Réforme de la police nationale : que représente la police judiciaire en Alsace ?

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Écrit par Solène Leroux

Une nouvelle journée de mobilisation pour la PJ ce lundi 17 octobre. Effectifs, localisations, inquiétudes... France 3 fait le point sur la police judiciaire en Alsace.

"Non à la DDPN" ou "liquidation judiciaire", peut-on lire sur les pancartes brandies par des policiers. Lundi 17 octobre à 12h30, une cinquantaine d'agents de la police judiciaire de Strasbourg se sont réunis devant l'hôtel de police, comme des milliers d'autres agents partout dans le pays. Certains d'entre eux tiennent des portraits larmoyants de Georges Clémenceau, le père des brigades régionales de police mobile, surnommées les Brigades du Tigre, ancêtres de l'actuelle police judiciaire.

Une date choisie à dessein puisqu'elle marque les deux mois d'existence de l'Association nationale de la police judiciaire, l'ANPJ. Alors que la colère des policiers ne retombe pas envers cette réforme, France 3 se penche sur ce que représente la police judiciaire en Alsace, et ce que sa disparition pourrait engendrer.

Moins de 200 agents de la PJ

Au total, on compte moins de 200 agents de la police judiciaire pour l'ensemble de l'Alsace. Les agents de la PJ se trouvent uniquement à Mulhouse pour le Haut-Rhin, et à Strasbourg pour le Bas-Rhin. 

A Strasbourg, ils sont 150. Un nombre qui comprend l'état-major, une quinzaine de fonctionnaires de la police technique et scientifique, ainsi que le personnel administratif. Du côté de Mulhouse, 30 agents sont affectés à la police judiciaire.

En comparaison, de manière globale, on compte environ 1 200 fonctionnaires de police nationale dans le Bas-Rhin. Dans le Haut-Rhin, actuellement département-test de la nouvelle réforme, le directeur territorial de la police nationale est à la tête de 860 policiers, incluant notamment la sécurité publique, la police aux frontières et la police judiciaire.

Davantage de dossier par policier

Depuis des mois, la police judiciaire proteste contre une réforme voulue par le gouvernement à horizon 2023. Elle vise notamment à mettre l'ensemble des policiers d'un département sous la direction d'un chef unique, en mélangeant donc la sécurité publique et la police judiciaire. Une décision qui pose plusieurs problèmes selon Michel Thomas, membre de l'Association nationale de la police judiciaire. Actuellement, la PJ est saisie par les magistrats sur des dossiers particulièrement pointus, comme du trafic de stupéfiants ou des homicides lorsque l'auteur est inconnu ou en fuite, "comme à Haguenau la semaine dernière" précise le policier, dans la PJ depuis 35 ans.

"Si on a moins de temps, on sera moins bon, forcément." 

Michel Thomas, membre de l'ANPJ

à France 3 Alsace

Or, "si on nous reverse avec la sécurité publique et départementale, au lieu d'avoir quatre ou cinq dossiers par collègue, on va en avoir 30 ou 40", assure-t-il. "On n'est pas meilleurs que les collègues de la sécurité publique, on a simplement moins de dossiers, et donc davantage de temps pour faire arriver des dossiers à leur terme." Michel Thomas en est certain : "Si on a moins de temps, on sera moins bon, forcément." 

Policiers et magistrats main dans la main

Un avis partagé par les magistrats, venus soutenir les fonctionnaires ce lundi. "On craint d'abord la dilution de leurs compétences, il faut qu'ils puissent garder leur cœur de métier", affirme Sébastien Pompey, substitut du procureur de Strasbourg.

Autre crainte, la perte d'indépendance : "Cette réforme fait que le magistrat n'a plus la possibilité de s'adresser directement à un service de police, en particulier quand il veut faire une enquête." En effet, avec la nouvelle PJ, les magistrats vont devoir "s'adresser au directeur départemental de la police nationale qui va lui-même attribuer l'enquête".

Le représentant de l'Union syndicale des magistrats "ne comprend pas cet intermédiaire inutile, qui va nous faire perdre de l'efficacité". Et de citer à nouveau l'exemple du meurtre d'une sexagénaire à Haguenau jeudi 13 octobre, qui a pu être résolu grâce à une coopération entre les directions zonales de police judiciaire de Strasbourg et Bordeaux. Avec une organisation départementale, "on n'aurait pas réussi", conclut le magistrat. 

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