Assassinat d'Yvan Colonna : le collectif acte dans la discorde une nouvelle manifestation à Ajaccio

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Mercredi soir, à Corte, la coordination regroupant responsables politiques, syndicaux et étudiants a appelé à une large manifestation à Ajaccio, dimanche 3 avril. Une décision qui n'a pas remporté les faveurs de l'ensemble des membres du collectif.

Deux heures de discussions parfois houleuses, et un communiqué final boudé par certains. La coordination née le 10 mars dernier et regroupant forces nationalistes et responsables étudiants et syndicaux s’est une nouvelle fois réunie à Corte, hier, mercredi 30 mars.

Débutés peu avant 19h30, les débats ont pris fin à 21h30. Bien que tenus à huis clos, les haussements de voix et emportements de plusieurs participants étaient bien audibles à travers les portes de l’amphithéâtre Fernand Ettori.

L’enjeu était de taille : déterminer, un mois après l’assassinat d’Yvan Colonna et les tensions qui en ont découlé en Corse, la suite à donner au mouvement. Et c’est finalement l’option d’une manifestation qui a été retenue. Le rendez-vous est donné dimanche 3 avril à Ajaccio, à 15h au départ des Salines, « au niveau de la Fnac », jusqu’au palais Lantivy.

Quoique réalisée « dans une démarche d’union et de consensus » selon Pierre-Marie Bourdin Muracciole, du Cunsulta di a Gjuventù Corsa, chargé de la lecture du bref communiqué en fin de soirée, cette décision de grande mobilisation n’a néanmoins pas été votée de façon unanime au sein du collectif.

Les membres du syndicat Gjuventù Paolina ont ainsi quitté la faculté visiblement énervés et sans attendre la lecture du communiqué. Du côté de Femu a Corsica, représenté par cinq personnes seulement, avec l’absence notable du président du conseil exécutif Gilles Simeoni, pas d’esclandre, mais une certaine réticence.

Pour cause : la veille, le parti de la majorité territoriale avait aspiré lors de son cunsiglu naziunale, tenu dans le même amphithéâtre, à un retour au calme et à la mise en place d’un cycle de négociation fort avec l’Etat, pour un règlement du conflit autour d’une table plutôt que dans la rue. Un voeu qui n’a manifestement pas été entendu. 

Plus tôt dans la journée, il se murmurait que Femu a Corsica aurait d'ailleurs pu acter, à l’occasion de cette réunion, son départ de la coordination. Un choix que le parti n’a finalement pas choisi d’opérer, préférant se ranger - selon les mots d’un de ses représentants - derrière l’avis de la famille d’Yvan Colonna, partisane de la tenue d’une manifestation.

"L’heure est plus que jamais à la mobilisation pour faire valoir ses exigences dans la discussion"

Reste tout de même ceux qui sont ressortis satisfaits, voire très satisfaits, du rendez-vous. L’idée d’une manifestation était ainsi soutenue depuis plusieurs jours par les syndicats étudiants Ghjuventù indipendentista et Ghjuventù Corsa, et par Corsica Libera, notamment.

Pour Petr’Antone Tomasi, militant du parti indépendantiste, « on essaie de créer une sorte de débat artificiel, avec l’opposition entre les discussions, le suffrage universel et la rue. Nous, nous avons joué le jeu du suffrage universel pendant des années. Et nous estimons que l’assemblée de Corse a toute sa légitimité, mais dans le système de domination tel que nous le connaissons aujourd’hui, Paris a fait la démonstration que le jeu démocratique est illusoire, et l’importance d’avoir, à côté de ce jeu démocratique et des institutions, un rapport de force populaire. »

Corsica Libera en est convaincu : « mettre en pause les manifestations n’a pas de sens politiquement, dans la mesure où nous avions déjà annoncé cette mobilisation, et également en réaction aux déclarations de Gérald Darmanin (lors de sa venue en Corse du 16 au 19 mars, ndlr) qui ne répondent pas à un processus qui est dit historique, et qui pour l’heure ressemblent plus à un nouveau statut particulier et au pire à des manoeuvres dilatoires. Nous souhaitons que la barre soit redressée, sur des bases réellement politiques, mais nous croyons que l’heure est plus que jamais à la mobilisation pour faire valoir ses exigences dans la discussion. »

Le collectif appelle d’ici là « l’ensemble du peuple corse à se joindre à (ses) côtés » le 3 avril, pour rappeler à l’Etat ses trois revendications : « ghjustizia è verità per Yvan, libertà per i patriotti et ricunniscenza di u populu corsu ».