En Alsace, face à la menace de la peste porcine, les éleveurs restent vigilants sans être alarmistes

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Écrit par Cécile Poure

Après la découverte d’un foyer de peste porcine africaine juste de l’autre côté du Rhin, mardi 25 mai dernier, les éleveurs porcins alsaciens sans être fatalistes restent vigilants. Ils craignent davantage la mauvaise publicité de cette affaire que de réelles conséquences sanitaires. D'autant que la période est déjà, pour eux, particulièrement délicate.

Un foyer de peste porcine africaine (PPA) a été confirmé mardi 25 mai 2022 en Allemagne, dans un élevage porcin situé à proximité de la frontière française. Cette maladie virale, non transmissible et sans danger pour l’Homme, est mortelle pour les porcs et les sangliers. L'élevage en question a été décimé.

Pour l'instant, aucun cas en Alsace n'a été détecté, mais le cas allemand, situé à Forchheim (Bade-Wurtemberg) à 6 km à peine de la frontière française, ne laisse rien présager de bon. 

Un protocole sanitaire strict

L’Alsace compte une cinquantaine d'élevages porcins spécialisés et près de 200 autres exploitations qui le pratiquent entre autres choses. Mathieu Schneider est responsable de la filière porcine des jeunes agriculteurs du Bas-Rhin. Lui-même est éleveurs de porcs à Schwenheim (67) dont il tire 95% de ses revenus.

Le cas de peste porcine en Allemagne, tout près de la frontière alsacienne, ne l'alarme pas plus que ça. A vrai dire il s'y attendait.

" Depuis le cas détecté en Belgique en 2018, nous sommes de toute façon sur le qui-vive. En 2019, suite à cela, tous les éleveurs français ont dû passer des formations sur la biosécurité."

Mesure de bio sécurité pour prévenir la peste porcine by France3Alsace on Scribd

La formation est obligatoire. On y apprend un protocole sanitaire stricte afin, préventivement, d'empêcher tout contact direct et indirect des porcs avec des sangliers.

"Cela passe par des mesures très concrètes, comme par exemple la mise en place d'un sas sanitaire hermétique, changer de vêtements et de chaussures entre les deux zones, une double clôture pour l'élevage en plein air, gérer les flux de transports. A ma connaissance, tous les éleveurs alsaciens sont à jour avec ces consignes." 

Et Mathieu de poursuivre. "Nous sommes prêts, oui, on peut le dire. La barrière du Rhin n'est pas étanche à 100% mais on va rester positif et optimiste. Il est possible que l'élevage allemand ait été infecté par un saisonnier étranger et que les sangliers alentours ne soient pas contaminés." 

Une situation difficile

Mathieu Schneider est plus inquiet des répercussions économiques de cette crise que du volet purement sanitaire.

"Franchement, je ne me fais pas de souci pour mon élevage, je l'ai dit nous sommes prêts, vigilants et nous respectons les règles de biosécurité. Non, ce qui me fait peur, je vais vous le dire, c'est la mauvaise publicité que la peste porcine peut faire à notre travail et notre viande. Les gens pourraient se détourner de la viande de porc, à l'export aussi même si c'est avéré : il n'y a aucun risque à manger de la viande d'un porc contaminé."

Ce qui me fait peur c'est la mauvaise publicité que la peste porcine peut faire à notre travail et notre viande.

Mathieu Schneider, éleveur de porcs

Une mauvaise publicité dont Mathieu voudrait bien se passer. Comme tous les éleveurs, il est dans une période particulièrement délicate. La flambée des matières premières fragilise son exploitation. "C'est simple, le prix des céréales a augmenté de 30 à 50% par rapport à 2021. Les aliments que je donne à mes porcelets sont eux passés de 300 euros la tonne à 400. Heureusement que je cultive du blé et du maïs bon ce n'est pas suffisant."

D'autant que cette augmentation ne se répercute que très peu sur le prix de sa viande. " 20 à 30 centimes de plus à peine, pour entrer dans nos frais il en faudrait 70. Aujourd'hui nous sommes à 1.70 euros. Ce n'est pas assez. Si les prix baissent à cause de la peste porcine, nous sommes foutus." 

La France a connu la peste porcine en 1964, 1967 et 1974. Depuis aucun cas n'a plus été détecté.