#InCasa : Que lire, que regarder pendant le confinement ? Les conseils de nos invités très spéciaux (Episode 18)

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Chaque jour, des auteurs, corses, continentaux ou internationaux, des acteurs culturels, et des anonymes, concoctent un conseil pour nos internautes. Aujourd'hui, l'écrivain de Brooklyn William Boyle vous livre ses choix en matière de romans américains incontournables !

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Les conseils de William Boyle :

"En ces temps difficiles, je retourne vers les livres qui m'ont le plus marqué par le passé. Je trouve un grand réconfort chez eux - parce qu'ils m'ont appris à écrire, et à vivre, mais également parce que, d'une certaine manière, je m'y sens à la maison. Alors voilà dix livres dans lesquels je me suis replongé durant la quarantaine, que je recommande chaudement. 
 

  • Carson McCullers, Le coeur est un chasseur solitaire (Stock/Le livre de poche)

Aucun écrivain américain, peut-être, n'est doué de plus d'empathie que Carson McCullers. Elle est capable de saisir des émotions sur une page comme aucun autre. Je ne me sens jamais manipulé lorsque je lis ses livres - je me souviens au contraire que, lorsque j'étais un jeune lecteur, et un écrivain débutant, j'adorais ça. 
 

 

  • Tim O’Brien, Les choses qu'ils emportaient (Gallmeister)

Voilà un livre que j'ai lu au lycée, et qui m'avait stupéfié. Je n'avais pas la moindre idée que l'on pouvait faire ce que O'Brien faisait. Au fur et à mesure que je grandissais, et que je perdais mes illusions d'enfant, c'était vraiment très important d'avoir ce livre pour modèle. Un livre qui me rappelait que la lâcheté et le courage pouvaient être fidèles à ce que je croyais enfant, un livre qui m'en disait plus sur ce que c'était que de perdre ce à quoi on tient, ce que c'était que le manque.
 

Ecrit avec quelque chose qui ressemble à du sang

 
  • Horace McCoy, On achève bien les chevaux (Gallimard)

Sombre, brutal, et concis.Si je faisais un liste des romans américains, essentiels, le roman d'Horace McCoy y serait à tous les coups. Etonnamment, je prends beaucoup de plaisir à me plonger vision du monde très nihiliste de McCoy. Et Gloria Beatty est l'un de mes personnages de fiction préférés. 
 


 
  • Chester Himes, L'aveugle au pistolet (Gallimard)

Je ne me lasserai jamais de Himes. Dans la série des Coffin Ed Johnson et Grave Digger Joe [Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Joe], L'aveugle au pistolet reste mon favori. Hilarant et poignant, hard-boiled et puissant.
 

  • Charles Willeford, Une fille facile (Rivages/Noir)

Le récit intense d'une descente aux enfers. Harry Jordan et Helen Meredith tombent amoureux, boivent et prennent de mauvaises décisions. Et c'est irrésistible. Comme le dit Willy Vlautin, “Une fille facile est un livre sur la folie,  . Il m'a montré qu'un roman pouvait être court, ramassé, et écrit avec un truc qui ressemblait à du sang."
 

 

Des livres dans lesquels je me sens à la maison

 
  • William Kennedy, Ironweed (Belfond, épuisé)

Un livre qui a vraiment changé ma vie. Un livre sur les fantômes et les regrets. C'est une histoire sombre, qui se déroule à une sombre époque, dans un endroit sombre, et pourtant elle est pleine de désir et d'espoirs. Francis Phelan et Helen Archer, des années après, restent présents à mon esprit, comme peu d'autres personnages de fiction.   
 

  • Larry Brown, Joe (Gallmeister)
Larry Brown écrivait comme les brumes de chaleur s'élèvent du macadam... Celivre, Joe me semble si réel, presque vivant, qu'il a changé la façon dont je vois la fiction. 
Je peux sentir le sang qui palpite dans les pages. Je peux sentir que l'homme qui a écrit ce livre abordait l'écriture comme un artisan, un ouvrier. J'avais une vingtaine d'années lorsque j'ai lu Joe. Ma première réaction, ça a été que je voulais écrire sur l'endroit d'où je venais de la manière dont Brown écrivait sur l'endroit d'où il venait - avec du cran, avec mon coeur, de manière complexe, et brutale. (J'ignorais, alors que j'allais bientôt déménager de New York vers le Mississippi, à la poursuite de quelque chose [Larry Brown est né et a vécu à Oxford, dans le Mississippi, où William Boyle est désormais professeur d'université])
Brown avait du courage. Il était animé d'une énergie âpre, magnétique. Nulle part ce n'est plus évident que dans Joe, son chef-d'oeuvre. 


 
  • Ann Petry, La rue

Ce n'est pas seulement le livre que je désignerais comme le plus grand roman américain, mais également - bien que ce ne soit pas vraiment l'avis de tout le monde - , celui que je considère comme notre plus grand Roman Noir. 

 


Je suis heureux d'avoir ce livre avec moi durant les heures instables, et troublantes, que nous vivons...

 
  • Jean Rhys, Quai des Grands-Augustins (Gallimard, épuisé)

J'adore la manière dont Rhys laisse dériver ses personnages à travers le monde. Une prose épurée, déprimante dans le meilleur sens du terme, juste extraordinaire.
 

  • Katherine Dunn, Amour monstre (Gallmeister)

Un livre aussi beau qu'étrange. On peut s'y perdre sans fin. Au coeur de ce livre, une question : qu'est-ce que cela signifie, d'être un humain. Je suis heureux d'avoir ce livre avec moi durant les heures instables, et troublantes, que nous vivons..."

William 
 



William Boyle, la bio :
En 2016 un jeune auteur américain faisait une apparition remarquée sur la scène littéraire française. Gravesend, le premier roman de William Boyle, était publié pour célébrer les trente ans de la collection Rivages/Noir, orné du prestigieux numéro mille.
Depuis, Boyle ne cesse de confirmer tous les espoirs placés en lui. Il a publié deux autres romans, Tout est brisé et Le témoin solitaire. Son prochain roman, L'Amitié est un cadeau à se faire, a été repoussé par son éditeur en raison de l'épidémie de coronavirus. 
William Boyle vit depuis quelques années à Oxford, dans le Mississippi. Il est professeur à l’Université Old Miss, et disquaire spécialisé dans le rock indépendant.  


 

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