“FLNC du 22 octobre” : des peines de 2 à 13 ans

Pasqualaggi condamné à 13 ans de réclusion

Par J.Crozier, G.Bézie (avec agences)

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Pasqualaggi: 151 questions

Tout au long des 3 semaines d'audiences devant la Cour d'Assises Spéciale de Paris, le rôle déterminant de Dominique Pasqualaggi a été souvent évoqué. Une peine de 16 ans de prison a été requise contre lui. Des peines allant de 3 à 10 ans de prisons ont été demandées contre les autres accusés.

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FLNC: Neuf personnes jugées à Paris

Les accusés sont soupçonnés d'appartenir à l'une des cellules du FLNC dit du 22 Octobre démantelée après l'explosion d'une bombe qui avait couté la vie à l'un de ses militants en janvier 2006 à Aix en provence. Le procés débute le 21 mars.

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné à 13 ans de réclusion Dominique Pasqualaggi, jugé comme "meneur" d'une cellule du FLNC du 22 octobre aujourd'hui disparu, pour dix attentats commis entre 2004 et 2006.

Les magistrats ont condamné à des peines de 2 à 7 ans d'emprisonnement les huit autres accusés, a rapporté Me Pascal Garbarini. Sébastien Giudicelli, 32 ans, ancien berger décrit plutôt comme un "suiveur", a écopé de sept ans. Son oncle Xavier Luciani, 58 ans, dont les cuisines du restaurant L'Echiquier à Corte avaient servi à la fabrication d'explosifs, a été condamné à 5 ans de réclusion. Xavier Luciani, Dominique Pasqualaggi et Sébastien Giudicelli comparaissaient détenus, ayant déjà été condamnés - respectivement à 30 ans, 18 ans et 15 ans de réclusion - pour le meurtre en 2005 d'un restaurateur de Corte, battu à mort et décapité, dont la dépouille avait été jetée aux cochons. Les peines pour ces deux affaires distinctes ne seront pas confondues. Deux autres accusés, Marc Clément condamné à 6 ans et Joseph Sabiani à 7, ont été placés en détention aussitôt le verdict prononcé. Le verdict a été rendu au terme de trois semaines de débats essentiellement centrés sur l'ancien professeur d'histoire-géographie "Dumé" Pasqualaggi, 38 ans. Il avait été interpellé à l'aéroport de Marseille-Marignane, le 22 janvier 2006, quelques heures après un attentat à l'explosif contre la Trésorerie principale d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) qui avait coûté la vie au poseur de bombe Alexandre Vincenti, 24 ans. Au procès, il a finalement reconnu son rôle dans l'attentat et en a assumé "la responsabilité pénale et morale", tout en assurant n'avoir "pas réussi à dissuader" Vincenti de passer à l'acte, après une tournée des bars et des boîtes bien arrosée. L'accusation présentait Pasqualaggi comme le "seul intellectuel" d'une cellule terroriste en pleine expansion à l'époque, assez "manipulateur" pour avoir "su recruter un agent de sécurité de grande surface, un chômeur, un petit dealer toxicomane, un restaurateur ruiné", etc. Un costume de leader influent que la défense a jugé trop grand pour lui. Pasqualaggi - paraplégique depuis sa défenestration, en 2007, du troisième étage de la sous-direction antiterroriste (SDAT) - n'était pas apparu, au procès, comme un chef particulièrement impressionnant ou charismatique, surprenant même la cour, parfois, par ses maladresses. S'il avait admis avoir "eu une position importante sur le secteur de Corte" au sein du Front de libération nationale corse (FLNC) du 22 octobre, il avait assuré "avoir tourné la page du militantisme et du nationalisme". Ce que n'avait "pas cru" l'avocat général Jean-François Ricard qui avait requis 16 ans de réclusion à son encontre. Me Garbarini avait plaidé que Pasqualaggi avait "pris ses responsabilités, en avouant sa participation à des attentats et sa complicité pour d'autres". Il l'avait décrit comme "un homme brisé" ayant "fait le bilan de sa vie passée: une tragédie pour une cause qu'à l'époque il croyait légitime". Outre celui d'Aix, les accusés étaient jugés pour neuf autres attentats: contre la résidence de la soeur du député Paul Giacobbi, la résidence secondaire du député-maire de Bastia Emile Zuccarelli, la photothèque du parc naturel de Corse, l'Office du tourisme de Corte, la maison communale du Parc naturel régional à Riventosa et quatre mairies. La cour n'a pas condamné Pasqualaggi en tant que donneur d'ordres pour ces actions contre les mairies, a relevé son avocat.

 (Source: AFP)

Le portrait de Dominique Pasqualaggi

Dominique Pasqualaggi, 38 ans, est soupçonné d'être le chef de la cellule dite du "22-Octobre", ce qu'il conteste, selon son avocat, Me Pascal Garbarini. L'accusation va "présenter M. Pasqualaggi comme étant un des chefs du FLNC du 22-Octobre parce que ça leur permet de masquer les carences de l'enquête sur ce groupe qui a été particulièrement violent", a-t-il souligné à l'Associated Press. Il ne nie pas "un engagement politique certain" et son "appartenance à une cellule" nationaliste, mais "il nie être un des leaders" de ce mouvement, a-t-il ajouté.

Mais "son rôle de dirigeant ressort cependant des déclarations de plusieurs co-mis en examen", selon l'arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, qui avait été saisie après l'appel interjeté par plusieurs mis en examen contre la décision du juge d'instruction en charge de l'affaire, Gilbert Thiel, de renvoyer neuf personnes devant les assises.

Dominique Pasqualaggi est très lourdement handicapé depuis une chute de la fenêtre des locaux de garde à vue de la Sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire à Paris en juin 2007. Il ne retrouvera jamais l'usage de ses jambes et n'a plus aucune fonction urinaire ou anale. Sur ce point, le président de la cour d'assises, Philippe Jean-Draeher, a "tout mis en oeuvre avec la défense et le parquet général pour que le procès se passe au mieux", a expliqué Me Garbarini, estimant que sa place était dans un hôpital de jour et non dans une prison, même si l'Administration pénitentiaire essaie de "lui rendre le milieu carcéral moins hostile".

Dominique Pasqualaggi a été condamné en mars 2011 à 18 ans de prison en appel par la cour d'assises de Bastia pour son rôle dans l'assassinat d'un patron de bar et gérant de discothèque, Joseph Vincensini. Le corps de la victime, 53 ans, condamnée à plusieurs reprises par la justice, avait été retrouvé en mars 2005 nu, ligoté et décapité dans le coffre de la voiture de Xavier Luciani, un de ses co-accusés dans le procès qui s'ouvre mercredi. M. Luciani a pour sa part écopé de 30 de prison dans cette affaire.

L'enquête sur la série d'attentats jugée à partir de mercredi débute dans la nuit du 21 au 22 janvier 2006, lorsqu'un militant corse âgé de 24 ans, Alexandre Vincenti, est tué dans l'explosion prématurée de la charge qu'il venait de déposer devant une fenêtre de la Trésorerie principale d'Aix-en-Provence.

Les enquêteurs découvrent alors un lien entre les personnes à l'origine de ces faits et une série d'autres attentats antérieurs, "révélant ainsi l'existence et les actions d'une cellule du FLNC du 22-Octobre constituée autour de Dominique Pasqualaggi", selon l'arrêt de la chambre de l'instruction.

Interpellé rapidement après la tentative d'attentat d'Aix à l'aéroport de Marseille-Marignane, Dominique Pasqualaggi, enseignant et archéologue, reconnaît être proche du FLNC du 22-Octobre et avoir passé la soirée du 21 janvier avec Alexandre Vincenti. Devant les enquêteurs, il dit avoir caché 3,5 kilos de dynamite dans les égouts après la mort de son ami. Ces explosifs, au total 35 bâtonnets ainsi que des détonateurs, sont de même nature que ceux utilisés par les entreprises de génie civil.

S'il a aussi admis fournir les explosifs au groupe clandestin corse, M. Pasqualaggi a cependant tenté de faire porter la responsabilité de la tentative d'attentat à son complice, qu'il dit avoir tenté de dissuader de passer à l'acte. Reste que le séjour de ce dernier et d'Alexandre Vincenti sur le continent avait pour but de récupérer les explosifs dans l'Ain auprès d'un entrepreneur en BTP, Albert Serrand, qui a reconnu leur avoir remis.

Au cours de l'instruction, Dominique Pasqualaggi a nié la participation des membres de sa cellule à une dizaine d'actions terroristes et affirmé qu'il n'avait jamais participé à un quelconque attentat sur le terrain. Parmi les actions imputées au groupe par les enquêteurs et le juge d'instruction, outre celle d'Aix, figurent les attentats commis contre la résidence secondaire d'Emile Zuccarelli en octobre 2004 en Haute-Corse ou contre la maison familiale des Giacobbi à Lugo di Venaco en août 2004. (Source: AP)

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