sentiment qu'ils ont l'un et l'autre la connaissance et la réalité des besoins des gens ici, et c'est sans doute le plus important quand on est député."

Reste deux dernières interrogations, reprises par la majorité des personnes interrogées, ce lundi matin : faute de majorité au sein de l'Assemblée nationale, la France sera-t-elle gouvernable ? Et si aucun accord ne venait être à être trouvé, faut-il déjà s'attendre à une dissolution pré-programmée de d'hémicycle du palais Bourbon, l'an prochain ? Réponse, sans doute, dans les prochains jours ou semaines.

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