Alsace : la bière de Noël, très attendue par les brasseurs et les consommateurs, fait son grand retour

Publié le
Écrit par Noémie Gaschy

Après une saison 2020 perturbée par la fermeture des restaurants, la bière de Noël devrait à nouveau faire sensation cette année. Elle est lancée ce lundi 8 novembre par les Brasseurs d'Alsace. Un plaisir des périodes de fêtes, devenu indispensable pour les professionnels comme les consommateurs.

Elle est l'une des boissons phares de la fin d'année dans la région : la bière de Noël vient d'être lancée officiellement ce lundi 8 novembre par les Brasseurs d'Alsace. À travers ce rendez-vous - généralement fixé six semaines environ avant Noël - les professionnels veulent créer l'événement : ce produit éphémère "tendance" leur permet d'exister dans une période peu propice à la bière.

Élus, brasseurs, professionnels de la restauration, houblonniers... toute la filière a participé au lancement de ce breuvage emblématique. "L'idée, c'est de recréer une dynamique autour de nos produits là où on ne boit généralement que peu de bière, confie Dominique Baudendistel, président du comité des brasseurs d'Alsace et président de la brasserie Licorne à Saverne. 

Les fabricants se sont concertés pour établir le début de la saison à début novembre, même si la boisson est déjà présente sur les étales de certains supermarchés depuis la mi-octobre. "Démarrer trop tôt n'aurait pas de sens, c'est comme proposer du chocolat de Pâques en février... Cela casserait l'effet d'attente", complète Eric Trossat, gérant de la brasserie Uberach, qui écoule d'ordinaire 140 hectolitres sur les deux mois.

Un succès de vente pour les brasseries

Une stratégie commerciale bien rodée car l'enjeu est de taille. Surtout cette année, après un cru 2020 catastrophique pour certains. La fermeture des restaurants avait contraint les brasseurs à jeter une partie voire toute leur production de bière de Noël, impossible à liquider après la réouverture au printemps. Un coup dur pour eux, alors que la boisson est devenue ces dernières décennies un incontournable de leur catalogue.

On a essayé de faire nos rebelles une année et de ne pas faire de bière de Noël, on n'a jamais recommencé

 

- Eric Trossat, gérant de la brasserie Uberach

Elle représente 20 % des ventes réalisées par Eric Trossat en novembre et décembre : "Si on n'en a pas, on ne vend pas grand-chose. On a essayé de faire nos rebelles une année et de ne pas faire de bière de Noël, on n'a jamais recommencé, sourit-il. Il y a une vraie attente. Les clients nous demandent quand elle arrive".

La bière de Noël est apparue dans la région à la fin des années 1980 lorsque la brasserie Schützenberger a eu l'idée d'importer le modèle belge. À cette époque, on buvait quasi exclusivement de la bière blonde en Alsace, alors qu'en Belgique, les brasseurs produisaient déjà depuis un siècle leur fameuse bière de Noël. À l'automne, pour liquider leurs réserves de malts et de houblon, ils préparaient un dernier brassin qu'ils offraient à leurs employés et à leurs meilleurs clients. Une bière très riche qui, peu à peu, a connu un énorme succès dans le pays.

À chaque brasseur sa recette

Schützenberger, puis d'autres, s'en sont donc emparés en Alsace. Et chacun a sa recette. Certains, comme la brasserie Licorne, n'apportent que de petits ajustements d'année en année. "Il est important que les clients ne soient pas perturbés, la bière de chaque brasseur doit être reconnaissable, selon Dominique Baudendistel. Mais on retrouve nécessairement des épices en lien avec Noël". Des arômes d'orange et de cannelle et des extraits de badiane, en l'occurrence pour la Licorne 2021. D'autres préfèrent varier les plaisirs d'un cru à l'autre. "On peut se permettre de tenter des choses sur ce produit", estime pour sa part Eric Trossat.

Quoi qu'il en soit, la véritable bière de Noël coche théoriquement des caractéristiques bien précises : elle doit être brune ou ambrée, comporter une certaine teneur en alcool (pour passer l'hiver), avoir une certaine épaisseur (car ce n'est pas une bière de soif, mais de dégustation), et elle ne se boit pas froide.

Beaucoup de microbrasseurs en Alsace préfèrent faire des bières grand public à 5 ou 6 degrés d'alcool seulement et avec des arômes artificiels

 

- Raphaël Marsaing, vendeur au Village de la bière à Strasbourg

"Quelques microbrasseurs jouent le jeu avec une bière relevée, épicée, pleine de personnalité, mais beaucoup d'autres en Alsace préfèrent faire des bières grand public à 5 ou 6 degrés d'alcool seulement et avec des arômes artificiels", regrette Raphaël Marsaing, vendeur au Village de la bière, rue des Frères à Strasbourg, l'un des plus anciens magasins de bière de France.

Opération séduction face à la jeune génération

Dans cette guerre entre "le produit au rabais et le haut de gamme", il affirme militer face à ses clients pour les bières authentiques, qui "ne se sont pas laissées cannibaliser par la grande distribution". Il fait aussi la promotion de la bière de Noël à la jeune génération, moins attirée par cette boisson "douce et épicée, alors que depuis quinze, vingt ans, la tendance est à l'amertume et au fruité. Les jeunes de 20 ou 30 ans n'ont pas cette vision de se dire que la bière de Noël est la bière qualitative de fin d'année car depuis l'avènement des micro-brasseries, on en trouve toute l'année", explique-t-il.

Quatorze bières de Noël alsaciennes seront disponibles à la vente cette année. À consommer avec modération, bien sûr. Malgré l'augmentation du prix de certains matériaux (carton, verre...) et des matières premières, les brasseurs l'assurent, les prix ne seront pas revus à la hausse. Ils risquent en revanche de décoller l'an prochain.