La famille de Mahamadou Cissé, tué par balle à Charleville-Mézières, proteste après la remise en liberté du suspect

Mahamadou Cissé, 21 ans, a été tué en décembre 2022 à Charleville-Mézières (Ardennes). L'homme soupçonné de l'avoir mortellement blessé, un octogénaire, a été remis en liberté vendredi 21 juillet avant un probable procès. La famille du jeune homme dénonce une décision "incompréhensible."

Le 9 décembre 2022, Mahamadou Cissé est mort à Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Le jeune homme, qui habitait dans le quartier de la Ronde-Couture, a été touché au thorax par une arme à feu.

L'homme soupçonné d'être à l'origine du tir est un voisin, un homme de 83 ans, ancien militaire. Ce dernier était placé en détention provisoire depuis les faits, mais il a été remis en liberté vendredi 21 juillet 2023.

Pour la famille de la victime, cette décision est "incompréhensible". Le prévenu, "soutenu par l'extrême droite par le biais d'une pétition et d'une cagnotte, a regagné sa liberté [...] après seulement six mois de détention", déplore leur avocat, Maître Saïd Harir, dans un communiqué daté du 21 juillet.

"La détention provisoire vise à protéger l'ordre public de faits graves, mais également à protéger l'instruction du dossier", rappelle-t-il. Il ajoute que la remise en liberté a lieu "alors même qu'aucune confrontation n'a été réalisée entre le mis en examen et le témoin direct des faits, sans que la reconstitution n'ait été réalisée et sans le retour de l'expertise balistique."

"On ne tue pas par exaspération"

Deux jours après les faits, le procureur de la République de Reims, Matthieu Bourrette, avait évoqué un possible "crime d'exaspération", lors d'une conférence de presse sur l'affaire. L'octogénaire "a indiqué lui-même qu'il était exaspéré depuis plusieurs années par la présence et le comportement d'un groupe de jeunes, et encore le soir des faits", avait-il détaillé à notre micro.

L'auteur présumé, un ouvrier retraité, ancien membre de commandos de marine ayant participé à la guerre d'Algérie, s'était retranché chez lui après avoir tiré, craignant de se faire lyncher par une "foule extrêmement virulente et vindicative", selon le récit fait par le procureur. Il avait ensuite mis en joue les policiers venus l'interpeller dans son appartement.

Selon l'ordonnance de mise en liberté, datée du 21 juillet et dont l'AFP a eu connaissance, le suspect a interdiction de détenir une arme, de se rendre dans les Ardennes et de quitter le territoire national.

Soulignant que "les témoignages évoquent un individu raciste", l'avocat de la famille de la victime estime qu'"habiter dans un quartier défavorisé et être de couleur ne devrait jamais être une justification à perdre la vie, à être 'tué par exaspération'".

En mai, quelque 300 personnes s'étaient rassemblées à Charleville-Mézières pour demander justice pour Mahamadou Cissé, et sa sœur avait évoqué un "dossier bâclé". En juin, un nouveau rassemblement était organisé devant le tribunal judiciaire de Reims. "Monsieur le procureur, on ne tue pas par exaspération", pouvait-on lire sur la banderole déployée devant le bâtiment.

Le parquet répond 

Après l'annonce de la remise en liberté du suspect, la sœur de la victime a de nouveau pris la parole dans un message vidéo diffusé sur les réseaux sociaux. "Cette décision va à l'encontre de l'idée de justice", indique-t-elle notamment. "Nous ne voulons pas que la justice nous abandonne [...] Nous voulons être traités comme tout citoyen français." Elle demande au procureur de faire appel de cette décision.

Dans un communiqué transmis le 28 juillet, le parquet de Reims indique avoir émis, le 18 juillet, un avis favorable à la demande de mise en liberté, car elle était assortie de nombreuses obligations, dont celle de "résidence à plus de 900 km" de Charleville. 

"Il appartient au magistrat instructeur de mener les investigations, notamment pour mieux cerner les circonstances de commission des faits, infirmer ou confirmer la thèse du mis en examen et appréhender dans sa complétude la personnalité [du mis en cause] ; Que pour ce faire toutes les questions de la personnalité de la victime doivent être posées sans remettre en cause l’impartialité du magistrat instructeur", précise le communiqué.

Une liste de témoins a été remise le 24 juillet par les parties civiles. Elle "devrait permettre au juge d'instruction de faire avancer son enquête", indique le parquet."Il est donc important que la juge d’instruction puisse poursuivre son instruction de manière sereine sans être l’objet de pression ou d’attaque."

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