La mention « régionaliste » inscrite sur un courrier de la Collectivité de Corse au ministre de l’Education nationale

Sur la lettre officielle que France 3 Corse ViaStella a pu se procurer, le mot « régionaliste » a été tracé à la main. « Fichage » des élus nationalistes ou simple maladresse ? Le service de communication de Jean-Michel Blanquer assure que « ce n’est pas dans les habitudes du ministère »

« Il est particulièrement dérangeant de voir que les institutions sont traitées non pas par rapport à leur compétences mais par rapport à l’appartenance des majorités », juge Lauda Guidicelli
« Il est particulièrement dérangeant de voir que les institutions sont traitées non pas par rapport à leur compétences mais par rapport à l’appartenance des majorités », juge Lauda Guidicelli © France 3 Corse

 

« Régionaliste » : un seul mot, inscrit à la main sur un courrier adressé par Lauda Guidicelli, conseillère exécutive en charge des Sports à la Collectivité de Corse, à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale de la jeunesse et des Sports.

Qui a apposé la mention ? A quelles fins ? S’agit-il de la maladresse d’un conseiller chargé de trier le courrier au ministère ou d’un « fichage » systématique des élus locaux ? Difficile à dire à ce stade car le service de communication du ministère n’a pas encore répondu officiellement aux sollicitations de France 3 Corse ViaStella.

L’affaire remonte à plusieurs mois en arrière.

Compétences corses

Septembre 2020, la préfecture de région demande à l’Assemblée de Corse de se prononcer sur un projet de décret ministériel voué à fixer les règles de composition et de fonctionnement de l’Agence nationale du Sport et de ses déclinaisons territoriales, les conférences régionales du sport et les conférences des financeurs du sport.

L’Assemblée délibère et rend un avis défavorable, considérant que le texte ne tient pas compte de la loi de 2002 qui prévoit que « la collectivité territoriale de Corse est compétente pour conduire les actions en matière de promotion des activités physiques et sportives, d'éducation populaire et d'information de la jeunesse ». 

En novembre, Lauda Guidicelli, la conseillère exécutive en charge des Sports écrit un courrier à Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale de la Jeunesse et des Sports. L’objectif : obtenir un rendez-vous pour discuter du décret et faire valoir la position de la Collectivité de Corse.

Fin décembre, le ministère répond par le biais d’un mail rédigé par l’assistante de Laurent Petrynka, conseiller sports, éducation et évènements au cabinet du Ministre pour proposer un rendez-vous.

Le courrier d’origine est joint au mail. Avec une modification manuscrite, donc : le mot « Régionaliste », inscrit à côté du nom de la conseillère exécutive. 

« Stigmatisation politique»

« J’ai été très étonnée de lire cette mention,  assure Lauda Guidicelli. Je veux croire qu’il s’agit d’une maladresse ou d’un raccourci, mais cela interroge ». L’élue nationaliste dit « assumer [son] engagement » mais estime que la mention « régionaliste » la « stigmatise politiquement » alors que son courrier « avait pour objet une demande d’entrevue pour parler de la future gouvernance du sport ».

« Il est particulièrement dérangeant de voir que les institutions sont traitées non pas par rapport à leur compétences mais par rapport à l’appartenance des majorités », poursuit Lauda Guidicelli. Et de poser la question : « Le ministère applique-t-il le même traitement aux douze autres régions ? Quand un conseiller de Valérie Pécresse écrit une lettre, est-ce qu’on inscrit LR dans la marge ?».

Pour la conseillère exécutive, le procédé « n’est ni très moderne, ni très innovant », de la part d’un gouvernement qui affiche pourtant une volonté de proximité avec les élus locaux.

Si l’affaire peut paraitre anecdotique, elle arrive dans un contexte de tensions particulièrement prononcées entre la majorité nationaliste de l’Assemblée de Corse et le gouvernement.

« Neutralité administrative »

Faut-il pour autant y voir une volonté de l’administration d’Etat de signaler les nationalistes corses ? Rien ne l’indique, même si une certaine gêne semble entourer l’affaire du côté du ministère.

Contactée par téléphone, l’assistante de Laurent Petrynka explique « ne pas savoir de quoi il retourne et n’y être pour rien » n’ayant « qu’un rôle administratif et totalement neutre ».

Contacté également, le service presse du ministère affirme ne pas avoir eu connaissance de l’affaire mais indique que la classification politique des élus régionaux  « n’est pas dans les habitudes » de la maison.

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