Pourquoi les champs de tournesols se multiplient dans le Haut-Rhin depuis ces dernières années

Publié le Mis à jour le
Écrit par Vincent Lemiesle .

Depuis 10 ans, dans le Haut-Rhin, on voit fleurir des champs de tournesol. Des tournesols soigneusement sélectionnés pour leurs graines qui serviront de semences dans les grandes régions productrices. Une culture à la fois rémunératrice et très exigeante.

Tous les matins, de bonne heure, avant la sortie des abeilles, c'est le même rituel. Depuis le début de la floraison, Jean-Michel Habig arpente, avec son équipe, son champ de tournesols. Rangée par rangée, chaque plan est ausculté. Les mâles et les femelles sortiront indemnes de l'examen.

Les plans hybrides, ceux qui contiennent à la fois des organes reproducteurs mâles et femelles seront arrachés sans pitié. Ils pourraient parasiter la reproduction.

Dans ce champ, le tournesol n'est pas cultivé pour presser ses graines et en faire de l'huile mais pour servir de semence l'année prochaine dans les régions productrices. Les variétés de tournesol doivent être soigneusement sélectionnées.

La sélection

Cela implique, concrètement, que le pollen des fleurs mâles fécondent exclusivement les fleurs femelles. "Il peut arriver que certaines fleurs femelles contiennent également du pollen, ce qui se matérialise par une couronne noire. Ces fleurs-là il faut les enlever de manière à préserver  exclusivement le croisement entre le pollen des fleurs mâles et les fleurs femelles pour obtenir la variété escomptée". Ce qui est important pour conserver la pureté variétale et donc la qualité de la semence produite, explique Anne-Laure Moyses ingénieur agronome.

Si ce travail de sélection n'était pas fait  cela se traduirait par exemple par des différences dans les tailles, les critères de qualité ou les teneurs en huile.

La pollinisation

Après avoir passé au peigne fin le champ de tournesol, l'équipe passe le relais aux abeilles qui vont assurer leur part de travail : la pollinisation. Pour ce faire, les producteurs de tournesol font appel à des apiculteurs.

Pas moins de quatre ruches par hectare sont nécessaires pour inonder le champ en abeilles. Résultat garanti.

Pour Jean-Michel Habig, et les quelques autres agriculteurs du Haut-Rhin qui se sont lancés dans l'aventure il y a une dizaine d'années, si cette production s'avère très contraignante elle n'en est pas moins rémunératrice. "Cette filière a été lancée dans le but, surtout, d'avoir de la valeur ajoutée pour le producteur", souligne l'exploitant.

Le tournesol a toute sa place en Alsace. Il permet de préparer la culture suivante grâce à son système racinaire très développé

Jean-Michel Habig, agriculteur

De plus, elle s'intègre bien dans la rotation des cultures. "Le tournesol a toute sa place en Alsace. Il permet de préparer la culture suivante grâce à son système racinaire très développé, ce qui permet de travailler le sol en profondeur", explique l'exploitant.

Une culture de niche

Chaque année, la coopérative agricole de céréales du Haut-Rhin met en place dans le département entre 150 et 500 hectares, suivant les besoins nationaux ou internationaux en graines. Cela reste relativement restreint, la particularité de la culture de semence exigeant de rester sur de petites surfaces. "Il ne faut pas qu'il y ait un autre tournesol à moins de 700 mètres pour éviter la pollinisation croisée. C'est une culture de niche", explique Jean-Michel Habig. 

Les graines produites dans le Haut-Rhin seront semées dans le Sud-Ouest ou en Europe de l'est. Cette année, malheureusement, les surfaces de production ont été amputées de 150 hectares suite au conflit russo-ukrainien. 

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