• MÉTÉO
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • DÉCOUVERTE
  • FAITS DIVERS

Agriculture bio. L'Union européenne prolonge l'utilisation du cuivre pour sept années supplémentaires

C'est sur cette parcelle qu'Olivier Horiot cultive sa vigne bio / © Sophie Dumay / France 3 Champagne-Ardenne
C'est sur cette parcelle qu'Olivier Horiot cultive sa vigne bio / © Sophie Dumay / France 3 Champagne-Ardenne

L'annonce a pris tout le monde de court. L'Union européenne a décidé ce 27 novembre de poursuivre l'autorisation du cuivre en viticulture bio. Les vignerons ont obtenu gain de cause sur le lissage des doses d'une année à l'autre certes mais pas sur les quantités.

Par FM avec Sophie Dumay

Ouf, mais. Ce 28 novembre, les vignerons bio champenois sont tiraillés entre soulagement et inquiétude. L'Union européenne a prolongé l'autorisation du sulfate de cuivre ce mardi pour sept ans, à compter du 31 janvier 2019, date initiale d'expiration. Le cuivre est utilisé contre le mildiou, un champignon qui se développe lorsqu'il fait chaud et humide.

En Champagne, se passer de la bouillie bordelaise, mélange de cuivre et de chaux se révèle difficile. Trouver un substitut au cuivre, Olivier Horiot aimerait avoir la solution. Depuis 10 ans, le vigneron mène des expériences sur une de ses parcelles d'un hectare aux Riceys, dans l'Aube.

On utilise le cuivre de mi-mai à mi-juillet, c'est la période végétative quand les feuilles sont là et que le mildiou est présent à cause de l'humidité et de la chaleur, explique l'Aubois. Des années comme 2012 et 2016, on dépasse les seuils des 6 kg, et comme en 2015 on est en-dessous de 2 kg, d'où l'intérêt du lissage.
 

Le cuivre, une utilisation vieille de plus d'un siècle

Le cuivre est utilisé depuis la fin du XIXe siècle en agriculture. L'agence européenne de sécurité des aliments a préconisé de diminuer encore les doses pour que ce produit obtienne sa ré homologation. Soit 4 kg par hectare et par an. Cette nouvelle préconisation pose problème dans tous les vignobles septentrionaux comme en Champagne. "En Champagne, les vignerons vont utiliser en moyenne entre 4 et 5 kg par an. C'est une moyenne car certaines années, on est à moins de 2kg", souligne Sébastien Debuisson, responsable vignes au Comité Champagne.

Le cuivre fait partie des oligo éléments et des éléments trace métallique présents dans les sols. Dans certains endroits de Champagne, la concentration en cuivre peut être jusqu'à 20 fois supérieure aux normes autorisées. "Le cuivre s'accumule dans les sols et reste dans les premiers horizons du sol, donc il va s'accumuler", prévient Benjamin Cancès, enseignant chercheur géo-chimiste de l'environnement à L'Urca.

Pour s'affranchir du cuivre, Olivier Horiot a testé de nombreuses solutions naturelles mais le résultat est sans appel :

On arrive à baisser les quantités les années faibles, avec des tisanes, des huiles essentielles ou d'écorces de levure. Mais on sait que ça ne tient pas quand c'est trop élevé.

Des expériences menées par les services techniques de l'interprofession du comité Champagne les conclusions sont identiques. "Il n'y a pas d'alternative, tranche Sébastien Debuisson. Si on doit diminuer les doses de cuivre, il faut les compléter, mais on ne peut pas s'en passer."

Et Olivier Horiot d'ajouter : "Il n'y a pas d'alternative, y compris pour l'agriculture conventionnelle. D'autant plus qu'on se rend compte que certains produits utilisés pour s'affranchir du cuivre sont reconnus comme cancérigènes, mutagènes ou toxiques. Finalement le cuivre est très utile à tout le monde."
 


Autrefois, le cuivre était utilisé sans réglementation. Il pouvait dépasser de 30 à 40 fois les doses aujourd'hui autorisées, mais il a été aussi associé à d'autres traitements. "En agriculture conventionnelle, on utilise le cuivre et d'autres molécules de synthèse qui vont jouer sur la vie du sol, détaille  Benjamin Cancès, enseignant chercheur géo-chimiste de l'environnement à L'Urca. Son activité microbienne, c'est-à-dire sa capacité à répondre au besoin des plantes, sa teneur en eau et son aération."

Bruxelles a donc voté la prolongation du cuivre pour 7 ans à 4 kg par hectare en moyenne. Si le lissage n'avait pas été obtenu, la France par la voix de ses députés aurait pu objecter cette décision. Passer de 6 à 4 kg, le consensus va demander de nouveaux efforts financiers aux exploitations bio avec des diminutions de récolte et peut-être un frein aux conversions en agriculture biologique.
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Tournesol géant

Les + Lus