Un chien policier mord un passant, la police lui conseille de porter plainte

Publié le Mis à jour le

Un accident s'est produit à Charleville-Mézières (Ardennes), le vendredi 1er avril, juste avant minuit. Un chien policier s'est démuselé et s'est attaqué aux mollets d'un passant. La police lui a présenté ses excuses et lui a recommandé de porter plainte.

Les faits de se sont produits le vendredi 1er avril, mais il ne s'agit pas d'une (mauvaise) plaisanterie. Un passant a été attaqué par un chien policier à Charleville-Mézières (Ardennes).

Juste avant les douze coups de minuit, pour des raisons qui seront à déterminer, ce chien est parvenu à se démuseler. Il a alors mordu les mollets de ce passant, un homme de 23 ans, vêtu d'une doudoune jaune.

L'accident s'est produit au carrefour des très passantes rue de la République, juste devant les librairies Rimbaud et la maroquinerie Fleur-Chanut, et rue Irénée Carré. C'est sur cette voie que se trouve le bar Le Rétro, à quelques mètres de là, devant lequel de nombreuses personnes étaient rassemblées (voir sur la carte ci-dessous).


Les policiers assurant la maîtrise du chien ont tenté de faire cesser l'attaque, au prix d'efforts considérables. Des badauds en ont profité pour s'attrouper autour de la scène (et filmer), pensant à une interpellation qui tournait mal.

Les forces de l'ordre ont été bien en peine d'expliquer ce qu'il se passait, à la fois à la victime, et d'autre part à la foule (en partie affolée) se trouvant sur place. Un policier a présenté des excuses et répondu à l'accompagnateur de l'homme mordu qu'"il n'aurait qu'à porter plainte après avoir été recousu".


Les pompiers ont envoyé un équipage sur les lieux pour lui porter secours. France 3 Champagne-Ardenne a pu obtenir leur confirmation "qu'il était toujours vivant", mais dans la matinée, on ignorait encore s'il était considéré comme gravement ou légèrement blessé.

Les mollets "déchiquetés"

Le jeune homme attaqué, Bryan, 23 ans, a finalement pu être directement contacté. C'était dans l'après-midi du samedi 2 avril, alors qu'il patientait toujours à l'hôpital Manchester de Charleville. Son entrée remonte à 01h00, son opération à 09h05, et sa sortie du bloc à 11h30. Depuis, il patiente pour le bilan du chirurgien. "Pour savoir si je vais pouvoir remarcher. Là, je rampe." Il attend dans la douleur...

Ses mollets littéralement "déchiquetés", chacun d'eux a nécessité la pose de 30 points de suture. Le jeune homme dit ne pas comprendre ce qu'il s'est passé, craint de rester "des mois" dans son fauteuil roulant ainsi que de perdre son emploi : un CDD de six mois à l'Imprimerie du Sanglier, qui aurait pu déboucher sur un CDI.

Bryan n'avait rien à voir avec la bagarre.

Le père de Bryan, le jeune homme mordu par un chien policier

"Bryan était un passant comme un autre", témoigne son papa auprès de France 3 Champagne-Ardenne, avec une vive émotion. "Le chien est sorti de sa cage et il a sauté directement sur Bryan. Il n'avait pas sa muselière. Il aurait sauté sur un enfant, c'était pareil. De ce que j'ai compris, hier, les policiers ont été appelés pour une bagarre. Bryan n'avait rien à voir avec ça."

"Il est sorti d'un bar avec ses copains. La police était déjà sur place pour l'affaire de bagarre, ils ont sorti le chien, mais le chien s'est carrément mis sur mon fils. Il lui a déchiqueté les mollets. Ce n'est pas un grand mot : il n'a littéralement plus de mollets. Apparemment, après la morsure, ils pendaient. Alors qu'il était au mauvais endroit, au mauvais moment : il passait sur le trottoir et ne faisait absolument rien."

"Le policier qu'on a vu avec Bryan, il a dit qu'il était à 100% en tort, et qu'il allait falloir porter plainte."
Ce qu'il compte faire, ainsi que se rendre au commissariat dès lundi afin d'y consulter les enregistrements de la vidéosurveillance. Et espérer dissiper les zones d'ombre de cette affaire.

La responsabilité de la police engagée

Aucun détail n'a été communiqué par la police nationale. L'équipe qui était initialement présente, selon les premiers éléments connus dans la matinée du samedi, intervenait pour un début de bagarre. Peut-être excité par la foule conséquente (au moins une centaine de personnes), le chien s'est libéré et a mordu un individu dont rien n'affirme (ou infirme) a priori qu'il participait à cette bagarre. 


Le parquet (les services du procureur de la République) a d'ores-et-déjà ouvert une enquête - qui devrait prendre "quelques jours" - sans attendre la plainte. France 3 Champagne-Ardenne a pu obtenir des précisions auprès du procureur Laurent de Caigny. "Un chien de la police nationale a bien mordu un individu hier soir vers minuit à Charleville-Mézières", précise-t-il en ajoutant que c'est le seul élément clair dans cette affaire. "Ça faisait effectivement suite à un appel pour une bagarre [...] à proximité d'un bar. Pour le reste, je n'ai pas d'éléments sur les circonstances dans lesquelles cette morsure est intervenue."

L'enquête va porter "tant sur les violences initiales qui ont justifié l'intervention de la police, que ce qu'il s'est passé lors de cette intervention. Par exemple, je ne sais pas du tout quel est le rôle du jeune homme qui a été blessé, ce qu'il faisait exactement là, son attitude, l'étendue de ses blessures... L'enquête va permettre de le dire." Aucune hypothèse n'est donc "exclue". En outre, un certain nombre de questions se pose au sujet du chien policier, qui a été "totalement mis à l'écart" : des "vérifications administratives et judiciaires" vont donc aussi être menées à son sujet.

Un chien policier n'est pas entraîné à mordre.

Laurent de Caigny, procureur de la République près le tribunal judiciaire de Charleville-Mézières

"Ce chien a manifestement échappé à l'usage usuel. Un chien n'est pas entraîné à mordre, mais à la percussion. C'est à dire foncer tête en avant - mais muselé - pour arrêter une personne, ou la faire chuter. Il y a des usages très précis, très encadrés." Ce qui "n'est pas ce qu'il s'est passé là. Il y a clairement eu quelque chose d'anormal, la sidération de la victime est légitime." Un vétérinaire va donc l'examiner "de près", et son passif sera évalué. La lumière devra aussi être faite sur la muselière : si elle a été volontairement enlevée, si elle était assez solide et neuve, etc.

La police municipale, arrivée peu après la nationale, n'avait rien à déclarer. La mairie n'avait aucun détail; le patron du bar tout proche n'a pas pu être joint. Il est encore trop tôt pour savoir si la victime gardera des séquelles, ou anticiper l'évolution de cette affaire.

L'inconnue réside aussi dans le destin qui attend le chien policier. "Dans certaines circonstances, je crois savoir que certains chiens mordeurs ont été euthanasiés. C'est un vétérinaire qui pose le diagnostic, pas le procureur ou la police." Tout dépendra de la procédure. Elle nécessitera au préalable de connaître les circonstances exactes de l'accident, d'étudier l'animal, et d'interroger son maître-chien - qui se retrouve lui aussi impliqué dans cette affaire. "La prudence est donc de mise", il est encore "beaucoup trop tôt" pour le savoir.