Crise en Ukraine. À Strasbourg, la communauté ukrainienne s'inquiète : "Sur place, les gens sont prêts au pire"

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Depuis la fin de l'année 2021, les tensions s'intensifient à la frontière orientale de l'Ukraine, en raison des déploiements importants de troupes militaires russes. À plus de 2.000 kilomètres de là, la diaspora ukrainienne en Alsace espère que la situation ne dégénère pas, mais dit craindre le pire.

À l'Est de l'Ukraine, les rapports entre l'armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes se tendent depuis l'automne 2021. À la frontière, les bruits de bottes russes se font de plus en plus lourds, et une invasion par la Russie n'est plus à exclure. Parmi les 250 Ukrainiens qui vivent en Alsace, ils sont nombreux à être en contact permanent avec leurs proches sur place. 

Olga Vavrynchuck et Lilia Koba ont 43 et 49 ans. La première est la présidente de l'association périscolaire "École ukrainienne de Strasbourg", qui promeut la langue, l'histoire et la culture ukrainienne auprès d'une quarantaine d'enfants depuis 2010. La deuxième travaille pour les Cafés Henri, à Oberhausbergen. Respectivement habitantes de Strasbourg et Schiltigheim (Bas-Rhin), elles sont arrivées en France dans les années 2000 en provenance de l'Ukraine. Depuis 2014 et la révolution de Maïdan, elles vivent de loin ce qu'il se passe dans leur pays d'origine. 

Que vous disent vos proches sur place ?

Olga Vavrynchuk : "Ma mère, ma sœur et toute ma belle-famille sont restées en Ukraine. La question d'une attaque russe est présente dans toutes nos discussions. La plupart de nos proches sont prêts à aider l'armée à défendre le pays en tant que membre de la réserve militaire. D'autres envisagent un départ."

Lilia Koba : "Ma famille vit à Poltava, à 200 km de la frontière nord de l'Ukraine. Là-bas, les gens sont plus qu'inquiets. Le pouvoir local a demandé à mon père de prévoir une valisette avec du nécessaire de survie dedans, qu'il faille aller loin de la ligne de front, dans un centre pour les déplacés de guerre, ou même dans un endroit sous terre. Les gens sont prêts au pire. Depuis 2014 et l'annexion de la Crimée, les Russes peuvent attaquer depuis le sud. Ils ont aussi des troupes en Biélorussie au nord. Donc s'ils mènent deux opérations conjointes, les Ukrainiens peuvent se retrouver dans un cul-de-sac."

Il faut savoir que l'Ukraine n'a jamais attaqué ! Nous sommes les victimes dans cette histoire.

Olga Vavrynchuk

Directrice de l'École ukrainienne de Strasbourg

Qu'est-ce qui a changé en Ukraine depuis 2014 ?

Lilia Koba : "Pour faire face aux soldats russes, les Ukrainiens peuvent compter sur une armée qui s'est renforcée. À l'époque, il n'y avait pas d'armée à proprement parler. Les soldats n'étaient pas préparés, il allaient au front en baskets."

Olga Vavrynchuk : "Ce n'était même pas une fraction de l'ancienne armée soviétique. Mais les soldats ukrainiens gardent le front sur plus de 500 kilomètres depuis sept ans. Ils ont emmagasiné une réelle expérience de guerre."

Les Ukrainiens sont-ils les mêmes qu'il y a huit ans ?

Olga Vavrynchuk : "Ils sont plus solidaires, les Ukrainiens se sont unis depuis ce qu'il s'est passé. En plus, la parole reste libéré en Ukraine, même si certains médias russes manipulent l'information. Poutine veut déstabiliser l'Ukraine par n'importe quel moyen, même s'il n'y a pas eu de violent affrontement comme en 2014. Car il faut savoir que l'Ukraine n'a jamais attaqué ! Nous sommes les victimes dans cette histoire."

Lilia Koba : "La force russe est très présente. Ils font tout pour déstabiliser l'Ukraine et pour pousser les gens à ne pas défendre leur pays. Les Ukrainiens sont plus au fait qu'avant, mais doivent maintenant composer avec les fake news."

Le lundi 7 février, Emmanuel Macron s'est rendu à Moscou pour rencontrer le Vladimir Poutine, avant de s'envoler pour Kiev afin de s'entretenir avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Comment accueillez-vous ces visites ?

Olga Vavrynchuk : "En tant qu'Ukrainienne, je suis très reconnaissante envers les États qui se montrent de notre côté. Le président Macron s'implique dans le processus de négociation. Mais face à Poutine, il faut être ferme, et garder en tête que l'agresseur, c'est lui."

Lilia Koba : "Vladimir Poutine est en dehors d'une logique de dialogue. Il est plutôt dans une logique de violence. J'ai bien peur que tout cela n'aboutisse à rien. Forcément, il vaut mieux parler et éviter les armes, mais Poutine est imprévisible. Il est dur à canaliser, la situation peut se dégrader rapidement. J'ai peur que la situation de 2014 se répète : juste après les Jeux olympiques de Sotchi, en Russie, les affrontements avaient éclaté à Kiev. Poutine en avait profité pour lancer sa campagne de Crimée. Aujourd'hui, les Ukrainiens craignent que le scénario soit le même, après les Jeux de Pékin."

Comment la communauté ukrainienne d'Alsace vit cette situation ?

Lilia Koba : "Nous avons la chance d'être très soudés. Notre diaspora est très organisée. Heureusement que nos proches ont de la famille à l'étranger, ils peuvent compter sur nous. Le samedi 19 février, l'association PromoUkraïna, qui coordonne plusieurs associations ukrainiennes à Strasbourg, organisera une manifestation sur la place Kléber, à 15h."

Olga Vavrynchuk : "Cette manifestation sera organisée partout en Europe, avec le slogan #StandWithUkraine (aux côtés de l'Ukraine)."

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