Aube : pour Amandine, candidate à Miss junior agricole 2020, “il faut casser les préjugés sur la profession”

Amandine, lycéenne à Saint-Pouange dans l'Aube compte bien être élue Miss junior agricole 2020. / © Document remis / Coralie Paris.
Amandine, lycéenne à Saint-Pouange dans l'Aube compte bien être élue Miss junior agricole 2020. / © Document remis / Coralie Paris.

Les jeunes agriculteurs de l'Aube soutiennent Amandine Parïs, une jeune lycéenne auboise, pour l'élection de Miss junior agricole 2020. Une initiative qui veut mettre en valeur le monde agricole autrement, à travers les femmes et les hommes qui le font vivre.

Par Matthieu Mercier

Une miss sans couronne, sans défilé et sans paillettes, les pieds sur terre avec la même envie de représenter la France que les autres miss et une culture générale plus axée sur le monde agricole. Alors que les agriculteurs se préparent à défiler à Paris, et que l'agri-bashing se développe. Amandine Parïs, une Auboise de 17 ans, veut donner une autre image de la profession familiale d'agriculteurs qu'elle a choisi d'embrasser. Cette jeune femme actuellement en première au lycée agricole de Saint-Pouange dans l'Aube s'est lancé dans une aventure de miss originale, le concours Miss et Mister junior agricole 2020.

"Bonjour, j'ai 17 ans, je suis actuellement en première pour un BAC pro CGEA (conduite et gestion de l'exploitation agricole) au lycée agricole de Saint-Pouange dans l'Aube, annonce-t-elle sur sa page Facebook. Je souhaiterais faire un BTS PA (production animale) et pourquoi pas reprendre l'exploitation familiale.

Je suis une fille au tempérament plutôt calme et souriante. C'est grâce à mon papa et ses deux frères ainsi que les générations précédentes que j'ai pu découvrir ce merveilleux métier. Ils possèdent une exploitation avec des vaches laitières Prim'holstein et des vaches allaitantes Charolaises. J'aimerai cette année représenter mon département l'Aube ainsi que de représenter le monde agricole féminin
 ".
 

Moins d'un mois avant la clôture des votes, fixée au 15 décembre, la jeune femme, que nous avons contactée, semble déterminée. "J’ai tenté l’aventure parce que j’adore l’agriculture. Je veux représenter l'Aube pour mettre en avant la profession et représenter les femmes dans ce milieu. Pour lutter contre les préjugés aussi. Souvent, on dit qu’on n'a pas la même force, nous les femmes, qu’un homme. C'est pas très juste. Mais c'est vrai qu'un homme sera plus facilement choisi pour être ouvrier agricole. On souffre d'un manque de confiance"
 

"Je suis née dedans"

Fille d'agriculteur-éleveur, la possible future miss ne se voit pas travailler dans un autre secteur. "Je suis née dedans, justifie-t-elle. Et j’aime ça. C’est un métier qui n'est pas rose, mais il permet de produire pour le monde, de nourrir le monde. Savoir que c’est nous qui produisons pour les autres, c'est motivant. Le travail de la terre, ça ne m’effraie pas". Sachant que la famille d'Amandine élève des vaches laitières, la journée débute à 7 h et "souvent, on termine la traite à 20 h en hiver, voire minuit en été".

Sûre d'elle, elle souhaite prouver que le métier d'agriculteur est au service du consommateur. "Ce qu’on fait, c’est pas mal. Faites nous confiance. En ce moment, les agriculteurs font les frais de l’agri-bashing. Donc faut prouver pour qu’on nous croie enfin. Et puis aussi, on n'est pas payé comme il faut, ajoute la jeune femme au détour d'une phrase. Bref, j’aime ça, c’est tout, c’est de famille, je ne veux pas lâcher la ferme".

Avec le lycée, on a été voir le film "Au nom de la terre", mais quand on arrive à cette étape (endettement et suicide) faut se poser les bonnes questions. Faire des bons choix, des bons investissements, diminuer les charges. 
- Amandine, en lycée agricole dans l'Aube à St-Pouange.


"Oui, j’ai pleuré, (en voyant ce film) mais je me dis qu’il faut rester fort. Dans le film, ils disent qu’il faut investir, mais ils le font à perte".
 
Au nom de la Terre (bande annonce)
 

"Les filles sont là aussi"


Ce concours de Miss junior agricole, "j’y crois, affirme Amandine. Ça m’ouvrirait des portes. Je peux représenter l’agriculture. En regardant l’ancienne miss, je trouve ça beau. Les filles sont là aussi dans la profession. C’est pas parce qu'on est une fille qu’on ne peut pas être agricultrice aussi et être féminine"
 

La mère d'Amandine ne cache pas sa fierté. "Certes, ce n'est pas Miss France, mais c’est valorisant pour le monde paysan, de montrer qu’il y a des jeunes qui s’y intéressent. On est contacté par beaucoup de médias, ça prend une grande ampleur ce concours". Revenant sur le choix professionnel de sa fille, Céline Parïs raconte cette anecdote avec la voix nouée. "En fait, elle avait 9 ans quand on a perdu son grand-père, elle avait fait un discours et pour son orientation scolaire elle m'a dit quand pépère est mort, je lui ai promis de s’en occuper. Elle aime ça".
 

Miss junior agricole vs Miss France

Face aux aléas de la profession, cette agricultrice, basée à Chaource, est réaliste. "On est dans l’AOP Chaource, lait et viande. Ce métier Amandine sait qu'il est dur, financièrement et tout, et pour le couple aussi, elle sait, elle connaît. On ne force pas nos enfants. Mais ça fait plaisir qu'ils veuillent reprendre. On sera là pour les aider, même quand on sera à l’âge de la retraite. Ma belle-mère de 78 ans nous aide encore".

Miss junior agricole, c'est bien, Miss France, elle pourrait aussi selon sa mère. "C’est moins médiatisé, mais c’est un honneur dans ce métier. Il y a de plus en plus de jeunes filles qui veulent s’installer. Le matériel a évolué. Les femmes peuvent le faire", précise cette mère de deux filles et deux garçons. Sur les quatre, deux veulent reprendre. 

Pour le président des jeunes agriculteurs de l'Aube, Pierre Goujard, favoriser l'élection de cette Auboise, c'est aussi mettre en valeur les jeunes futurs agriculteurs. "Avec les lycées agricoles, on essaye de défendre la profession et ce sont les premiers acteurs. On tient à favoriser le métier, il est en train de prendre un nouveau tournant. On veut faire parler les jeunes. Pour mois, cela a une sorte de valeur, ce sont eux qui vont s’approprier le métier. C’est pour montrer la vraie image de l’agriculture. Celle qui n'est pas décriée, pas uniquement dans les champs, ceux qui veulent privilégier le bien-être animal… Le métier d’agriculteur est vivant"

Les résultats sont attendus mi-décembre 2019. D'ici là, pour voter, il suffit de se rendre sur la page Facebook des jeunes agriculteurs de l'Aube et de "likez" la photo d'Amandine. La remise des écharpes aura lieu au salon de l’agriculture fin février 2020 à la Porte de Versailles. 

 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus