Le Premier ministre annonce 10 mesures

Jean Marc Ayrault mobilise 4 ministères et insiste sur la lutte anti-blanchiment

Par Jean CROZIER (avec agences)

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Les mesures annoncées lundi par Jean-Marc Ayrault pour renforcer la lutte contre le crime organisé en Corse ont été accueillies avec un certain scepticisme dans l'île, où la classe politique les juge tardives et se dit "en attente de résultats". Pour le député UMP Camille Rocca Serra (Corse-du-Sud), "les événements récents justifient les moyens annoncés par le gouvernement", mais, prévient-il, il est "comme tous les Corses, en attente de résultats". Le représentant de la Gauche autonomiste, Vincent Carlotti, s'est déclaré "satisfait", estimant que le gouvernement avait pris "des mesures sérieuses, avec plus de moyens d'investigation, au lieu de mettre en place des mesures spectaculaires comme par le passé". L'aspect financier lui semble "adéquat" pour encadrer les flux d'argent du crime, a ajouté ce responsable régional de l'Association Anticor. "Les enjeux en Corse sont énormes", insiste-t-il. Toutefois, "ces mesures arrivent non pas trop tard, mais très tard", selon cet ancien maire d'Aléria (Haute-Corse), qui déplore que "l'Etat français (ait) laissé le banditisme corse s'installer avec son obstination de la lutte contre le nationalisme". Du côté des nationalistes, on reste peu convaincus par des "effets d'annonce qui sont rarement suivis", a réagi Ghjuvan Filippu Antolini, porte-parole du parti Corsica Libera. "Nous dénonçons cette volonté d'amalgame entre le nationalisme et le banditisme, le maintien des juridictions d'exception, et nous restons vigilants quant aux mesures financières pour ne pas se retrouver comme à l'époque du préfet Bonnet, où l'on s'attaquait aux petits et jamais aux gros", a-t-il ajouté. Les nationalistes jugent que "pour enrayer la spirale mortifère liée notamment à la convoitise du littoral et du BTP, il faut mettre en place une citoyenneté corse et un statut de résident qui permettrait l'achat d'immobilier après dix ans (seulement, ndlr), afin de lutter contre la spéculation", foncière notamment.(Source: AFP)

Des moyens pour la justice en Corse

De nombreux assassinats en Corse sont liés à des affaires financières mais le pôle économique et financier régional du tribunal de Bastia chargé de lutter contre cette forme de délinquance n'a plus les moyens de le faire, déplorent des magistrats en poste dans l'île. Ce pôle, spécialisé dans la lutte contre la délinquance financière, notamment dans les collectivités locales, avait été créé après l'assassinat, en 1998, du préfet de Corse Claude Erignac. Ce fut le premier créé en France. "Aujourd'hui, beaucoup d'assassinats en Corse sont liés à des affaires financières et je constate que les affaires n'avancent pas beaucoup", a déclaré vendredi l'avocat général au parquet général de la cour d'appel de Bastia Francis Battut, au micro de France Bleu Radio Corse Frequenza Mora. M. Battut a été le premier responsable du pôle économique et financier de Bastia qu'il a dirigé durant cinq ans. "De 1999 à 2004, les affaires sortaient", a indiqué M. Battut, précisant qu'une "quarantaine de dossiers étaient traités au début" du fonctionnement du pôle régional. Le pôle régional est spécialisé dans la lutte contre la délinquance financière, notamment le favoritisme dans les marchés publics, les prises illégales d'intérêt et autres malversations liées à l'activité des collectivités locales. M. Battut a souligné que ce pôle était composé au début d'un représentant du parquet, d'un juge d'instruction spécialisé dans les affaires financières et de trois assistants spécialisés alors qu'il n'y en a plus qu'un aujourd'hui. Membre de l'Union syndicale des magistrats, Jean Leandri, du tribunal de grande instance d'Ajaccio, a déploré sur la même antenne le "naufrage" de ce pôle, devenu "une coquille vide". Pour M. Battut, "il faut donner des moyens supplémentaires à la justice en Corse mais il faut aussi une volonté politique" pour lutter contre la délinquance financière et le crime organisé.  (Source: AFP)

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