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La démocratie fracturée

Y a t-il du gaz de schiste en France et si oui, faut-il l’exploiter ? Le débat n’a pas encore eu lieu et les pouvoirs politiques prennent sans concertation des décisions contradictoires et ambigües. Le gaz de schiste ferait-il écho à une défaite pour notre démocratie ? samedi à 15h25

Par Kathleen Garon

Depuis 2010, une étrange partie de billard se joue dans la vie politique française : elle oppose partisants et adversaires de l'exploitation des gaz de schiste. En quatre ans, ce dossier est devenu l'emblème du problème énergétique français, fait de décisions unilatérales sans aucune concertation citoyenne.

La démocratie fracturée


En 2010, Jean-Louis Borloo accorde des permis d'exploration pour des hydrocarbures non-conventionnels, provoquant l'ire des habitants des régions concernées. En Ardèche, dans le Gard ou en Seine-et-Marne, partout où des permis ont été octroyés, les gens se mobilisent. Personne ne veut voir des compagnies pétrolières forer le sous-sol pour extraire des énergies fossiles. Face à la pression de simples citoyens, des maires et des élus locaux, Nathalie Kosciusko-Morizet qui succède à Jean-Louis Borloo, annule les permis. Et le 13 juillet 2011, le parlement français vote une loi interdisant le recours à la fracturation hydraulique. Le sort des gaz de schiste est alors scellé en France : la seule technique connue pour les extraire étant inaccessible, les gaz, pétroles et huiles de schiste resteront prisonniers du sous-sol.

En partant à la rencontre de nombre des acteurs de cette histoire, ce documentaire lève le voile sur la complexité de la vie démocratique dès lors qu'elle touche à des intérêts industriels colossaux. En bricolant une loi dans l'urgence, la classe politique a entretenu une certaine ambiguité autour des gaz de schiste. L'article 1 de ce texte interdit la fracturation mais son article 2 organise la recherche pour une alternative. Les socialistes au pouvoir depuis deux ans refusent de l'appliquer dans son intégralité.

Le film montre également le jeu de girouette des décideurs français : opposée à ces hydrocarbures pour des raisons électoralistes, la classe politique a évolué ces dernières années en s'appuyant sur les arguments économiques des industriels : renoncer à cette ressource serait suicidaire. Les USA ont montré la voie, et là-bas, l'effondrement des prix de l'énergie menace désormais les emplois français. Au sein du parti socialiste, deux camps s'affrontent : le premier, incarné par le député Christian Bataille ou le ministre Arnaud Montebourg, en faveur d'une exploitation ; le second, représenté par les ex-ministres Delphine Batho et Nicole Bricq, hostile à l'extraction de ces hydrocarbures d'un nouveau genre. A l'UMP, le député Christian Jacob -à l'origine de la loi interdisant la fracturation- plaide désormais en faveur de l'exploration et, à terme, de l'exploitation.

Pour partie, les gaz de schiste ont donné le tempo de la valse des ministres de l'environnement, sous la présidence de François Hollande. Les industriels du pétrole et du gaz poursuivent leur lobbying pour faire émerger des alternatives à la fracturation hydraulique, les habitants restent mobilisés, la classe politique maintient le statut-quo. Et la partie de billard est toujours en cours, laissant entrevoir un futur où la France ne laissera pas ce précieux or noir dormir dans les profondeurs.

Un film de Laure Noualhat
Production - Betula Productions a vec la participation de France 3 

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