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Le SC Bastia, un club de football au coeur de l'identité corse

Victor Lorenzi. Sous sa présidence, le Sporting glana pas moins de 8 titres de Champion de Corse et 8 Coupes de Corse. / © Archive, spiritu-turchinu.com
Victor Lorenzi. Sous sa présidence, le Sporting glana pas moins de 8 titres de Champion de Corse et 8 Coupes de Corse. / © Archive, spiritu-turchinu.com

"Le Sporting, c'est la Corse" : club corse historiquement le plus performant en Ligue 1 de football, le SC Bastia constitue un point de repère identitaire fort pour ses supporters,  et même le vecteur d'un militantisme nationaliste pour certains d'entre eux.

Par Célia Mascré (avec AFP)

"Bastia a été pendant très longtemps le seul club corse en Ligue 1, même plus que ça, il a été la Corse", résume l'historien Didier Rey, auteur de "La Corse et son football".

"Etre supporter de Bastia, ça entraîne quelque part un certain militantisme, même pour ceux qui ne voteraient pas du tout nationaliste : c'est l'esprit "Turchini", l'esprit "bleu", des couleurs du club, abonde le docteur en sciences politiques Thierry Dominici, décrivant de jeunes supporters "pas très structurés politiquement", "plutôt dans des logiques de précarité" et vivant avec le sentiment qu'on leur oppose toujours un "discours anticorse".

Revendiquer la fierté corse

Dans les incidents ayant impliqué au cours de derniers jours des supporters du club bastiais et dans certaines réactions, politiques notamment, qu'ils ont entraînées, transparaît souvent la revendication de la fierté corse, ou la dénonciation d'un racisme anti-corse.

L'histoire du SC Bastia de 1905 à 1994 par FR3 Corse

Samedi soir, dans des circonstances encore floues, un supporter bastiais a été gravement blessé à Reims dans des heurts avec la police après le match Reims-Bastia remporté par Bastia et huit supporters doivent comparaître prochainement devant la justice. Depuis, plusieurs manifestations de soutien, organisées notamment par des syndicats étudiants nationalistes et ayant entraîné des incidents
sans faire de blessé, ont eu lieu en Corse.

Le Football, élément d'identification française ?


"Dans tous les mouvements nationalitaires qui portent un projet de nation, l'équipe de football a été un vecteur", rappelle l'ethnologue Christian Bromberger, auteur notamment du "Match de football - Ethnologie d'une passion partisane à Marseille, Naples et Turin". Outre l'exemple corse, M. Bromberger évoque aussi ceux du FC Barcelone en Catalogne, ou des clubs de football wallons et flamands
en Belgique.

Historiquement pourtant, le lien entre football et nationalisme n'a pas toujours été évident sur l'Ile de Beauté, relève Didier Rey: "Le football est devenu petit à petit un élément identitaire très fort alors qu'à l'origine, il est au contraire considéré comme un élément d'identification à la nation française", grâce à la participation des clubs insulaires aux compétitions nationales.

"Identification générale"

Dans les années 1970, un "basculement complet" s'opère, poursuit Didier Rey. L'historien, même s'il se refuse à croire à l'existence d'un "complot anti-corse" au niveau des instances du football français, l'explique notamment par des décisions "discriminantes" de la fédération. Un seul club corse, par exemple, peut être engagé dans le Championnat de France amateur (CFA) jusqu'en 1993.

Le changement s'opère progressivement dans un contexte marqué par l'émergence dans les années 1970 du mouvement nationaliste, concomitant de la plus belle époque du SC Bastia, finaliste de la Coupe de France en 1972, troisième de D1 en 1977 et finaliste malheureux en Coupe de l'UEFA l'année suivante.
Finale de Coupe de France 1972 dans son intégralité (Archives INA)
Finale de Coupe de France 1972 dans son intégralité .(Archives INA)

Les liens entre le club et le nationalisme corse atteindront leur apogée dans les années 1990 quand le "FLNC-Canal historique
a tenté de reprendre le club, tout comme l'AC Ajaccio était aux mains du FLNC-Canal habituel", rappelle Thierry Dominici, qui est aussi post-doctorant à l'Université de Corse. A cette époque, le leader du FLNC Charles Pieri est considéré comme le président officieux du SC Bastia.

"Depuis, les nationalistes sont de moins en moins présents dans l'organigramme, mais le club, par sa souffrance, par son histoire, participe à l'identisation", le processus de construction et de développement des identités, avance-t-il.

Le 5 mai 1992, l'écroulement d'une tribune du stade de Furiani provoque la mort de 18 personnes mais aujourd'hui encore, les instances du football persistent à organiser des matches le 5 mai, ce qui est une source d'incompréhension dans l'île et nourrit un sentiment d'injustice.

Le club entretient des relations houleuses avec la Fédération française de football et -plus encore- avec la Ligue de football professionnel (LFP), comme l'a illustré mardi le "refus catégorique" opposé par le club au "diktat" de la LFP, qui souhaitait déplacer à 14h00 son match de samedi contre Nantes.

"Le samedi soir, c'est la grande sortie, que ce soit pour aller à Furiani pour voir le match si c'est à Bastia ou alors aller au bar pour
vivre le match sur beIN", observe Thierry Dominici.

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